
C�est pour les �h�ritiers Lazard� que Richard Bouwens van der Boijen construisit ces deux imposants immeubles. La demande de permis du premier, au n�27, fut publi�e le 5 juillet 1905 ; celle du n�27 bis date du 30 mars 1906. Cette simple chronologie pourrait suffire � comprendre, d�embl�e, le caract�re sympathiquement disparate de ces �difices, s�ils n��taient pas tous deux clairement dat�s... de 1905. On peut donc se permettre d�interpr�ter la seconde demande comme une r�gularisation administrative, l�immeuble ayant probablement d�j� �t� achev� au moment de la publication.
Pour des �difices visibles de tr�s loin - et m�me depuis la place de la Concorde -, b�n�ficiant en outre d�une situation prestigieuse sur le bord de la Seine, l�architecte ne pouvait �videmment pas se contenter de fa�ades plates et ordinaires ; il avait bien trop de talent pour se cacher avec banalit� dans un paysage terne. Il choisit donc de creuser la fa�ade du n�27 et de jouer sur l��tonnante vari�t� formelle du n�27 bis, y utilisant brillamment tout les moyens formels alors possibles : grande fen�tre en plein cintre, colonnade, bow-window, clocheton... On peut difficilement construire deux b�timents aussi diff�rents, dans l�ensemble comme dans le d�tail.


Sera-t-on d��u par la sym�trie de l�immeuble le plus imposant, et par son absence presque totale de d�cor ? Ce serait peut-�tre faire injure � l�art de l�architecture que de penser qu�il a uniquement de l�int�r�t dans la luxuriance des mat�riaux ou dans la collaboration luxuriante d�un talentueux sculpteur-ornemaniste. Si l�Art Nouveau s�est beaucoup d�consid�r� par des effets un peu factices, il a heureusement su g�n�rer quelques �uvres d�une plus grande rigueur formelle. C�est parfois l� que se reconnaissent les chefs-d��uvre. Le 27, quai Anatole-France - qui faisait alors encore partie du quai d�Orsay - se singularise, en effet, par l�aust�rit� de ses murs, � peine anim�s par quelques balcons, comme suspendus sur la fa�ade. Sans doute Bouwens van der Boijen a-t-il voulu faire le contraire de ce qu�on peut voir sur l�h�tel voisin, caract�ris� par ses beaux ordres classiques et ses copies d�antiques. On s�en apercevra en comparant leurs deux �murs� de cl�ture, creus� en son centre au n�25 et sur�lev� au n�27, mais pareillement orn�s de fen�tres circulaires. Jouant sur l�absence presque totale de toute sculpture ornementale, Bouwens concentra sa fantaisie visuelle sur les parties hautes de son immeuble, notamment les toitures arrondies de ses deux balcons d�angle et, surtout, l��trange tambour central, couronnant l��difice comme une sorte de ch�teau d�eau. Probablement s�agit-il du sommet d�une magnifique cage d�escalier.

Pour les amateurs que cet Art Nouveau un peu aust�re rebuterait un peu, l�immeuble du 27 bis propose des gr�ces un peu plus conformes � l�esth�tique du temps : jeu sur les mati�res, les formes, les ouvertures. Mais avec la rigueur � laquelle cet architecte fut toujours fid�le. Ainsi les principales c�ramiques du d�cor ressemblent - l�chons-nous et parlons �moderne� ! - � un jet� de CDs perfor�s, � motifs de fleurs totalement stylis�es. La g�om�trisation de ces motifs peut �tre d�un tr�s grande diversit� pour les assises de chaque �tage du bow-window, signe qu�il n�y a pas de r�gle bien d�finie chez Bouwens. Il s�est d�ailleurs permis d�utiliser la couleur pour les curieux auvents du rez-de-chauss�e et du premier �tage, rappel �vident de ses origines n�erlandaises. Dans le d�tail, ces ornements annoncent beaucoup plus l�Art D�co qu�ils ne participent � l�Art Nouveau, nouveau signe de l�originalit� de cet architecte pr�curseur. On ne s'�tonnera pas que ce rev�tement de c�ramique vienne de la fabrique de Gentil et Bourdet qui, tr�s t�t, a largement pr�figur� l'art des ann�es 1920 dans ses cr�ations.

Il faut pratiquement traverser la Seine pour savourer l�ordonnancement des toitures, l�amusante gloriette sommitale et, surtout, l�immense baie demi-circulaire. Celle-ci a depuis longtemps fait la c�l�brit� de l��difice. Pourquoi ? Parce que ce salon est �clair� toute la nuit - du moins �tait-ce le cas il y a encore quelques ann�es -, particularit� qui a fait fantasmer bien des curieux et qui a m�me fait l�objet d�un joli �change de r�pliques entre Nathalie Baye et G�rard Depardieu dans le film �Rive droite - Rive gauche�. On peut toujours se donner rendez-vous, � deux heures du matin, pour v�rifier si cet amusant ph�nom�ne continue toujours...