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39 rue Scheffer (16e arrondissement)


Le second et dernier immeuble construit par Ernest Herscher fut �lev� sur une charmante et �troite rue en pente, dans un quartier � l�atmosph�re toujours aussi sympathiquement provinciale - malgr� sa proximit� d�alors avec l�imposant palais du Trocad�ro, et d�aujourd�hui avec la tr�s ennuyeuse avenue Paul-Doumer. Le mus�e Carnavalet poss�de un ensemble de petites gouaches peintes par un amateur du nom de Chauvet, entre 1890 et 1895, qui voulait t�moigner de l�apparence encore presque paysanne de certaines rues d�Auteuil et de Passy. Et plusieurs de ces amusants dessins ont �t� faits dans les abords imm�diats de la rue Scheffer.
La publication de la demande de permis de construire, du 31 juillet 1911, ne fait m�me pas �tat d�un architecte, ce qui laisse clairement entendre avec quelle part d�orgueil Herscher assuma une activit� qui, pour lui, �tait tr�s occasionnelle. Il ne se d�clara alors que comme propri�taire, domicili� alors au 33, avenue Henri-Martin. Son ami Louis Feine, auteur du petit bijou gothique du cours Albert-1er command� par Ren� Lalique, le consid�rait pourtant comme l�un des plus grands architectes de leur g�n�ration, mais en d�plorant sa paresse, son esprit fantasque et son go�t trop prononc� pour la gravure, o� il se fit effectivement une certaine r�putation. Ses vingt-cinq eaux-fortes, intitul�es �Souvenirs du Paris d�hier�, parurent d�ailleurs en 1912, soit au moment m�me o� cet immeuble fut construit.

Mais la raret� de ses constructions lui a permis de garder une inventivit� �tonnante, � une �poque tardive o� l�Art Nouveau, essouffl�, cherchait d�j� � se renouveler, inventant progressivement la voie nouvelle qui allait le conduire vers l�Art D�co. Il est certain que concevoir deux immeubles � six ans d�intervalle - au jour pr�s ! - avait �videmment permis � leur auteur de ne rien perdre de la fra�cheur de son inspiration. Ainsi sut-il exploiter au mieux la position de son �difice, situ� � l�angle de la rue Louis-David, en m�nageant entre les deux voies d�amples balcons et loggias tr�s saillants, et en couvrant les fen�tres des deuxi�me et cinqui�me �tages de d�licieux toits enveloppants, ouverts comme des ombrelles. Ceux-ci ne sont pas sans �voquer le parti similaire adopt� par Chedanne � l�h�tel Merc�d�s, rue de Presbourg.











Dans le d�tail, la sculpture est d�une qualit� �gale � celle qu�on remarquait d�j� rue La Fontaine, bien qu�elle soit ici d�inspiration plus exclusivement v�g�tale. Sans doute pourrait-on l�attribuer � Pierre Seguin, qui fut l�un des plus d�licats ornemanistes de sa g�n�ration. Le travail de ferronnerie, pour sa part, se r�v�le ici beaucoup plus raffin� qu�en 1905, l�originalit� du pr�c�dent immeuble s��tant essentiellement cantonn�e dans des �l�ments de structure en fer industriel, abandonnant les garde-corps des fen�tres � des mod�les assez m�diocres. Seule v�ritable d�ception de la construction de la rue Scheffer : les portes d�entr�e, au d�cor malingre et pauvre, trahissent une simple fonction utilitaire.
Pour int�grer son �difice dans un environnement encore presque campagnard, Herscher m�nagea, sur la rue Louis-David, un charmant jardinet pourvu d�une tr�s simple mais assez jolie grille, qui existent encore aujourd�hui.

Jeu 2016 - Envoi n�6 : 50 rue de Strasbourg (Vichy - Allier)


Je ne sais pas pourquoi, mais on m�a fr�quemment parl� de Vichy ces derniers temps. D�abord pour me signaler des balcons �style Guimard�, au 53-55, boulevard Carnot (mais il y en a �galement sur un immeuble de l�avenue Jean-Jaur�s), puis pour me signaler cette amusante maison du boulevard de Strasbourg. Merci donc � O. P. de participer � notre jeu avec cette curiosit�. Je ne doute pas qu�elle plaira !

Les proportions de l��difice sont modestes, mais l�architecte en a magnifi� l�apparence avec une curieuse d�coration, destin�e � souligner l�ar�te du toit et la fen�tre du combe. Quoique bien simples, les lignes de cette ornementation ne manquent pas d�originalit�, m�me si leur �paisseur et leur dessin malhabile rel�vent d�une certaine na�vet�.
Malgr� son charme certain, cet �l�ment ne suffirait pourtant pas � signaler la maison � nos regards presque blas�s par tant de chefs-d��uvre d�j� rencontr�s. L�artiste a donc ajout� des balcons, une rambarde d�escalier et une cl�ture, d�un dessin beaucoup plus compliqu�, visuellement tr�s impressionnants. Le travail de sculpture, autour des ouvertures, est beaucoup moins convaincant, m�me s�il reste dans le ton, comme les huisseries de toutes les fen�tres.

