
Ce n�est pas sans un certain plaisir que j�ai �t� revoir le charmant h�tel particulier de la rue de Montevideo, devant lequel je n��tais pas pass� depuis bien des ann�es. Il faut bien reconna�tre que cette rue du XVIe arrondissement - primitivement appel�e rue Th�ry - est bien discr�te, tr�s �loign�e de tout. Il semble presque n�cessaire d�avoir un but pr�cis pour y mettre les pieds !
L��difice a �t� command� � Joachim Richard par J. Mannheim. Les plans ont �t� sign�s le 1er mai 1914, et la demande de permis a �t� publi�e trois jours plus tard, soit � peine quelques petites semaines avant la d�claration de guerre. Malgr� ces �v�nements internationaux, qui stopp�rent imm�diatement la quasi int�gralit� des projets d�architecture, ce chantier-ci semble n�avoir pas �t� interrompu : la fa�ade porte clairement la date de 1915, indice que rien n�en emp�cha la r�alisation.

Plus qu�un h�tel particulier, il s�agit d�une v�ritable maison, telle qu�on pourrait en trouver dans quelque banlieue �l�gante. Mais, par sa date de construction, elle appara�tra anachronique, comme une survivance de l�art de vivre qui �tait alors en train de dispara�tre. Son allure n�en est pas moins paradoxale, m�lange �gal de classicisme et d�Art Nouveau, styles pareillement emport�s dans la tourmente de la Grande Guerre.

L�art de Joachim Richard, apr�s les audacieuses r�alisations de la rue Boileau et de l�avenue Perrichont, devint en effet de plus en plus classique. Il en fut de m�me pour pratiquement tous les repr�sentants majeurs de ce Modern Style qui ne pouvait repr�senter qu�une p�riode de leur activit�. N�anmoins, on h�siterait � rapprocher l�h�tel Mannheim des gr�ces Louis XV - ondulation de la fa�ade, ferronneries d�une jolie complication baroque - ou de la rigueur sage de l��poque Louis XVI. Sur cet �clectisme presque s�v�re, des traces d�Art Nouveau subsistent, sous la forme d�une d�licate frise florale en mosa�que de gr�s, r�alis�e par les fid�les Gentil et Bourdet, sp�cialistes de cette technique, et par les beaux ornements floraux, sculpt�s autour de la porte d�entr�e ou d�licatement pos�s sous les balcons du premier �tage.
Richard avait d�j� exp�riment� cette int�ressante synth�se stylistique dans ses immeubles de la rue du G�n�ral-Delestraint, en 1911, t�moins comparables d�un Art Nouveau finissant et d�sabus�.