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41 rue de Lille (7e arrondissement)


S�il y avait eu treize convives lors du d�ner de l�ann�e 2016 - nombre malencontreusement d� � deux d�saffections de derni�re minute -, nous �tions onze pour celui de cette ann�e. Les invit�s comprenaient, pour l�essentiel, les participants de mon petit jeu, autour d�Olivier P., incontestable gagnant, auteur d�un nombre tr�s cons�quent d�envois qui lui avaient valu des votes presque unanimes.
Le lieu choisi �tait l�ancienne �Maison des Dames des Postes, T�l�graphes et T�l�phones�, 41 rue de Lille, construite par Eug�ne Bliault en 1905 - sa demande de permis de construire fut publi�e le 18 mai de cette ann�e-l� -, adresse assur�ment moins connue que bien d�autres tables parisiennes du m�me genre. C�est bien pour cette raison que j�ai choisi le �T�l�graphe� � bien d�autres restaurants Art Nouveau, pensant que la surprise offrirait un suppl�ment � la f�te. Son nom de �T�l�graphe�, une fois connue la destination premi�re de l��difice, ne surprendra donc personne.

Dans cette rue assez �troite, l�architecte avait jou� la carte de la verticalit�, mettant l�essentiel de son originalit� dans les parties hautes : galeries, couronnement lat�ral en forme de belv�d�re (plus facilement visible depuis la proche rue du Bac). Il singularisa son travail par la coloration presque insolite de parements de briques roses, au milieu de la blancheur ambiante d�une rue d�aspect tr�s uniforme. Malheureusement, par souci d��conomie, il ne put faire r�aliser les belles ferronneries sp�cialement dessin�es pour les garde-corps ; celles-ci appartiennent � un mod�le assez commun trouv� dans un catalogue industriel.

Un grand panneau aux lettres dor�es signale encore, de nos jours, la destination initiale de l��difice, � savoir : un foyer pour jeunes employ�es de la poste, principalement d�origine provinciale, qui pouvaient y trouver l� une chambre individuelle, mais �galement un vaste r�fectoire o� on leur garantissait, � chaque repas,... de la viande et du vin !
Bliault est un architecte extraordinairement rare. La petite poign�e de projets rep�r�s � Paris - dont le foyer de la rue de Lille est un des plus anciens - ne le situe dans aucun arrondissement de pr�dilection, indice que son activit� ne fut certainement pas cantonn�e dans les limites du p�rim�tre parisien. D�ailleurs, l�un de ses travaux les plus importants est le Palacio Portales, une vaste villa assez tardive, construite entre 1915 et 1927 � Cochabamba, en Bolivie ; elle semble indiquer que son activit� fut g�ographiquement tr�s �tendue et que son appartenance � l�Art Nouveau rel�ve d�un concours de circonstances, � la fois fortuit et �ph�m�re. Sans doute devrait en apprendre beaucoup plus sur son activit� apparemment tr�s atypique dans les ann�es � venir.

Le foyer de la rue de Lille eut, en son temps, les honneurs assez flatteurs de la presse sp�cialis�e. Sans doute la singularit� de son affectation lui donna un caract�re insolite qui inspira les journalistes de l��poque, qui en vant�rent le caract�re tr�s fonctionnel, l�existence d�une centaine de chambres pour les jeunes posti�res, et la pr�sence de ce fameux r�fectoire qui leur servait de salle commune.
Ce vaste espace, couvrant l�essentiel du rez-de-chauss�e, a �t� en tr�s grande partie conserv�, et jusqu�� son joli pavement. Il a m�me �t� r�cemment restaur� � la faveur d�un changement de propri�taire. On y admirera donc l�imposant buffet-horloge qui occupe l�essentiel d�une des parois, les vitraux - aux motifs v�g�taux si stylis�s qu�on h�site � y reconna�tre des oranges - et un agencement tr�s �cubiste� pour les d�parts d�arcs qui soutiennent le plafond, d�un effet � la fois simple, fonctionnel et tr�s original.

Notre d�ner se d�roula dans la partie vitr�e du restaurant, celle qui donne sur le petit jardin int�rieur, dans une ambiance � la fois douce, par le grand d�pouillement du d�cor, et feutr�e, gr�ce � un �clairage savamment tamis�.
Nous avons, comme il se doit, f�t� le succ�s d�Olivier, � qui j��tais heureux d�offrir une tr�s d�licate aquarelle sur calque, mod�le de lustre � motif de cyclamen. Le dessin n�est pas sign�, mais ne semble pas �tre de �l��cole de Lalique�, comme semblait vouloir m�en persuader la marchande qui me l�avait vendu, il y a quelques ann�es.

On ne pr�te g�n�ralement qu�aux riches ; mais, dans ce cas de figure, le poisson �tait visiblement trop gros, au point que la dame ne semblait pas en �tre totalement persuad�e elle-m�me. Ce dessin pourrait plut�t �tre de Jean Dampt (1854-1945), un sculpteur ami de Charles Plumet, avec qui il avait fond�, en 1896, le groupe de �l�Art dans tout�. Dans ce cadre-l�, il fut amen� � concevoir plusieurs mod�les assez similaires de luminaires, parfois caract�ris�s par de comparables arborescences v�g�tales en m�tal.

151 rue de Grenelle (7e arrondissement)


Toute premi�re �uvre achev�e, en 1899, par Jules Lavirotte - dont la petite signature discr�te n�a pas encore la beaut� de l��norme paraphe de la fa�ade de l�h�tel de la rue S�dillot, o� il apparut pour la premi�re fois -, cet immeuble de la rue de Grenelle aura de quoi surprendre les inconditionnels de cet architecte singulier. La pr�cocit� de l��difice n�est certainement pas en cause, puisqu�on y trouve d�j�, parfaitement abouti, le fameux l�zard qui constitue un des ornements majeures du c�l�bre immeuble de l�avenue Rapp, et sur une porte qui constitue d�j�, en soit, un petit bijou d�Art Nouveau.

