18 rue du G�n�ral-Beuret (15e arrondissement)


Il n�est sans doute pas simple, pour se faire une place dans le domaine artistique, d�avoir un patronyme plut�t banal. Le nom d�Eug�ne Petit - au contraire de Th�o Petit, ici d�j� plusieurs fois rencontr�, dont l��uvre est nettement plus identifiable gr�ce � un pr�nom visiblement plus rare - semble, en effet, avoir �t� port� par au moins trois architectes � l��poque de l�Art Nouveau. Ceci ne rend donc pas ais�e l�identification des travaux de celui qui construisit l�immeuble de la tr�s discr�te rue du G�n�ral-Beuret. Au moins pouvons-nous savoir qu�il fut command� par M. Hirsch, qui en fit publier la demande de permis le 6 juillet 1911. L�architecte habitait alors au 101 rue d�Al�sia.

C�est gr�ce � la publication de plans dans "La Construction Moderne", peu de temps avant la d�claration de guerre, que cet �difice attira mon attention, tant � cause de la structure g�n�rale de l�immeuble, d�un Art Nouveau visiblement d�brid� et d�monstratif, que par la forme tr�s insolite de sa porte d�entr�e : en effet, celle-ci se pr�sente, sur le dessin, sous l�apparence... d�un cercle parfait ! Comment cette porte pouvait-elle s�ouvrir ais�ment et permettre un acc�s facile au vestibule de l�immeuble ? Voil� qui excita imm�diatement mon imagination.
Parmi les autres d�tails int�ressants que l��l�vation dessin�e laissait entrevoir, on remarque des arcatures d�coratives, assez proches de celles employ�es par Lavirotte dans ses beaux immeubles du d�but des ann�es 1900, ainsi qu�un animal sculpt� - chat ou hibou - entre les deux bow-windows jumeaux qui ornent le centre d�une composition tr�s sym�trique, seulement rompue par la pr�sence d�un jolie devanture de boutique.

La curiosit� m�a �videmment pouss� � vouloir en savoir un peu plus. Mais cet immeuble existait-il toujours ? Et dans quel �tat ? Je dois ici avouer une certaine angoisse de l�irr�parable qui m�assaille assez r�guli�rement, entre le moment o� je d�couvre la trace d�un �difice int�ressant - mais sur lequel la litt�rature reste assez peu bavarde - et celui o�, sur place, je d�couvre qu�il n�a jamais �t� construit ou qu�il a disparu, qu�il est d�natur� ou simplement d�cevant. Heureusement, il arrive que l�attente soit positivement r�compens�e. C�est presque le cas pour l�immeuble qui nous int�resse aujourd�hui.

Car la porte existe, en effet, et elle est bien circulaire. Sauf qu�elle ne s�ouvre pas enti�rement : le passage se fait par deux battants rectangulaires, qui ne constituent qu�une partie du cercle. Le myst�re, finalement, �tait assez simple et la r�alit� appara�t presque trop banale. Si le travail de fer forg� reste assez remarquable, et assez proche du dessin original, la partie sculpt�e qui est charg�e de l�encadrer appara�t beaucoup plus simple et d�cevante, r�duite � des enroulements et � une sobre simulation d��cailles de poissons. Mais l�illusion demeure, malgr� tout, et reste originale.
Les bow-windows, fortement ceintur�s par de larges balcons, n�apparaissent pas si saillants qu�ils promettaient de l��tre, et l�animal, familier ou plus inqui�tant, n�occupe pas l�emplacement qui lui �tait r�serv�. Mais le travail de sculpture, assez na�f dans ses proportions exag�r�es, pla�t par une sorte de rusticit� peu commune : le d�cor laisse alterner les tournesols et les chardons, plantes assez banales pour l��poque, mais qui apparaissent assez rarement sur une m�me fa�ade. Par endroits, notamment sous le balcon du deuxi�me �tage, l�ornementation se r�sume � de curieux motifs, stylis�s � l�extr�me et r�duits � l��tat de simples frises incis�es, curieux enroulements v�g�taux o� on pourrait reconna�tre l��vocation vague de visages humains.

Apparemment, la partie haute de l�immeuble a �t� tr�s simplifi�e par rapport au projet initial, puisqu�on n�y voit pas les arcatures purement d�coratives qui y �taient pr�vues, pas plus que l��trange fen�tre ronde qui devait couronner, en son centre, la composition toute enti�re. Quant � la boutique, si elle a exist�, elle n�est plus aujourd�hui qu�une structure tout � fait banale parfaitement oubliable.

Certes, l�immeuble n�appara�t pas aujourd�hui avec toutes les promesses que son dessin laissait entrevoir. A cause d�un visible souci d��conomie, sa structure et son d�cor ont �t� simplifi�s, jusqu�� rendre presque banal l�effet pourtant int�ressant de la porte circulaire. En d�finitive, Eug�ne Petit appara�t comme un architecte int�ressant, mais la r�alit� de ses �uvres semble ne pas �tre exactement au diapason de son imagination. Gr�ce � son adresse, inchang�e pendant cette longue p�riode, il est possible de le retrouver, en 1902, comme auteur d�un autre immeuble, situ� � l�angle du 16 rue des Plantes et de la rue de la Sabli�re. La porte d�entr�e montre un d�cor tout aussi na�f et stylis�, curieux mais singuli�rement priv� d�une fermet� qui aurait pu assurer � son auteur une plus grande notori�t�.