
Jules Lavirotte et la comtesse de Montessuy n'en sont pas rest�s l� dans leurs folies... architecturales ! En effet, le 18 juin 1898, soit seulement quelques mois apr�s leur demande pour la rue S�dillot, nous les retrouvons � nouveau associ�s pour un autre permis de construire. Celui-ci est demand� pour une adresse � premi�re vue �trange, 33-35 avenue Rapp, o� la commanditaire se fit d'ailleurs domicilier pour l'occasion. Cette bizarrerie g�ographique a une explication tr�s simple : c'est en effet � ce niveau de l'avenue Rapp que s'ouvre la tr�s discr�te impasse. Cette tr�s courte voie semble avoir �t� initialement appel�e "villa de Monttessuy", avant d'adopter son nom actuel beaucoup plus discret.
L'audacieuse comtesse continuait ainsi � lotir un vaste terrain triangulaire, en faisant toujours confiance � l'architecte qui, gr�ce � elle, commen�ait � se faire une r�putation. Sur l'une des pointes de la parcelle, nous trouvons ainsi l'h�tel de la rue S�dillot ; sur la seconde, le pr�sent immeuble. Et la troisi�me allait bient�t voir appara�tre l'�tonnant immeuble du 29 avenue Rapp dont nous parlerons bient�t.
Lavirotte a adopt� une fausse discr�tion, en ramassant sa construction au fond de cette impasse coud�e. Difficile de la trouver si on ne vient pas l'y chercher ! Sans doute emp�ch� par la r�glementation parisienne d'occuper le fond du square, il en habilla le grand mur aveugle avec un immense trompe-l'�il en bois, longtemps d�grad� mais r�cemment restaur� (malheureusement de fa�on incompl�te), et il ferma l'acc�s � l'immeuble avec une grille au dessin compliqu�, joliment ouvrag�e.


D'un point de vue d�coratif, l'artiste semble s'�tre consid�rablement lib�r� par rapport � l'h�tel pr�c�dent, osant l'accumulation, et parfois m�me la surcharge : ferronneries et gr�s flamm�s sont employ�s avec beaucoup plus de franchise, la sculpture devient envahissante ; chaque morceau de mur devient l'occasion d'inventer un motif. On notera au passage les �tonnants visages de "sauvages", peut-�tre un souvenir d'une des attractions exotiques qui avaient tant impressionn� le public de l'Exposition universelle de 1889. Un tel luxe ornemental permet d'excuser un volontaire manque d'homog�n�it�, de justifier toute absence de modestie, et d'accepter une assez d�routante "horreur du vide".
Mais qu'on ne se m�prenne pas : Lavirotte fut un architecte beaucoup plus s�rieux qu'il ne voudrait le faire croire : la tour suspendue, coinc�e dans l'angle, cache un syst�me tr�s ing�nieux d'alimentation hydraulique !
En jetant un �il � travers la porte, on pourra apercevoir les tr�sors d'un vestibule incroyablement obscur. Car, bien mieux que rue S�dillot, l'architecte s'est int�ress� � la d�coration int�rieure, dessinant la rampe d'escalier, les vitraux, les portes des appartements. Il faut dire qu'il se servait lui-m�me, puisqu'il vint s'installer dans les hauteurs de son �difice, o� il allait concevoir le reste de son �uvre architecturale.


Terminons ici par un conseil g�n�ral, mais qui ne semble pas inutile � propos de maisons aussi c�l�bres et quotidiennement admir�es. Je sais - pour la ressentir moi-m�me quelques fois - toute la frustration qu'on peut ressentir � l'id�e de devoir admirer ce patrimoine architectural sans pouvoir y entrer ! Mais ces immeubles ne sont pas des mus�es et leurs occupants peuvent �tre l�gitimement irrit�s de voir certains curieux tenter de forcer le passage, parfois d'une fa�on assez peu courtoise. Qu'on se mette cinq minutes � leur place ! Si je pr�sente parfois des int�rieurs, c'est donc toujours avec l'accord d'un locataire ou d'un concierge, et jamais sous un faux pr�texte.
Mais qu'on se rassure : les �difices les plus prometteurs cachent parfois des espaces int�rieurs bien d�cevants. L'architecture Art Nouveau est, assez souvent, un pur art de fa�ade. Heureusement, les plus beaux int�rieurs ont �t� publi�s ou sont visibles sur le net. Et pour le square Rapp, ce n'est pas compliqu� : allez voir sur "fragrance1900.net". Votre curiosit� sera pleinement satisfaite !