Mais le reste de la fa�ade, malgr� quelques motifs assez insolites - comme les �tranges fragments sculpt�s paraissant �voquer des d�tails d�armure -, laissera assez froid l�amateur exigeant. En dehors de l�inqui�tant l�zard, sur l�autre vantail occup� � d�guster un �pi de ma�s, et l�ensemble de cette porte d�entr�e, aux ferrures puissantes sugg�rant sommairement le profil de dauphins et au d�cor virtuose de roseaux, on admirera le non moins remarquable garde-corps de la fen�tre axiale du premier �tage et peut-�tre le d�cor de tournesol des consoles adjacentes. Car l�immeuble proprement dit ne semble pas avoir �t� l��uvre de Lavirotte, qui n�y serait donc intervenu que pour des travaux bien limit�s.

Une premi�re demande de permis a �t� retrouv�e pour cette parcelle, � la date du 10 mars 1883. M. Polaillon �tait alors le commanditaire d�une construction de rapport dessin�e par l�architecte Cugni�re. Seize ans plus tard, le 7 avril 1899, le m�me propri�taire fit publier une nouvelle demande de permis de construire, pour une parcelle situ�e au n�151 bis, et dans laquelle Lavirotte �tait sens� ne r�aliser qu�une construction de deux �tages.

Que devons-nous conclure de ces �l�ments historiques bien sommaires ? Certainement que notre sympathique architecte ne fut en r�alit� charg� que d��lever une sorte de petit b�timent ouvrant, par une boutique au rez-de-chauss�e, sur une �troite impasse lat�rale. Cet �difice aurait �galement reli� les deux immeubles parall�les d�j� existants, devant occuper une partie de leur cour int�rieure commune. Ce que nous pouvons voir aujourd�hui ne permet gu�re de se faire une id�e pr�cise de la r�alit� des travaux de 1899, mais Lavirotte en profita au moins pour faire d�int�ressants am�nagements d�coratifs, tant au niveau de la porte d�entr�e principale que par quelques nouveaux petits d�tails pittoresques dans la cour int�rieure, en briques de couleur. Sans doute lui doit-on aussi le surprenant ornement en m�tal, sur l��troite passage lat�ral - depuis l��poque devenu une v�ritable rue -, o� on identifie bien les initiales de J. Polaillon, dans une composition suffisamment compliqu�e pour avoir �t� dessin�e lors de la seconde campagne de travaux. Peut-�tre est-il aussi intervenu dans la d�coration int�rieure, les boiseries des portes conduisant � l�escalier principal paraissant suffisamment originales, avec leurs boiseries reprenant un peu l�id�e de l��pi de ma�s.

On l�aura remarqu�, cet ouvrage, appartenant � une premi�re p�riode de la carri�re de Lavirotte, courte et constitu�e de petits projets difficiles � �valuer, est un travail purement utilitaire. Mais, dot� d�un v�ritable talent et sans doute aussi d�une capacit� � convaincre sa client�le d�en vouloir toujours un peu plus, il aura probablement eu la possibilit� de d�border du bien modeste programme initial.

27-27 bis quai Anatole-France (7e arrondissement)


C�est pour les �h�ritiers Lazard� que Richard Bouwens van der Boijen construisit ces deux imposants immeubles. La demande de permis du premier, au n�27, fut publi�e le 5 juillet 1905 ; celle du n�27 bis date du 30 mars 1906. Cette simple chronologie pourrait suffire � comprendre, d�embl�e, le caract�re sympathiquement disparate de ces �difices, s�ils n��taient pas tous deux clairement dat�s... de 1905. On peut donc se permettre d�interpr�ter la seconde demande comme une r�gularisation administrative, l�immeuble ayant probablement d�j� �t� achev� au moment de la publication.
Pour des �difices visibles de tr�s loin - et m�me depuis la place de la Concorde -, b�n�ficiant en outre d�une situation prestigieuse sur le bord de la Seine, l�architecte ne pouvait �videmment pas se contenter de fa�ades plates et ordinaires ; il avait bien trop de talent pour se cacher avec banalit� dans un paysage terne. Il choisit donc de creuser la fa�ade du n�27 et de jouer sur l��tonnante vari�t� formelle du n�27 bis, y utilisant brillamment tout les moyens formels alors possibles : grande fen�tre en plein cintre, colonnade, bow-window, clocheton... On peut difficilement construire deux b�timents aussi diff�rents, dans l�ensemble comme dans le d�tail.











Sera-t-on d��u par la sym�trie de l�immeuble le plus imposant, et par son absence presque totale de d�cor ? Ce serait peut-�tre faire injure � l�art de l�architecture que de penser qu�il a uniquement de l�int�r�t dans la luxuriance des mat�riaux ou dans la collaboration luxuriante d�un talentueux sculpteur-ornemaniste. Si l�Art Nouveau s�est beaucoup d�consid�r� par des effets un peu factices, il a heureusement su g�n�rer quelques �uvres d�une plus grande rigueur formelle. C�est parfois l� que se reconnaissent les chefs-d��uvre. Le 27, quai Anatole-France - qui faisait alors encore partie du quai d�Orsay - se singularise, en effet, par l�aust�rit� de ses murs, � peine anim�s par quelques balcons, comme suspendus sur la fa�ade. Sans doute Bouwens van der Boijen a-t-il voulu faire le contraire de ce qu�on peut voir sur l�h�tel voisin, caract�ris� par ses beaux ordres classiques et ses copies d�antiques. On s�en apercevra en comparant leurs deux �murs� de cl�ture, creus� en son centre au n�25 et sur�lev� au n�27, mais pareillement orn�s de fen�tres circulaires. Jouant sur l�absence presque totale de toute sculpture ornementale, Bouwens concentra sa fantaisie visuelle sur les parties hautes de son immeuble, notamment les toitures arrondies de ses deux balcons d�angle et, surtout, l��trange tambour central, couronnant l��difice comme une sorte de ch�teau d�eau. Probablement s�agit-il du sommet d�une magnifique cage d�escalier.

