
Il y a quelques mois, un lecteur de ce blog m�avait inform� de l�existence d�un assez curieux immeuble de Paul Auscher sur l�avenue de Suffren. On s�en souvient peut-�tre : Auscher est l�auteur de l��trange et presque �d�goulinant� immeuble du 140, rue de Rennes, qui figure en bonne place parmi les �uvres tr�s embl�matiques de la �nouille� parisienne.
Le hasard m�a fait d�couvrir � mon tour l��difice en question. Et, r�trospectivement, je me suis souvenu de l�information qui m�avait �t� donn�e, parfaitement enregistr�e dans un coin de ma m�moire, mais malheureusement non suivie d�un effet imm�diat.
Etonnant Paul Auscher ! A force de d�couvrir ses r�alisations parisiennes au fil de mes promenades, je m�aper�ois qu�il ne laisse jamais indiff�rent, tant dans sa p�riode Art Nouveau que dans ses travaux ult�rieurs. Capable d�une inspiration d�bordante, � la limite du mauvais go�t, mais finalement assez marginale, il se caract�rise en r�alit� par une sobri�t� �l�gante et sophistiqu�e, signe que ses franches incursions dans le Modern Style ont �t� la cons�quence de commandes tr�s particuli�res.

Le 122 ter avenue de Suffren fut demand� par un certain Cohen, dont la demande de permis a �t� publi�e le 5 ao�t 1912. Auscher habitait alors d�j� au 5, rue Talleyrand, dans l�h�tel d�j� tr�s surprenant - par sa sobri�t� aust�re et presque agressive - qu�il s��tait fait construire en 1910 et qu�il avait os� pr�senter, d�ailleurs en vain, au Concours de fa�ades de l�ann�e suivante. Ici, apr�s un ensemble d��difices fort sobres, o� la structure rigoureuse �vite tout recours � un quelconque d�cor, l�architecte se prend � nouveau au jeu de l�ornement. Mais nous n�y voyons rien de comparable aux p�tisseries de la rue de Rennes, puisque les motifs sont tr�s simplement incis�s, laissant au curieux le choix de les remarquer ou de passer sans m�me y faire attention.

Comment pourrait-on qualifier ces ornements principalement g�om�triques, parfois prolong�s par des motifs floraux tr�s stylis�s, petite frise de bouquets pour souligner une ar�te ou grappes de plantes aquatiques, principalement visibles sous les diff�rents balcons ? Leur style oscille entre un japonisme bizarrement teint� d�un caract�re �azt�que� difficile � cerner de fa�on pr�cise. Et leur technique se rapprocherait volontiers du sgraffite belge s�il n�y avait pas une volontaire absence de couleur pour singularis� le parti adopt� par Auscher, les motifs �tant � peine soulign�s par un gris� discret. Ils sont, en tout cas, la seule concession, presque perverse par leur ambigu�t� stylistique, au monde de l�Art Nouveau, le b�timent lui-m�me appartenant d�j� en totalit� � l�univers de l�Art D�co. On en voudra pour preuve le caract�re tr�s anguleux des formes architecturales, o� les balcons sont plac�s comme des sortes de prismes en encorbellement, sur l�angle, ou d�velopp�s comme des ailes ouvertes sur la petite rue Mario-Nikis, donnant � cette �l�vation lat�rale une r�elle originalit�, d�une tr�s belle harmonie.

La fa�ade principale, pour sa part, se veut plus aust�re, tant par des volumes moins compliqu�s et plus massifs que par un d�cor moins abondant. Mais on notera au niveau des combles, et d�une fa�on g�n�rale, la surprenante multiplications des fen�tres en excroissance et leur orientation apparemment d�sordonn�e.
L�immeuble n�est malheureusement pas dans un �tat merveilleux : les rosaces qui d�corent le dessous du grand balcon du dernier �tage sont partiellement effac�es, ph�nom�ne qui ne pourra que s�intensifier s�il n�est pas rapidement enray�. Mais, pour cela, sans doute faudrait-il rendre � Auscher la place qui lui revient certainement dans le monde de l�architecture parisienne, et qui ne se r�sume pas au seul immeuble de la rue de Rennes... Car celui-ci reste finalement tr�s marginal et bien peu caract�ristique de son v�ritable style.