
On l�aura constat� : il n�y a encore aucun �difice des IVe, IXe et XIXe arrondissements dans ce blog... Pour les deux premiers, la chose s�explique par une v�n�rable anciennet� de ces quartiers : leur urbanisme �tait d�j� presque achev� au moment de l�arriv�e de l�Art Nouveau. Quant au XIXe, il a �t� assez sauvagement remodel� pendant l�embellie de l�immobilier, au cours des ann�es 1960-1980. Mais je ne d�sesp�re pas d�y trouver quelques raret�s au cours de mes prochaines promenades. Encore un peu de patience : on y arrivera bien, un jour ou l�autre !
Pour aujourd�hui, donc, contentons-nous de nous rapprocher du IXe, en le regardant depuis le trottoir d�en face, la fronti�re entre les deux arrondissements passant exactement au milieu de la rue d�Amsterdam.

Parmi les �difices d�sesp�r�ment anonymes qu�il nous arrive de contempler par hasard, le 33 de cette rue d�Amsterdam constitue une �nigme passablement comique, et m�rite pour cela une assez courte halte. En effet, il serait incongru de parler ici de �chef-d��uvre�, rien qu�� voir ces maladroites cariatides aux bras monstrueusement courts, aux doigts grossiers, � l�expression bien vague et impersonnelle. Le sculpteur a presque eu raison, malgr� lui, de les faire �merger de roseaux : cette sir�ne et ce triton peu s�duisants ressemblent presque � des batraciens issus de marais tr�s douteux, plut�t qu�� ces personnages mythologiques traditionnels, r�put�s pour leur beaut� dangereuse - la sir�ne - ou leur puissante musculature - le triton.
Evidemment, nous sommes ici en plein classicisme. On pourrait m�me dire que le rapprochement avec l�Art Nouveau semble ici assez fortuit et accidentel, � peine perceptible dans l�agencement joliment d�sordonn� des roseaux. Il semblerait n�anmoins que, ni l�architecte, ni le sculpteur, n�aient eu une v�ritable intention d��tre �modernes�. D�ailleurs, l�immeuble a certainement �t� construit � une �poque bien ant�rieure � l��mergence du Modern Style. Il ne fait donc que l�annoncer par erreur !

L�invraisemblable na�vet� de la sculpture d�corative, source de son primitivisme tr�s involontaire, se retrouve dans les bustes plac�s sur les frontons tr�s renaissants de certaines fen�tres. L� encore, les personnages sont malhabiles, au point d��tre totalement priv�s de toute expression. Leurs yeux sont d�ailleurs limit�s � de simples contours incis�s en forme d�amande, qui leur donne un aspect presque cubiste avant l�heure.
Tout cela est tr�s divertissant, m�me si l�anonymat des auteurs de cette curiosit� maladroite nous laisse quelque peu sur notre faim. Ont-ils eu raison d��tre rest�s aussi discrets ?