Pour les amateurs que cet Art Nouveau un peu aust�re rebuterait un peu, l�immeuble du 27 bis propose des gr�ces un peu plus conformes � l�esth�tique du temps : jeu sur les mati�res, les formes, les ouvertures. Mais avec la rigueur � laquelle cet architecte fut toujours fid�le. Ainsi les principales c�ramiques du d�cor ressemblent - l�chons-nous et parlons �moderne� ! - � un jet� de CDs perfor�s, � motifs de fleurs totalement stylis�es. La g�om�trisation de ces motifs peut �tre d�un tr�s grande diversit� pour les assises de chaque �tage du bow-window, signe qu�il n�y a pas de r�gle bien d�finie chez Bouwens. Il s�est d�ailleurs permis d�utiliser la couleur pour les curieux auvents du rez-de-chauss�e et du premier �tage, rappel �vident de ses origines n�erlandaises. Dans le d�tail, ces ornements annoncent beaucoup plus l�Art D�co qu�ils ne participent � l�Art Nouveau, nouveau signe de l�originalit� de cet architecte pr�curseur. On ne s'�tonnera pas que ce rev�tement de c�ramique vienne de la fabrique de Gentil et Bourdet qui, tr�s t�t, a largement pr�figur� l'art des ann�es 1920 dans ses cr�ations.

Il faut pratiquement traverser la Seine pour savourer l�ordonnancement des toitures, l�amusante gloriette sommitale et, surtout, l�immense baie demi-circulaire. Celle-ci a depuis longtemps fait la c�l�brit� de l��difice. Pourquoi ? Parce que ce salon est �clair� toute la nuit - du moins �tait-ce le cas il y a encore quelques ann�es -, particularit� qui a fait fantasmer bien des curieux et qui a m�me fait l�objet d�un joli �change de r�pliques entre Nathalie Baye et G�rard Depardieu dans le film �Rive droite - Rive gauche�. On peut toujours se donner rendez-vous, � deux heures du matin, pour v�rifier si cet amusant ph�nom�ne continue toujours...

16 bis avenue Elis�e-Reclus (7e arrondissement)


Apr�s les excentricit�s de Lavirotte, l'immeuble d'Alexandre Barret (1863-1921) para�tra d'une sagesse un peu nue, mais � combien salutaire et rafra�chissante. Cet architecte est suffisamment rare � Paris pour m�riter un petit d�tour. Rest� adepte du rationalisme cher � Viollet-le-Duc et Anatole de Baudot - qui pr�nait un retour � l'authenticit� de l'architecture, et dont l'Art Nouveau s'est maintes fois r�clam� -, on le conna�t surtout pour quelques belles r�alisations � Boulogne-Billancourt -o� il fut architecte municipal -, en particulier une charmante petite maison sur l'avenue de la Reine, miraculeuse pr�serv�e, la salle des F�tes et la maison de repos de la rue des Abondances. Barret laisse toujours clairement appara�tre les lignes de force de ses constructions, principalement con�ues comme des volumes clairement reconnaissables en fa�ade, auxquels le d�cor, toujours sobre, est compl�tement soumis. Ici, sur l'avenue Elis�e-Reclus, le porche d'entr�e est parfaitement isol� et la cage d'escalier signal�e par une forte saillie ; sur le Champ-de-Mars, les espaces sont soulign�s par un jeu d'arcs au rythme joliment irr�gulier. En somme, un petit bijou tout simple, o� les �l�ments sculpt�s ou color�s - quelques carreaux et panneaux de Bigot - restent toujours tr�s discrets.
Il n'a pas �t� simple de retrouver la date de construction de ce bel immeuble. Par chance, il a �t� plusieurs fois publi� � son �poque, et notamment dans les "Monographies de b�timents modernes" de Raguenet (n�241). Celles-ci nomment clairement l'architecte, mais ne font qu'�voquer sommairement le propri�taire, sous le nom de "M. de T...". Ces quelques informations suffisent heureusement � retrouver la demande de permis de construire, � la date du 11 avril 1907. Cette fois, l'architecte n'est m�me pas mentionn�, mais le commanditaire est plus pr�cis�ment identifi� : de Tavernier, demeurant alors au 67, rue de Prony. La publication de Raguenet apporte plusieurs autres pr�cisions int�ressantes. En premier lieu, que l'�difice fut con�u comme un vaste h�tel particulier, mais avec la singularit� des deux derniers �tages, qui �taient propos�s � la location. Ensuite, gr�ce � ses beaux dessins, elle propose des vues d'un majestueux grand salon, ouvert sur le jardin, d'un Art Nouveau joliment teint� de style roman, et nous apprend alors que le sculpteur ayant r�alis� sa d�coration �tait Pierre Seguin, un bel artiste qui collabora � plusieurs autres belles maisons de style 1900.Ce salon existe-t-il toujours aujourd'hui ? On aimerait l'esp�rer.