On regrettera n�anmoins l�actuel cr�pi de l��difice, d�une affligeante platitude. Comment �tait-il � l�origine ? Sans doute y avait-il un �l�ment color� un peu plus d�monstratif et sympathique. Et on bl�mera le cr�ateur de n�avoir pas �t� plus audacieux dans la conception tr�s conventionnelle de sa porte d�entr�e - pourtant un morceau de bravoure des architectes 1900 ! -, ni dans celle des vitraux de son imposte.
En consultant la base M�moire - toujours utile pour les constructions de cette �poque -, on pourra constater avec plaisir que cette maison est inscrite � l�inventaire des Monuments historiques. On lui attribue, au passage, la date de 1904, sans que cet �l�ment historique soit justifi� d�une fa�on quelconque (ce qui arrive malheureusement assez fr�quemment sur ce site). Prenons donc l�information pour ce qu�elle vaut.


Ne quittons �videmment pas Vichy sans �voquer l��tablissement thermal et le casino, chefs-d��uvre de Charles Lec�ur, qui m�ritent amplement le d�tour, pour ses gr�s de Bigot, ses sculptures du toujours d�licat Pierre Seguin, mais aussi, � l�int�rieur, pour les merveilleuses peintures murales d�Osbert. Cet ensemble imposant, un peu plus tard compl�t� par Charles Letrosne - rel�ve d�un Art Nouveau totalement assimil� par l��clectisme encore triomphant � cette �poque, mais dont les gr�ces s��taient d�elles-m�mes impos�es pour leur caract�re festif, presque indispensable dans une ville thermale de cette �poque, o� les curistes passaient beaucoup plus de temps dans les divers lieux de divertissement de la ville qu�� boire quelques verres d�eau quotidiens.

3 rue Alfred-Dehodencq (16e arrondissement)


C�est pour une demoiselle, Mlle Baconnier, que le tr�s �l�gant Du Bois d'Auberville con�ut ce ravissant h�tel particulier. L��uvre est tardive, puisque la demande de permis de construire ne fut pas publi�e avant le le 27 mars 1911. Elle n�est malheureusement sign�e, ni de l�architecte, ni de Pierre Seguin, le sculpteur qui lui fut longtemps fid�le.
L��difice se signale par un m�lange de simplicit� parfois aust�re et d�exub�rance r�jouissante, dont Seguin se chargea presque enti�rement. Ainsi, � c�t� d��l�ments tr�s sobres, simples ponctuations destin�es � souligner les lignes principales de la composition architecturale, nous trouvons de v�ritables reliefs naturalistes, en particulier sous forme de panneaux, plac�s entre les fen�tres des �tages interm�diaires. Le petit bow-window central, v�ritable axe visuel de la fa�ade, fait l�objet d�une d�coration particuli�rement soign�e, avec son amusante et ing�nieuse jardini�re de pierre.



Mais c�est l�entr�e de la maison qui retient essentiellement l�attention. Les deux portes - clairement singularis�es par leurs largeurs diff�rentes - sont reli�es par un motif floral d�une surprenante mise en page, certainement inspir�e par la fa�on dont on illustrait alors certains journaux, par des bandeaux ornementaux au format �troit clairement japonisant. Le tympan, pour sa part, propose une ravissante jeune femme - �vocation certaine de la commanditaire, � d�faut d�y supposer un portrait v�ritable -, perdue au milieu des champs et saisissant de sa main droite une gerbe de bl�s. Le style de Seguin s�y retrouve enti�rement, dans le d�tail tr�s pr�cis des fleurs comme dans l��l�gance raffin�e de tous les motifs.

1-5 avenue Mozart et 36-38 rue Bois-le-Vent (16e arrondissement)


Le programme n��tait pas facile : construire trois immenses b�timents, � l�entr�e de l�avenue Mozart, et dominant un tr�s large carrefour. C�est ce que d�sirait M. Castan, leur commanditaire, qui en fit publier la demande de permis, le 11 novembre 1909. De fa�on amusante, l�architecte raffin� qu�il avait choisi fut alors appel� �du Bois de Suberville�, et non Du Bois d�Auberville, comme il est bien indiqu� sur les fa�ades.













