
Pour aujourd�hui, voici une nouvelle moisson de jolis morceaux de sculpture d�corative, glan�s un peu partout dans la capitale. Cette fois-ci, nous ignorerons le XVIe arrondissement, la pr�c�dente r�colte lui ayant �t� consacr�e.
Commen�ons au 34, avenue de Clichy (XVIIIe arrondissement), avec un immeuble un peu triste, sign� et dat� : Hodanger 1907. Une petite �Parisienne�, �uvre du sculpteur Anciaux, nous y attend au-dessus de la porte. Mais elle esp�re surtout un nettoyage qui lui rendra jeunesse et s�duction.

L�histoire de cet immeuble constitue un vrai petit myst�re, car si la seule demande de permis de construire trouv�e pour cette adresse mentionne bien l�architecte Hodanger, et pour deux corps de b�timents, c�est � la date du 29 ao�t 1891 ! Le 5 d�cembre de la m�me ann�e fut m�me publi�e l�information que les travaux �taient bien commenc�s, mais en pr�cisant qu�ils ne concernaient que le fond de la propri�t�. Aurait-on attendu pr�s de seize ans pour entreprendre, enfin, un b�timent sur rue ? Cela semble peu cr�dible. Mais ces informations montrent, au moins, la fid�lit� de l�architecte � cette adresse.

Non loin de l�, au 120, boulevard de Clichy, nous attend un immeuble �difi� par P. Lecocq en 1908. L��difice, nettement plus s�duisant que le pr�c�dent, fut command� par Mme Beauvais - qui habitait � Bagnoles-de-l�Orne - et sa demande de permis, o� le nom de l�architecte est omis, date du 20 novembre 1907.
Son attrait principal vient du joli galbe de sa porte d�entr�e, dont le d�cor sculpt� laisse appara�tre des essences de plantes plut�t rares en architecture : le platane et le dattier, occasion de faire de jolis arrangements de feuilles. Les ferronneries employ�es pour les garde-corps sont toutes de type industriel, mais un mod�le particuli�rement s�duisant se fait remarquer au-dessus de l�entr�e : c�est celui qu�employa Joachim Richard, � la m�me �poque, pour son �difice de la rue Perrichont.

Sans vouloir trop d�florer l�article que je projette sur la rue R�aumur pour un de ces jours prochains, je ne r�siste pas au plaisir de montrer ici l��uvre que G. Salard �difia au n�39 (IIIe arrondissement), en 1899-1900. Une veuve, Mme Massignon, en �tait la commanditaire, et sa demande de permis fut publi�e le 28 f�vrier 1899. A force d��clectisme, l�immeuble appara�t joliment compliqu�. Son amusant balcon suspendu, au centre de la fa�ade, est soutenu par un important motif sculpt�, repr�sentant deux bustes de femmes.

Son auteur n�est autre que Pierre Roche, l�un des plus talentueux sculpteurs de la p�riode Art Nouveau. Il en pr�senta le pl�tre, offrant des diff�rences notables avec la version d�finitive, au Salon de la Soci�t� nationale des Beaux-Arts de 1901, en m�me temps qu�une statuette repr�sentant la danseuse Lo�e Fuller et deux m�daillons destin�s au th��tre de Tulle, d�Anatole de Baudot. La ressemblance de l�un de ces m�daillons, la Com�die, avec la femme de gauche de l�immeuble de Salard est �vident ; or le mod�le en fut �galement Lo�e Fuller, qui influen�a profond�ment l��uvre de Roche pendant plusieurs ann�es. L��tonnante danseuse, qui n��tait ni belle, ni grande, avait heureusement su compenser ses d�fauts par l�invention de danses �serpentines� o� la lumi�re artificielle savait se combiner � l�agitation d�immenses voiles attach�s � de longues baguettes de bois. Cette fa�on de danser, aussi originale que fr�n�tique, influen�a profond�ment l�imagination des artistes de l��poque, comme Toulouse-Lautrec, Carabin ou Larche. Il para�t n�anmoins �tonnant d�en retrouver les traits sur une fa�ade d�immeuble parisien !

Le vestibule de cet �difice n�est pas moins int�ressant, notamment pour sa belle frise en c�ramique, aux rinceaux v�g�taux d�une belle complication, qui �voque irr�sistiblement l�enluminure irlandaise, l�une des sources les plus anciennes du Modern Style. Bien que ma photographie ne soit pas excellente, n�ayant pas pu �viter les reflets sur une vitre un peu sale, je la publie n�anmoins, pour la grande originalit� du motif qu�elle propose.

Notre balade d�aujourd�hui s�ach�ve au 72, rue de l�Universit� (VIIe arrondissement), pour y admirer un beau d�tail de l�immeuble Didot-Bottin, � l�angle de la rue d�di�e � S�bastien Bottin, cr�ateur de l�annuaire du m�me nom.
Le 12 novembre 1887 fut publi�e l�annonce des �modifications et travaux divers�, command�s par le vicomte de Rouget � l�architecte Vi�e, qui furent alors commenc�s � cette adresse. Il para�t donc certain que l��difice est plus ancien et que la belle horloge, dont l�encadrement sculpt� fut sign�e par Aim� Octobre en 1907, est un ajout tr�s tardif.

Si la composition reste totalement soumise aux mod�les classiques, son traitement rel�ve bien d�un Art Nouveau po�tique et d�licat, tel que surent le d�velopper des sculpteurs comme Pierre Roche, Raoul Larche ou Paul Gasq. Malheureusement, le relief est assez gravement ab�m� : l�all�gorie f�minine qui surmonte le cadre a d�j� perdu un bras, ainsi que le d�tail de son gracieux visage. Les enfants de la partie inf�rieure ne nous sont pas parvenus dans un meilleur �tat : les traits de celui de gauche sont m�me compl�tement rong�s par la pollution et les intemp�ries. La restauration de ce tr�s s�duisant morceau de sculpture serait bienvenu... avant qu�il ne disparaisse totalement.