29 avenue Rapp (7e arrondissement)


Le 29 avenue Rapp, construit par Jules Lavirotte entre 1900 et 1901, est certainement, avec le Castel B�ranger et les entr�es de m�tro de Guimard, une sorte de symbole embl�matique de l'Art Nouveau parisien. C'est toujours avec un vrai r�gal qu'on guette la premi�re expression des curieux qui le d�couvrent. Et ceux qui viennent l'admirer en croyant le conna�tre, dont je suis, sont syst�matiquement surpris de le trouver encore plus extraordinaire que dans leur souvenir... Cet immeuble, dans son d�sordre architectural, dans sa d�mesure ornementale, dans sa luxuriance color�e, provoque � chaque fois une �motion in�dite, tr�s surprenante.
On a dit et �crit beaucoup de choses sur cet �difice. Et beaucoup de b�tises ! La principale concerne peut-�tre son commanditaire, que la tradition dit �tre Alexandre Bigot, le cr�ateur de l'immense mur de gr�s flamm� qui recouvre enti�rement la fa�ade. Et le panneau historique qui jouxte la construction le rappelle � nouveau. Les "pelles � tartes" sont pourtant g�n�ralement bien document�es. Qu'en est-il donc ? La demande de permis de construire, du 30 octobre 1899, est pourtant tr�s claire : elle a �t� d�pos�e par Ch. Combes et Lavirotte. Le premier homme est certainement un associ� financier ; le second n'est autre que l'architecte, alors domicili� au 134 rue de Grenelle, qui s'installera plus tard dans le petit square Rapp, plut�t que dans cet immense �difice cossu, d'un rapport �conomique plus cons�quent. Il appara�t ainsi �vident que le seul v�ritable propri�taire �tait Lavirotte, qui utilisa ici la troisi�me partie de la parcelle triangulaire de Mme de Montessuy, o� il avait pr�c�demment �difi� l'h�tel de la rue S�dillot et l'immeuble du square Rapp. La l�gende d'une maison publicitaire, destin�e � promouvoir les c�ramiques architecturales de Bigot, s'�croule donc d'un coup, m�me si l'immeuble lui permit, �videmment, d'assurer sa solide r�putation dans la domaine de la d�coration urbaine : les vertus de solidit� et de salubrit� du gr�s flamm� y sont encore constamment v�rifi�es (1).
La prouesse technique, qui permit de r�aliser ici le premier immeuble enti�rement en couleurs, n'�chappa pas au jury du Concours de fa�ades de la ville de Paris qui, en 1901, attribua une prime � cette r�alisation, tout en �mettant malgr� tout de solides r�serves sur le style et l'outrance de sa d�coration.




















Car nous sommes en pr�sence d'un v�ritable catalogue de mod�les : fleurs, animaux, personnages, motifs stylis�s, tout ce qu'il �tait alors possible d'imaginer sur une fa�ade d'immeuble est ici pr�sent. Encore une fois, l'architecte invente un v�ritable bric-�-brac, mais en faisant plus volontiers appel � des civilisations lointaines et myst�rieuses, tant dans l'espace que dans le temps. Pourtant, au milieu de cette incroyable accumulation, soulign�e par des verts, des bleus et des bruns d'une sombre densit�, �merge soudain une calme et ravissante �l�gante contemporaine - probablement un portrait de Mme Lavirotte, qui �tait artiste-peintre -, portant un renard autour du cou comme si elle sortait pour aller au spectacle... mais entre une Eve triomphante et provocante et un Adam douloureux et repentant. Nul doute que ce dessus-de-porte ait un sens autobiographique � peine d�guis�, o� la femme semble triompher presque sans gloire.





















La litt�rature consacr�e � cette maison a abondamment �voqu� son caract�re �rotique. Non sans raison, si on regarde attentivement le dessin de la porte d'entr�e, aux d�tails facilement suggestifs, dont la poign�e en forme de "l�zard" �voque une des m�taphores alors tr�s populaires pour d�signer le p�nis. Cette allusion phallique appara�t jusque dans le plan du rez-de-chauss�e, dont le dessin du corridor et de la cour sugg�re ouvertement la forme d'un membre viril.
Chacun est libre d'aller chercher, parmi tous les d�tails sculpt�s, d'autres allusions sexuelles, tant f�minines (les scarab�es) que masculines (les t�tes de taureaux), que l'architecte se sera plu � inclure dans son d�cor. Mais qu'on n'aille rien en conclure de d�finitif sur les phantasmes intimes de Lavirotte : son immeuble sugg�re en m�me temps tout l'humour avec lequel il faut le regarder, et les limites qu'on doit forc�ment donner � une analyse qui risquerait d'�tre trop b�tement s�rieuse !











Si Alexandre Bigot fut �videmment un collaborateur pr�cieux, et m�me essentiel, dans cette entreprise, le sculpteur n'eut pas un r�le moins important, m�me si son nom resta plus confidentiel. Car Jean-Baptiste Larriv� ne fut pas un ornemaniste ordinaire ; il allait m�me devenir laur�at du Prix de Rome de sculpture, en 1904 ! Son r�le dans l'entreprise explique donc qu'il ait sign�, en m�me temps que Lavirotte, la maquette en pl�tre de la porte d'entr�e qui fut ensuite remise � Alexandre Bigot, pour �tre r�alis�e dans ses ateliers de Mer, dans le Loir-et-Cher. J'ai eu l'immense chance, il y a quelques ann�es, de pouvoir acheter cette maquette, ici pr�sent�e pour la premi�re fois. Elle avait malheureusement �t� recouverte d'un badigeon dor�, sans doute pour masquer quelques �clats disgracieux, mais cette op�ration lui permit d'�tre sauv�e. Heureusement, la v�ritable couleur, d'un joli vert d'eau, appara�t par endroits.
R�cemment, un autre exemplaire du m�me objet, en pl�tre blanc, fut propos� � la vente par un antiquaire parisien, � la diff�rence pr�s qu'il ne comporte aucune signature. Un mus�e am�ricain l'a rapidement achet�. Sans doute Bigot avait-il trouv� assez sage, compte tenu de la fragilit� du mat�riau, d'en r�aliser un ou plusieurs autres tirages. Ainsi pouvait-il s'adonner � ses essais de couleur en toute tranquillit�, assur� de pouvoir disposer d'un exemplaire de remplacement en cas d'accident.