L�architecte s�est magnifiquement tir� de ce chausse-trappe en cr�ant de puissantes scansions, sur ses larges fa�ades, gr�ce � plusieurs trav�es en encorbellements, d�cor�es de beaux occuli superbement fleuris, aussi abondamment que les larges gaines de ces saillies. Le sculpteur du d�cor floral, compos� d�une infinit� de variations autour de la fleur et de la tige de volubilis, est clairement nomm� sur les murs : Seguin, qui signa aussi quelques-unes des plus belles fa�ades du m�me arrondissement.
Les portes d�entr�e signalent de beaux immeubles bourgeois, avec leurs grandes vitres prot�g�es par de majestueuses ferronneries, et leurs poign�es en bronze dor�, cr�ations remarquables d��quilibre et d�originalit�.

16 bis avenue Elis�e-Reclus (7e arrondissement)


Apr�s les excentricit�s de Lavirotte, l'immeuble d'Alexandre Barret (1863-1921) para�tra d'une sagesse un peu nue, mais � combien salutaire et rafra�chissante. Cet architecte est suffisamment rare � Paris pour m�riter un petit d�tour. Rest� adepte du rationalisme cher � Viollet-le-Duc et Anatole de Baudot - qui pr�nait un retour � l'authenticit� de l'architecture, et dont l'Art Nouveau s'est maintes fois r�clam� -, on le conna�t surtout pour quelques belles r�alisations � Boulogne-Billancourt -o� il fut architecte municipal -, en particulier une charmante petite maison sur l'avenue de la Reine, miraculeuse pr�serv�e, la salle des F�tes et la maison de repos de la rue des Abondances. Barret laisse toujours clairement appara�tre les lignes de force de ses constructions, principalement con�ues comme des volumes clairement reconnaissables en fa�ade, auxquels le d�cor, toujours sobre, est compl�tement soumis. Ici, sur l'avenue Elis�e-Reclus, le porche d'entr�e est parfaitement isol� et la cage d'escalier signal�e par une forte saillie ; sur le Champ-de-Mars, les espaces sont soulign�s par un jeu d'arcs au rythme joliment irr�gulier. En somme, un petit bijou tout simple, o� les �l�ments sculpt�s ou color�s - quelques carreaux et panneaux de Bigot - restent toujours tr�s discrets.
Il n'a pas �t� simple de retrouver la date de construction de ce bel immeuble. Par chance, il a �t� plusieurs fois publi� � son �poque, et notamment dans les "Monographies de b�timents modernes" de Raguenet (n�241). Celles-ci nomment clairement l'architecte, mais ne font qu'�voquer sommairement le propri�taire, sous le nom de "M. de T...". Ces quelques informations suffisent heureusement � retrouver la demande de permis de construire, � la date du 11 avril 1907. Cette fois, l'architecte n'est m�me pas mentionn�, mais le commanditaire est plus pr�cis�ment identifi� : de Tavernier, demeurant alors au 67, rue de Prony. La publication de Raguenet apporte plusieurs autres pr�cisions int�ressantes. En premier lieu, que l'�difice fut con�u comme un vaste h�tel particulier, mais avec la singularit� des deux derniers �tages, qui �taient propos�s � la location. Ensuite, gr�ce � ses beaux dessins, elle propose des vues d'un majestueux grand salon, ouvert sur le jardin, d'un Art Nouveau joliment teint� de style roman, et nous apprend alors que le sculpteur ayant r�alis� sa d�coration �tait Pierre Seguin, un bel artiste qui collabora � plusieurs autres belles maisons de style 1900.Ce salon existe-t-il toujours aujourd'hui ? On aimerait l'esp�rer.

2 bis et 4 avenue des Gobelins (5e arrondissement)


Au mois de mai dernier, j�avais pr�sent� un premier immeuble de l�architecte Louis Pierre Marquet (1859-1932), construit au 53, rue Truffaut, dans le XVIIe arrondissement (1903). J�avais alors promis de faire d�autres excursions dans son �uvre si l�occasion s�en pr�sentait.
Une petite promenade dans le Ve arrondissement m�a fait remarquer deux autres immeubles du m�me artiste, contigus, et construits � la m�me p�riode, le premier pour M. Girbal (demande de permis de construire publi�e le 1er avril 1902), � l�angle de la rue de Valence, et le second pour M. Lesrel (demande publi�e le 26 juin 1903).


Les deux �difices n�ont �videmment pas �t� con�us en m�me temps, mais l�architecte s�est ing�ni� � harmoniser l��difice le plus tardif au style sage et �l�gant du plus ancien. Pour chacun, une gamme de plantes tr�s particuli�re a �t� choisie pour le d�cor sculpt� : glycine et roses, sur l�immeuble d�angle ; foug�res, pommes de pin (et quelques jolis oiseaux), sur l�immeuble voisin.

