
Saura-t-on jamais si cette maison a b�n�fici� du talent d�un v�ritable architecte ou si elle dut se contenter de la simple habilet� de son entrepreneur, du nom de Barillet ? H�las, nous n�en saurons gu�re plus sur son histoire, en dehors du fait qu�elle a probablement �t� �lev�e autour de l�ann�e 1900. Mais ce mill�sime, parfois attribu� un peu trop facilement � de comparables folies de pur �style nouille�, en situe peut-�tre vaguement l��poque, plut�t que son ann�e exacte de construction.

Orl�ans a beaucoup souffert des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, ce qui l�a malheureusement priv�e d�une grande partie de son patrimoine plus contemporain, et en particulier de quelques immeubles int�ressants de Louis Duthoit, fils d�un proche collaborateur de Viollet-le-Duc et dont l�agence fut partag�e entre Paris, Amiens et Orl�ans. Mais la rue Saint-Marc, appartenant d�j� � une proche banlieue, fut alors heureusement �pargn�e.
L�auteur de cette tr�s amusante fantaisie, � bien y regarder, semble effectivement avoir �t� une sorte de dilettante original, tr�s satisfait de s��tre content� d�accumuler des motifs sur la fa�ade, � peu pr�s au hasard, sans ordre ni harmonie, ce qui conf�re � l�ensemble de la composition un v�ritable charme, par le d�sordre m�me de son improvisation.

Apparemment, les revues d�architecte semblent avoir pu constituer la source principale de ce foisonnement de motifs. Certes, aucun d�tail n�est imm�diatement reconnaissable comme ayant �t� inspir� par un fragment rep�rable dans une publication d��poque, mais leur agencement appara�t compos� sans r�elle justification, comme la curieuse fleur qui constitue un ornement d�angle trop isol� et presque inutile. De l�autre c�t�, le massif sculpt� para�t beaucoup trop puissant, avec son remplissage de briques blanches, rejetant les jolis effets de couleur ailleurs produits par la meuli�re, qui mettent bien en en valeur les formes tr�s singuli�res de toutes les ouvertures.
Mais justement... N�y a-t-il pas trop de fantaisie, ni trop de diversit� ? Et de quel Art Nouveau nous parle-t-on ici ? On h�site � le croire d�influence italienne ou tch�que... Si la latinit� des formes est incontestable, elle ne semble pas avoir un rapport tr�s �troit avec le Modern Style du nord de l�Europe, et para�t m�me d�j� trop m�ridional (ou trop oriental) pour la capitale du Loiret.

Au-del� de son invraisemblable bric-�-brac - �videmment irr�prochable au niveau de la fantaisie, sinon m�me d�une certaine forme d�humour -, nous sentons donc rapidement que la maisons souffre d�une certaine h�t�rog�n�it�, conduisant � d�inutiles accumulations. Voit-on encore le joli visage p�trifi� qui �merge de l�encorbellement du salon du rez-de-chauss�e ? Fait-on attention aux curieuses b�quilles qui soutiennent le toit, recourb�es comme des trompes d��l�phants ? Remarque-t-on la forme joliment accident�e de la cl�ture de la propri�t� ?
Comme � Agen, comme � Dunkerque ou � Roubaix, la maison de la rue Saint-Marc � Orl�ans constitue la �maison amusante� de la ville, celle qu�on a longtemps montr� du doigt pour la d�clarer rigolote et passablement vulgaire. Presque toutes les villes moyennes ont eu leur villa excentrique, leur castel d�lirant, en pleine agglom�ration ou dans une p�riph�rie moins voyante. Mais n�y eut-il vraiment que celle-ci � Orl�ans ? Myst�re ! Nous verrons peut-�tre cela, en compagnie de B. L. (pour quoi vous pouvez �videmment voter), lors d�un prochain billet.