(1) Note du 15 octobre 2016 : Dans un article paru dans le num�ro de "L'architecture" du 27 avril 1901, l'architecte Louis-Charles Boileau a racont�, avec sa verve bien connue et un certain enthousiasme, la visite qu'il fit chez Lavirotte, d�crivant son appartement du square Rapp, et relatant sa visite compl�te de l'immeuble. Il profita de l'occasion pour d�crire �galement, mais plus sommairement, le b�timent voisin de l'avenue Rapp, alors en fin de construction. C'est donc � lui que nous devons l'information selon laquelle Alexandre Bigot aurait �t� propri�taire de l'�difice : "... �tant entr� un dimanche en fl�nant, avec la permission de M. Bigot, propri�taire de ce nouvel immeuble", affirmation r�it�r�e en note � la fin de l'article. Que devons-nous donc conclure d'un texte apparemment document�, et directement aupr�s des personnes concern�es ? Le c�ramiste n'�tait assur�ment pas dans l'op�ration � la fin de l'ann�e 1899. Mais des difficult�s financi�res ont peut-�tre conduit � lui vendre l'immeuble, avant m�me son ach�vement. Le d�cor en gr�s c�rame �tait donc peut-�tre, � l'origine, d'une importance aussi mesur�e que dans le square Rapp. Mais le nouveau statut du b�timent, comme propri�t� d'un c�ramiste commen�ant alors une brillante carri�re dans le d�cor architectural, conduisit sans doute � donner plus d'importance � un mat�riau neuf, solide, color� et d'un entretien tr�s facile. Les deux artistes finirent par en faire un tr�s brillant tour de force technique, doubl� d'une �vidente fonction publicitaire.

3 square Rapp (7e arrondissement)


Jules Lavirotte et la comtesse de Montessuy n'en sont pas rest�s l� dans leurs folies... architecturales ! En effet, le 18 juin 1898, soit seulement quelques mois apr�s leur demande pour la rue S�dillot, nous les retrouvons � nouveau associ�s pour un autre permis de construire. Celui-ci est demand� pour une adresse � premi�re vue �trange, 33-35 avenue Rapp, o� la commanditaire se fit d'ailleurs domicilier pour l'occasion. Cette bizarrerie g�ographique a une explication tr�s simple : c'est en effet � ce niveau de l'avenue Rapp que s'ouvre la tr�s discr�te impasse. Cette tr�s courte voie semble avoir �t� initialement appel�e "villa de Monttessuy", avant d'adopter son nom actuel beaucoup plus discret.
L'audacieuse comtesse continuait ainsi � lotir un vaste terrain triangulaire, en faisant toujours confiance � l'architecte qui, gr�ce � elle, commen�ait � se faire une r�putation. Sur l'une des pointes de la parcelle, nous trouvons ainsi l'h�tel de la rue S�dillot ; sur la seconde, le pr�sent immeuble. Et la troisi�me allait bient�t voir appara�tre l'�tonnant immeuble du 29 avenue Rapp dont nous parlerons bient�t.
Lavirotte a adopt� une fausse discr�tion, en ramassant sa construction au fond de cette impasse coud�e. Difficile de la trouver si on ne vient pas l'y chercher ! Sans doute emp�ch� par la r�glementation parisienne d'occuper le fond du square, il en habilla le grand mur aveugle avec un immense trompe-l'�il en bois, longtemps d�grad� mais r�cemment restaur� (malheureusement de fa�on incompl�te), et il ferma l'acc�s � l'immeuble avec une grille au dessin compliqu�, joliment ouvrag�e.


D'un point de vue d�coratif, l'artiste semble s'�tre consid�rablement lib�r� par rapport � l'h�tel pr�c�dent, osant l'accumulation, et parfois m�me la surcharge : ferronneries et gr�s flamm�s sont employ�s avec beaucoup plus de franchise, la sculpture devient envahissante ; chaque morceau de mur devient l'occasion d'inventer un motif. On notera au passage les �tonnants visages de "sauvages", peut-�tre un souvenir d'une des attractions exotiques qui avaient tant impressionn� le public de l'Exposition universelle de 1889. Un tel luxe ornemental permet d'excuser un volontaire manque d'homog�n�it�, de justifier toute absence de modestie, et d'accepter une assez d�routante "horreur du vide".
Mais qu'on ne se m�prenne pas : Lavirotte fut un architecte beaucoup plus s�rieux qu'il ne voudrait le faire croire : la tour suspendue, coinc�e dans l'angle, cache un syst�me tr�s ing�nieux d'alimentation hydraulique !
En jetant un �il � travers la porte, on pourra apercevoir les tr�sors d'un vestibule incroyablement obscur. Car, bien mieux que rue S�dillot, l'architecte s'est int�ress� � la d�coration int�rieure, dessinant la rampe d'escalier, les vitraux, les portes des appartements. Il faut dire qu'il se servait lui-m�me, puisqu'il vint s'installer dans les hauteurs de son �difice, o� il allait concevoir le reste de son �uvre architecturale.










