20 bis rue Boissi�re (16e arrondissement)


Octave Courtois-Suffit (1856-1902) ressemble en bien des points � L�on Benouville : tous deux morts trop t�t pour imprimer sur la modernit� le poids de leur v�ritable personnalit�, ils �taient d�j� des architectes reconnus lorsque l�aventure de l�Art Nouveau commen�a. Mais, si Benouville eut un r�el investissement dans le mouvement, cela fut certainement moins �vident pour Courtois-Suffit, artiste un peu plus �g�, et en partie aur�ol� du prestige de son propre p�re, qui avait �t� �galement architecte. Il n�en fut pas moins un repr�sentant occasionnel int�ressant, dans le sens o� le progr�s l�int�ressa beaucoup plus pour sa r�flexion innovante sur la structure et les volumes que pour le renouvellement du d�cor.

Ainsi, � premi�re vue, son immeuble du 20 bis, rue Boissi�re, achev� en 1902 - il s�agit donc de son dernier ouvrage -, pourra-t-il para�tre d�un int�r�t secondaire, pour sa relative nudit�. Construit pour Mme Animat, qui en fit publier la demande de permis le 4 avril 1901, il connut pourtant une certaine faveur dans la presse de l��poque, et en particulier imm�diatement apr�s le d�c�s de l�architecte.
Mais l��difice m�rite un peu plus d�attention que d�habitude - ce qu�exigent d�ailleurs aussi les immeubles de Benouville - car son int�r�t est beaucoup plus structurel que d�coratif, avec des solutions � la fois pratiques et esth�tiques qui d�tonnent compl�tement chez ce qu�on peut encore appeler un �architecte acad�mique�.

La pr�sence d�un bow-window n��tait certes plus un grande nouveaut� en 1902, mais le parti d��viter de le placer au centre de la fa�ade constitue un choix toujours audacieux par son refus de la sym�trie. Par ailleurs, la pr�sence d�une sorte de jardin d�hiver m�tallique, perc� entre les deux consoles du grand balcon du deuxi�me �tage, n�est pas non plus une chose tr�s habituelle. Courtois-Suffit l�a clairement mis en relief par l�ajout, � ce niveau, de ferronneries d�un dessin original, sobre, mais clairement d�sir� comme �moderne�. Cette �tonnante verri�re appara�t bien sur l��l�vation incluse dans le dossier de voirie, mais elle avait alors une allure beaucoup plus rococo qui en att�nuait consid�rablement l�audace.

La comparaison de la fa�ade construite avec cette �l�vation est passionnante � plus d�un titre, l�architecte ayant progressivement effac� toutes les traces d�un historicisme banal, au profit d�un Art Nouveau discret, mais bien pr�sent : ainsi le couronnement du bow-window a-t-il �t� simplifi�, et la grille de la porte de service est devenue nettement plus originale.
Certes, les cariatides initialement pr�vues ont disparu au profit de pilastres tout aussi acad�miques, mais les chapiteaux y sont deux petits bijoux du plus pur Modern Style. Ces charmants visages, apparaissant entre d��tonnants petits arbres miniatures, ne sont pas sans �voquer la chemin�e tr�s inqui�tante de la salle � manger du palais enchant�, dans �La Belle et la B�te�, le film tourn� par Jean Cocteau une quarantaine d�ann�es plus tard. Mais les visages de Cocteau lui-m�me et de B�raud, son d�corateur, laissaient �chapper de leurs l�vres une fum�e aussi discr�te qu��nigmatique, qui n�appara�t �videmment pas sur les masques �tranges, mais beaucoup moins inqui�tants, de la rue Boissi�re.