
Il n�est pas certain que cette amusante curiosit� doive � jamais rester anonyme. Certes, ni mes livres, ni l�association �Blometparadiso� - regroupant sympathiquement tous les amis de cette jolie rue du XVe arrondissement -, n�ont pu m�apporter de r�ponse imm�diate � ce sujet. Mais, par chance, une demande de permis de construire a bien �t� publi�e par Mme Remond, demeurant 2, rue des Francs-Bourgeois, � la date du 20 mars 1902. Malheureusement, le nom de l�architecte n�y est pas plus indiqu� que sur la fa�ade, mais le dossier de voirie, aux Archives de Paris, ne devrait pas manquer d�en r�v�ler l�identit�. Je compl�terai donc cette notice lorsque j�aurai consult� ce dossier, � moins qu�un lecteur, me devan�ant, n�ait la bonne id�e de me communiquer l�information.

Tout l�int�r�t de cet immeuble, dont la fa�ade, tr�s simple, est en tr�s grande partie construite en briques, r�side dans son �trange entr�e, constitu�e de deux grandes paires d�arcs ogivaux, englobant l�une des fen�tres de la conciergerie. Ces arcs ont l��tonnante particularit� de ne pas �tre identiques, ceux de la porte �tant plus hauts et larges que ceux de la fen�tre. S�ils appartiennent bien � l�esth�tique n�o-gothique, � cette date encore un peu � la mode, leur d�cor de grandes palmes rel�ve bien de l�Art Nouveau, par leur apparent d�sordre et leur s�duisante complication.

De part et d�autre de cette composition presque improvis�e, deux t�tes de chats �mergent timidement dans des sortes d��coin�ons, paraissant espionner les passants avec curiosit� et appr�hension, derri�re leurs immenses moustaches si peu r�alistes ! A cette autre concession � l�art gothique, qui �tait tr�s friand de ce genre de d�tails pittoresques, r�pond de tr�s inutiles rubans, destin�s � enrichir la base des quatre tiges. Cette �vocation d�une certaine tradition classique appara�t ici presque incongrue. Elle nous conforte, en tout cas, dans l�id�e d�un d�cor assez m�diocrement con�u, sans autre id�e directrice qu�une volont� de bizarrerie, et presque fascinant par son caract�re tr�s composite et visiblement brouillon. Les belles tiges ronceuses de la porte n�apportent aucune unit� � l�ensemble, mais nous assurent d�une r�alisation volontairement soign�e,
Si l�Art Nouveau avait trouv� une de ses sources dans le regain d�int�r�t pour l�art m�di�val, dont Viollet-le-Duc avait �t� le champion, il est certain qu�� la date de 1902 ces deux styles s��taient clairement et presque d�finitivement dissoci�s. Le Modern Style, assagi, s��tait progressivement d�tourn� de ses mod�les gothiques. Du moins ne transpiraient-ils d�j� plus d�une fa�on aussi �vidente.