Terminons ici par un conseil g�n�ral, mais qui ne semble pas inutile � propos de maisons aussi c�l�bres et quotidiennement admir�es. Je sais - pour la ressentir moi-m�me quelques fois - toute la frustration qu'on peut ressentir � l'id�e de devoir admirer ce patrimoine architectural sans pouvoir y entrer ! Mais ces immeubles ne sont pas des mus�es et leurs occupants peuvent �tre l�gitimement irrit�s de voir certains curieux tenter de forcer le passage, parfois d'une fa�on assez peu courtoise. Qu'on se mette cinq minutes � leur place ! Si je pr�sente parfois des int�rieurs, c'est donc toujours avec l'accord d'un locataire ou d'un concierge, et jamais sous un faux pr�texte.
Mais qu'on se rassure : les �difices les plus prometteurs cachent parfois des espaces int�rieurs bien d�cevants. L'architecture Art Nouveau est, assez souvent, un pur art de fa�ade. Heureusement, les plus beaux int�rieurs ont �t� publi�s ou sont visibles sur le net. Et pour le square Rapp, ce n'est pas compliqu� : allez voir sur "fragrance1900.net". Votre curiosit� sera pleinement satisfaite !

12 rue S�dillot (7e arrondissement)


J'aurais mauvaise conscience � tenter les amateurs avec mes images de la "Maison des arums" sans les inciter � se d�placer �galement, quelques rues plus loin, vers l'un des plus incroyables "nids" d'Art Nouveau de toute la capitale. D'autant que le quartier est assez mal desservi par le m�tro... Que le d�placement soit donc pleinement profitable !
Sortons ainsi la tr�s grosse artillerie, en consacrant trois nouvelles notices aux premiers �difices, majeurs, de Jules Lavirotte, dont le destin - nous le verrons - est intimement li�. Ceci ne veut pas dire, loin de l�, que tout ce que je vous ai montr� jusqu'ici n'�tait que des ap�ritifs. Mais s'il faut parler de chefs-d'�uvres absolus, en voici. Certainement.
D'origine lyonnaise, Lavirotte n'avait pratiquement rien construit avant l'h�tel qui lui fut command� par la comtesse de Montessuy, dans la charmante et tranquille petite rue S�dillot. Au moment de la demande de permis, du 11 f�vrier 1898, la dame habitait 116 rue Saint-Dominique, soit dans les environs imm�diats. Il existe, un peu plus haut dans le m�me quartier, une rue "de Monttessuy" (avec deux "T"), dont le Dictionnaire historique des rues de Paris, de Jacques Hillairet, nous apprend qu'elle porte le nom d'un comte de Monttessuy, depuis 1873. Assur�ment, cette famille devait poss�der de nombreux terrains dans cette partie de l'arrondissement.
D'embl�e, l'architecte s'est ing�ni� � cr�er une �uvre singuli�re, qui pastiche ouvertement, et non sans humour, l'architecture classique alors dominante dans les milieux de l'aristocratie et de la grande bourgeoise. La propri�taire devait �tre audacieuse ou passablement provocatrice pour s'associer � un tel d�fi !
Nous avons ainsi droit � quelques poncifs de l'�clectisme : grands balcons pour les espaces nobles, tourelle lat�rale aux larges ouvertures. Mais avec la superposition d'un d�cor assez envahissant, des ferronneries complexes, et surtout une animation de l'�l�vation qui propose soudainement de l'�difice l'aspect d'un souffl� soudainement mont�, d�bordant de partout, � la fois pompeux et grotesque. Et pourtant si neuf !

La tour est particuli�rement �tonnante. Son ornementation compliqu�e - o� s'inscrit malgr� tout un mascaron f�minin d'un classicisme volontairement d�risoire - �voque presque l'art m�di�val allemand, avec ses �l�ments m�talliques paraissant tout droit sortis d'un blason, jusqu'aux animaux fantastiques portant, dans leurs gueules, l'appui de la fen�tre du second �tage !
Le m�lange stylistique de ce d�cor assez d�lirant est particuli�rement sensible dans la porte d'entr�e, variation �vidente de celle du Castel B�ranger qu'Hector Guimard - Lyonnais, lui aussi - �tait alors en train d'achever au 16 rue La Fontaine. Mais, encore une fois, Lavirotte y associe des �l�ments baroques et m�di�vaux � un classicisme boursoufl�, ouvertement caricatur�. Presque ridiculis�.


Pourtant, et tr�s paradoxalement, l'�difice sait rester d�licat dans tous ses d�tails, ce qui conf�re encore plus de force � sa nouveaut� : la sculpture est fine, le travail du m�tal d�licat et original, et Lavirotte a introduit des carreaux et des colonnes en gr�s flamm�, �uvres du c�ramiste Alexandre Bigot, pour ajouter de d�licates notes de couleur. Cette recherche tr�s sophistiqu�e d'un graphisme complexe se retrouve jusque dans la signature de l'architecte, l'une des plus belles de toute l'histoire de l'Art Nouveau.

33 rue du Champ-de-Mars (7e arrondissement)


Le bel immeuble �difi� par Raquin dans cette rue discr�te, proche du... Champ-de-Mars, porte depuis longtemps le joli nom de "maison des arums", � cause de son d�cor sculpt� abondamment v�g�tal. Il fut command� par M. Bouvet, habitant alors 8 rue Constance, qui demanda son permis de construire le 20 avril 1904.
S'il figure aujourd'hui parmi les chefs-d'�uvre de l'Art Nouveau parisien, c'est probablement parce qu'il permet d'�voquer assez bien quelques autres �difices aujourd'hui disparus, comme l'�tonnant h�tel d'Yvette Guilbert, de Xavier Sch�llkopf (qui nous avons d�j� �voqu� avec le 29 boulevard de Courcelles), probable mod�le direct des surprenantes fen�tres de son dernier �tage.
L'�uvre de Raquin �voque assez volontiers une architecture m�diterran�enne, espagnole peut-�tre, italienne plus s�rement. Il n'y a qu'� se rendre � Nice pour retrouver une comparable exub�rance, un peu outranci�re, une fantaisie pareillement brouillonne. On ne sait o� porter le regard ! Certes, le sculpteur semble avoir �t� un peu "rustique", mais c'est bien ce qui fait le charme de cet immeuble, o� le d�cor n'est jamais vraiment r�aliste, n'oubliant jamais qu'il est en pierre.



