151 rue de Grenelle (7e arrondissement)


Toute premi�re �uvre achev�e, en 1899, par Jules Lavirotte - dont la petite signature discr�te n�a pas encore la beaut� de l��norme paraphe de la fa�ade de l�h�tel de la rue S�dillot, o� il apparut pour la premi�re fois -, cet immeuble de la rue de Grenelle aura de quoi surprendre les inconditionnels de cet architecte singulier. La pr�cocit� de l��difice n�est certainement pas en cause, puisqu�on y trouve d�j�, parfaitement abouti, le fameux l�zard qui constitue un des ornements majeures du c�l�bre immeuble de l�avenue Rapp, et sur une porte qui constitue d�j�, en soit, un petit bijou d�Art Nouveau.

Mais le reste de la fa�ade, malgr� quelques motifs assez insolites - comme les �tranges fragments sculpt�s paraissant �voquer des d�tails d�armure -, laissera assez froid l�amateur exigeant. En dehors de l�inqui�tant l�zard, sur l�autre vantail occup� � d�guster un �pi de ma�s, et l�ensemble de cette porte d�entr�e, aux ferrures puissantes sugg�rant sommairement le profil de dauphins et au d�cor virtuose de roseaux, on admirera le non moins remarquable garde-corps de la fen�tre axiale du premier �tage et peut-�tre le d�cor de tournesol des consoles adjacentes. Car l�immeuble proprement dit ne semble pas avoir �t� l��uvre de Lavirotte, qui n�y serait donc intervenu que pour des travaux bien limit�s.

Une premi�re demande de permis a �t� retrouv�e pour cette parcelle, � la date du 10 mars 1883. M. Polaillon �tait alors le commanditaire d�une construction de rapport dessin�e par l�architecte Cugni�re. Seize ans plus tard, le 7 avril 1899, le m�me propri�taire fit publier une nouvelle demande de permis de construire, pour une parcelle situ�e au n�151 bis, et dans laquelle Lavirotte �tait sens� ne r�aliser qu�une construction de deux �tages.

Que devons-nous conclure de ces �l�ments historiques bien sommaires ? Certainement que notre sympathique architecte ne fut en r�alit� charg� que d��lever une sorte de petit b�timent ouvrant, par une boutique au rez-de-chauss�e, sur une �troite impasse lat�rale. Cet �difice aurait �galement reli� les deux immeubles parall�les d�j� existants, devant occuper une partie de leur cour int�rieure commune. Ce que nous pouvons voir aujourd�hui ne permet gu�re de se faire une id�e pr�cise de la r�alit� des travaux de 1899, mais Lavirotte en profita au moins pour faire d�int�ressants am�nagements d�coratifs, tant au niveau de la porte d�entr�e principale que par quelques nouveaux petits d�tails pittoresques dans la cour int�rieure, en briques de couleur. Sans doute lui doit-on aussi le surprenant ornement en m�tal, sur l��troite passage lat�ral - depuis l��poque devenu une v�ritable rue -, o� on identifie bien les initiales de J. Polaillon, dans une composition suffisamment compliqu�e pour avoir �t� dessin�e lors de la seconde campagne de travaux. Peut-�tre est-il aussi intervenu dans la d�coration int�rieure, les boiseries des portes conduisant � l�escalier principal paraissant suffisamment originales, avec leurs boiseries reprenant un peu l�id�e de l��pi de ma�s.

On l�aura remarqu�, cet ouvrage, appartenant � une premi�re p�riode de la carri�re de Lavirotte, courte et constitu�e de petits projets difficiles � �valuer, est un travail purement utilitaire. Mais, dot� d�un v�ritable talent et sans doute aussi d�une capacit� � convaincre sa client�le d�en vouloir toujours un peu plus, il aura probablement eu la possibilit� de d�border du bien modeste programme initial.