Comme d�habitude, Marquet se distingue par son style tr�s �l�gant, une construction sobre et fortement impr�gn�e de tradition, avec des �l�ments d�coratifs d�une modernit� sage. Avec l�aide du gracieux sculpteur ornemaniste Pierre Seguin, il r�ussit � faire un Art Nouveau acceptable, plaqu� sur une architecture parfaitement classique.


On y admirera donc essentiellement le d�cor, d�une d�licatesse exquise, en particulier sur les entourages de portes d�entr�e, � motif de glycine pour l�un, anim� par les ravissantes t�tes d�une jeune femme et de ses deux enfants pour l�autre. Apparemment, ce dernier relief porte une signature sp�cifique, limit�e aux initiales �PR� ; il aurait donc �t� demand� � un autre artiste que Seguin. Au moment o� je photographiais la fa�ade, un monsieur m�a chaleureusement incit� � prendre une image de cette charmante sc�ne familiale, en m�assurant qu�elle �tait... de Rodin. En 1902, Auguste Rodin �tait d�j� le ma�tre incontest� qu�il est rest� depuis, et on l�imaginerait mal s�abaisser � fournir ce petit relief pour un simple immeuble parisien. S�il s�est essay� effectivement � un tel exercice, ce fut � Bruxelles, au temps des vaches maigres de sa jeunesse. Au d�but du XXe si�cle, il avait alors de bien plus grandes ambitions. Je n�ai �videmment pas contredit mon sympathique interlocuteur, et photographi� le d�tail. Ce que j�aurais �videmment fait, de toutes fa�ons.

Un article d�Edmond Uhry, �Maison de rapport de L. P. Marquet � Paris�, de novembre 1904, permet de lever toute ambigu�t� � ce sujet, s�il pouvait y en avoir une : les deux immeubles de l�avenue des Gobelins y sont pr�sent�s - avec une amusante image du n�2 bis, r�alis� avant l��dification du n�4 -, ainsi que ceux de la rue Truffaut et de la rue Hermel. Le sculpteur de ce relief y est clairement nomm� �Roussel�, qui n�est autre que Paul Roussel (1867-1928), prix de Rome de sculpture en 1895 et artiste prolifique, dont l�art, constamment gracieux, a souvent sacrifi� aux gr�ces de l�Art Nouveau. On conna�t principalement de lui quelques beaux groupes sculpt�s (dont �L�Etoile du berger�, bel ornement de l�esplanade du Gravier, � Agen), mais aussi des pi�ces d�art d�coratif, comme la gracieuse sir�ne de la fa�ade de l��tablissement thermal de Vichy, magnifiquement traduite en gr�s bleu par Alexandre Bigot. C�est gr�ce � une petite image du fonds photographique documentaire sur l�artiste, donn� au mus�e d�Orsay en 1979, que cette identification a pu �tre confirm�e, puisqu�on y reconna�t parfaitement l�esquisse en pl�tre du dessus de porte du 4, avenue des Gobelins, photographi�e en cours de r�alisation dans l�atelier de l�artiste.

A l��poque de la construction de ces immeubles, le Modern Style �tait attaqu� de toutes parts et les audaces architecturales furent particuli�rement vis�es. Marquet ne se risqua gu�re � des excentricit�s formelles que dans son �difice de la rue Truffaut. Avenue des Gobelins, il resta beaucoup plus sagement dans le cadre de la tradition. Le vestibule de l�immeuble le plus tardif n�est m�me pas d�cor� d�une fa�on particuli�re, l�autre �tant tr�s joliment orn� de stucs � motifs floraux, de panneaux tr�s stylis�s orn�s de branches de lierre, ainsi que de deux vastes paysages aux teintes automnales.
En d�pit de leur tr�s grande sagesse, ces �difices furent remarqu�s en leur temps et la presse sp�cialis�e en loua l��l�gance et la modernit� sans tapage, notamment les fameuses �Monographies� de Raguenet, qui consacra son n�190 au n�2 bis. Sans �tre des �uvres de g�nie, ils n�en annoncent pas moins, pour autant, l��poque d�un Art Nouveau de compromis, moderne par le d�cor mais appliqu� � une structure tr�s conventionnelle. Pour d�fendre ces �difices tr�s s�duisants, mais qui ne se laissent pas imm�diatement apprivoiser, il est n�cessaire de reconna�tre que les enseignes et les cam�ras de surveillance, de la banque qui occupe aujourd�hui l�angle de la rue de Valence, ne sont pas ce qu�il y a de mieux pour valoriser une ravissante composition florale, charg�e d�unir visuellement une porte avec la fen�tre qui la surplombe.