Qui �tait donc l'auteur de cet �difice hautement ludique, baroque en diable, surprenant dans tous ses d�tails - on n'oubliera pas d'admirer la porte m�tallique qui ferme le petit porche central -, paraissant d�border de l'alignement trop uniform�ment sage de la rue ? Les permis de construire permettent de le suivre dans les 16e, 9e ou 20e arrondissement. Mais il para�t n'avoir rien dessin� d'aussi original. En tout cas, il n'est rest� dans les m�moires que pour cet immeuble.
Mais si une jolie surprise nous �tait r�serv�e, je ne manquerai pas de vous en faire part !

112 ter avenue de Suffren (7e arrondissement)


Il y a quelques mois, un lecteur de ce blog m�avait inform� de l�existence d�un assez curieux immeuble de Paul Auscher sur l�avenue de Suffren. On s�en souvient peut-�tre : Auscher est l�auteur de l��trange et presque �d�goulinant� immeuble du 140, rue de Rennes, qui figure en bonne place parmi les �uvres tr�s embl�matiques de la �nouille� parisienne.
Le hasard m�a fait d�couvrir � mon tour l��difice en question. Et, r�trospectivement, je me suis souvenu de l�information qui m�avait �t� donn�e, parfaitement enregistr�e dans un coin de ma m�moire, mais malheureusement non suivie d�un effet imm�diat.
Etonnant Paul Auscher ! A force de d�couvrir ses r�alisations parisiennes au fil de mes promenades, je m�aper�ois qu�il ne laisse jamais indiff�rent, tant dans sa p�riode Art Nouveau que dans ses travaux ult�rieurs. Capable d�une inspiration d�bordante, � la limite du mauvais go�t, mais finalement assez marginale, il se caract�rise en r�alit� par une sobri�t� �l�gante et sophistiqu�e, signe que ses franches incursions dans le Modern Style ont �t� la cons�quence de commandes tr�s particuli�res.

Le 122 ter avenue de Suffren fut demand� par un certain Cohen, dont la demande de permis a �t� publi�e le 5 ao�t 1912. Auscher habitait alors d�j� au 5, rue Talleyrand, dans l�h�tel d�j� tr�s surprenant - par sa sobri�t� aust�re et presque agressive - qu�il s��tait fait construire en 1910 et qu�il avait os� pr�senter, d�ailleurs en vain, au Concours de fa�ades de l�ann�e suivante. Ici, apr�s un ensemble d��difices fort sobres, o� la structure rigoureuse �vite tout recours � un quelconque d�cor, l�architecte se prend � nouveau au jeu de l�ornement. Mais nous n�y voyons rien de comparable aux p�tisseries de la rue de Rennes, puisque les motifs sont tr�s simplement incis�s, laissant au curieux le choix de les remarquer ou de passer sans m�me y faire attention.

Comment pourrait-on qualifier ces ornements principalement g�om�triques, parfois prolong�s par des motifs floraux tr�s stylis�s, petite frise de bouquets pour souligner une ar�te ou grappes de plantes aquatiques, principalement visibles sous les diff�rents balcons ? Leur style oscille entre un japonisme bizarrement teint� d�un caract�re �azt�que� difficile � cerner de fa�on pr�cise. Et leur technique se rapprocherait volontiers du sgraffite belge s�il n�y avait pas une volontaire absence de couleur pour singularis� le parti adopt� par Auscher, les motifs �tant � peine soulign�s par un gris� discret. Ils sont, en tout cas, la seule concession, presque perverse par leur ambigu�t� stylistique, au monde de l�Art Nouveau, le b�timent lui-m�me appartenant d�j� en totalit� � l�univers de l�Art D�co. On en voudra pour preuve le caract�re tr�s anguleux des formes architecturales, o� les balcons sont plac�s comme des sortes de prismes en encorbellement, sur l�angle, ou d�velopp�s comme des ailes ouvertes sur la petite rue Mario-Nikis, donnant � cette �l�vation lat�rale une r�elle originalit�, d�une tr�s belle harmonie.

La fa�ade principale, pour sa part, se veut plus aust�re, tant par des volumes moins compliqu�s et plus massifs que par un d�cor moins abondant. Mais on notera au niveau des combles, et d�une fa�on g�n�rale, la surprenante multiplications des fen�tres en excroissance et leur orientation apparemment d�sordonn�e.
L�immeuble n�est malheureusement pas dans un �tat merveilleux : les rosaces qui d�corent le dessous du grand balcon du dernier �tage sont partiellement effac�es, ph�nom�ne qui ne pourra que s�intensifier s�il n�est pas rapidement enray�. Mais, pour cela, sans doute faudrait-il rendre � Auscher la place qui lui revient certainement dans le monde de l�architecture parisienne, et qui ne se r�sume pas au seul immeuble de la rue de Rennes... Car celui-ci reste finalement tr�s marginal et bien peu caract�ristique de son v�ritable style.

De nouveaux jolis d�tails....


Pour aujourd�hui, voici une nouvelle moisson de jolis morceaux de sculpture d�corative, glan�s un peu partout dans la capitale. Cette fois-ci, nous ignorerons le XVIe arrondissement, la pr�c�dente r�colte lui ayant �t� consacr�e.
Commen�ons au 34, avenue de Clichy (XVIIIe arrondissement), avec un immeuble un peu triste, sign� et dat� : Hodanger 1907. Une petite �Parisienne�, �uvre du sculpteur Anciaux, nous y attend au-dessus de la porte. Mais elle esp�re surtout un nettoyage qui lui rendra jeunesse et s�duction.

L�histoire de cet immeuble constitue un vrai petit myst�re, car si la seule demande de permis de construire trouv�e pour cette adresse mentionne bien l�architecte Hodanger, et pour deux corps de b�timents, c�est � la date du 29 ao�t 1891 ! Le 5 d�cembre de la m�me ann�e fut m�me publi�e l�information que les travaux �taient bien commenc�s, mais en pr�cisant qu�ils ne concernaient que le fond de la propri�t�. Aurait-on attendu pr�s de seize ans pour entreprendre, enfin, un b�timent sur rue ? Cela semble peu cr�dible. Mais ces informations montrent, au moins, la fid�lit� de l�architecte � cette adresse.

Non loin de l�, au 120, boulevard de Clichy, nous attend un immeuble �difi� par P. Lecocq en 1908. L��difice, nettement plus s�duisant que le pr�c�dent, fut command� par Mme Beauvais - qui habitait � Bagnoles-de-l�Orne - et sa demande de permis, o� le nom de l�architecte est omis, date du 20 novembre 1907.
Son attrait principal vient du joli galbe de sa porte d�entr�e, dont le d�cor sculpt� laisse appara�tre des essences de plantes plut�t rares en architecture : le platane et le dattier, occasion de faire de jolis arrangements de feuilles. Les ferronneries employ�es pour les garde-corps sont toutes de type industriel, mais un mod�le particuli�rement s�duisant se fait remarquer au-dessus de l�entr�e : c�est celui qu�employa Joachim Richard, � la m�me �poque, pour son �difice de la rue Perrichont.

Sans vouloir trop d�florer l�article que je projette sur la rue R�aumur pour un de ces jours prochains, je ne r�siste pas au plaisir de montrer ici l��uvre que G. Salard �difia au n�39 (IIIe arrondissement), en 1899-1900. Une veuve, Mme Massignon, en �tait la commanditaire, et sa demande de permis fut publi�e le 28 f�vrier 1899. A force d��clectisme, l�immeuble appara�t joliment compliqu�. Son amusant balcon suspendu, au centre de la fa�ade, est soutenu par un important motif sculpt�, repr�sentant deux bustes de femmes.

Son auteur n�est autre que Pierre Roche, l�un des plus talentueux sculpteurs de la p�riode Art Nouveau. Il en pr�senta le pl�tre, offrant des diff�rences notables avec la version d�finitive, au Salon de la Soci�t� nationale des Beaux-Arts de 1901, en m�me temps qu�une statuette repr�sentant la danseuse Lo�e Fuller et deux m�daillons destin�s au th��tre de Tulle, d�Anatole de Baudot. La ressemblance de l�un de ces m�daillons, la Com�die, avec la femme de gauche de l�immeuble de Salard est �vident ; or le mod�le en fut �galement Lo�e Fuller, qui influen�a profond�ment l��uvre de Roche pendant plusieurs ann�es. L��tonnante danseuse, qui n��tait ni belle, ni grande, avait heureusement su compenser ses d�fauts par l�invention de danses �serpentines� o� la lumi�re artificielle savait se combiner � l�agitation d�immenses voiles attach�s � de longues baguettes de bois. Cette fa�on de danser, aussi originale que fr�n�tique, influen�a profond�ment l�imagination des artistes de l��poque, comme Toulouse-Lautrec, Carabin ou Larche. Il para�t n�anmoins �tonnant d�en retrouver les traits sur une fa�ade d�immeuble parisien !

Le vestibule de cet �difice n�est pas moins int�ressant, notamment pour sa belle frise en c�ramique, aux rinceaux v�g�taux d�une belle complication, qui �voque irr�sistiblement l�enluminure irlandaise, l�une des sources les plus anciennes du Modern Style. Bien que ma photographie ne soit pas excellente, n�ayant pas pu �viter les reflets sur une vitre un peu sale, je la publie n�anmoins, pour la grande originalit� du motif qu�elle propose.

Notre balade d�aujourd�hui s�ach�ve au 72, rue de l�Universit� (VIIe arrondissement), pour y admirer un beau d�tail de l�immeuble Didot-Bottin, � l�angle de la rue d�di�e � S�bastien Bottin, cr�ateur de l�annuaire du m�me nom.
Le 12 novembre 1887 fut publi�e l�annonce des �modifications et travaux divers�, command�s par le vicomte de Rouget � l�architecte Vi�e, qui furent alors commenc�s � cette adresse. Il para�t donc certain que l��difice est plus ancien et que la belle horloge, dont l�encadrement sculpt� fut sign�e par Aim� Octobre en 1907, est un ajout tr�s tardif.

Si la composition reste totalement soumise aux mod�les classiques, son traitement rel�ve bien d�un Art Nouveau po�tique et d�licat, tel que surent le d�velopper des sculpteurs comme Pierre Roche, Raoul Larche ou Paul Gasq. Malheureusement, le relief est assez gravement ab�m� : l�all�gorie f�minine qui surmonte le cadre a d�j� perdu un bras, ainsi que le d�tail de son gracieux visage. Les enfants de la partie inf�rieure ne nous sont pas parvenus dans un meilleur �tat : les traits de celui de gauche sont m�me compl�tement rong�s par la pollution et les intemp�ries. La restauration de ce tr�s s�duisant morceau de sculpture serait bienvenu... avant qu�il ne disparaisse totalement.