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50 avenue Victor Hugo (16e arrondissement)


Le 20 f�vrier 1901, M. Hubert fit publier une demande de permis pour l�immeuble qu�il d�sirait se faire construire avenue Victor-Hugo. Cet �difice devait �tre le plus parfait chef-d��uvre de toute la carri�re de Charles Plumet (1861-1928), ouvrage exemplaire de sa p�riode �classique�. De ses pr�c�dents essais - et notamment l�immeuble de la rue de Tocqueville, de 1897 -, il conserva, comme une signature, la galerie ouverte des �tages sup�rieurs, l�originalit� tr�s �l�gante du travail de ferronnerie et la fa�on toujours assez conventionnelle de placer les �l�ments sculpt�s.












Mais cette nouvelle fa�ade est parfaitement sym�trique, � l�exception de la porte d�entr�e, l�g�rement d�centr�e. Plumet s�y r�f�re compl�tement, et pour la premi�re fois, � l�architecture classique du XVIIIe si�cle, dont il reprend les rythmes sobres et la rigueur presque d�nu�e de fantaisie. Aucune surprise, donc, mais une qualit� sans d�faut. Pour la partie sculpt�e, il fit appel � Lucien Schnegg, un des praticiens d�Auguste Rodin, qui orna les dessous de balcons de t�tes entour�es de v�g�taux, exactement comme on le faisait d�j� � l��poque de Louis XV. Sous les deux grands bow-windows lat�raux, ces visages sont des t�tes d�hommes aust�res, ressemblant �trangement � des personnages du Directoire, dont ils adoptent la coiffure caract�ristique. Mais le morceau de bravoure du sculpteur reste l�entourage de la porte d�entr�e, avec ses deux femmes nues gracieusement allong�es, occup�es � manger des fruits.


A l�int�rieur, la cage d�escalier est un autre morceau de bravoure, imitant celles des grands h�tels particuliers du XVIIIe si�cle, avec marbre et rampe en fer forg� travaill�e avec virtuosit�. Si l�Art Nouveau est malgr� tout pr�sent avec force dans ce magnifique travail de ferronnerie, il ne l�est pas moins dans les vitraux, � la fois simples et pr�cieux, limit�s � des entourages abstraits, dans une gamme color�e tr�s limit�e, autour d�un quadrillage de verre blanc.
Le 16 octobre de la m�me ann�e, Hubert fit une seconde demande de permis pour la m�me parcelle : il venait de demander � Charles Plumet d�ajouter un petit h�tel particulier, au fond de la cour de l�immeuble. Ce d�licat petit �difice accueillit pendant plusieurs ann�es le mus�e Dapper, ce qui permit alors d�en admirer les d�licats volumes int�rieurs. Pendant cette p�riode, la cour �tait d�cor�es de plantes africaines d�un effet joliment exotique. Mais, depuis, le mus�e s�est d�plac� dans une rue adjacente et tout est revenu dans son �tat originel.

Plumet allait, douze ans plus tard, construire un immeuble tr�s similaire, un peu plus loin dans la m�me rue, mais sur le trottoir oppos�. La comparaison avec l�immeuble de 1901 est assez cruelle pour l��uvre de 1913, o� l�esprit semble ne plus souffler avec le m�me naturel, ni la m�me vitalit�. Mais, entre-temps, le mod�le propos� au n�50 aura �t� compris, repris, assimil� et imit�, tant � Paris que dans de nombreuses autres villes fran�aises.

Entr�acte n�3 : ... au cimeti�re de Puteaux


L�information m�avait �t� donn�e par les descendants de son cousin par alliance : la tombe de l�architecte Charles Plumet se trouve au cimeti�re de Puteaux. La description du monument - un sobre cube de b�ton brut - avait suffi pour me permettre de retrouver ce monument sans difficult�, tout en haut du cimeti�re, contre le mur de cl�ture. Charles Plumet, n� en mai 1861 et d�c�d� le 15 avril 1928, y est inhum� aupr�s de ses beaux-parents, F.-G. et Marie Obrecht, de sa femme Marie, et probablement de son beau-fr�re, Carl Obrecht. Au moment de la r�alisation du bel immeuble du 15, boulevard Lannes, en 1905, son beau-p�re �tait domicili� villa Corneille, � Puteaux, d�tail qui suffit � expliquer la raison de son inhumation dans la proche banlieue parisienne.
La famille m�avait donn� une seconde information, tout aussi int�ressante, et qui m�encouragea d�autant plus � me rendre � Puteaux : cette tombe aurait �t� l��uvre de Robert Mallet-Stevens ! Inutile de la rechercher dans les ouvrages consacr�s � ce c�l�bre architecte, ma�tre de l�Art D�co : elle ne figure nulle part, pas plus dans la litt�rature ancienne que dans les livres r�cemment parus, � l�occasion de sa belle r�trospective au Centre Georges-Pompidou.












Tout cela est-il v�rifiable ? Il est difficile d�en juger par la tombe elle-m�me, �tonnamment moderne, d�une rigueur presque angoissante, mais avec des gr�ces antiquisantes � premi�re vue peu compatibles avec l�art incroyablement contemporain de Mallet-Stevens. Elle n'est �videmment pas sign�e, ce qui rendrait l'affaire bien trop simple. Il s�agit, en tout cas, d�une cr�ation tr�s singuli�re. Malheureusment, l�art fun�raire est un genre o� les architectes se sont souvent essay�s � quelques fantaisies de style, parfois tr�s �loign�es de leur langage habituel. Celle-ci date, c�est �vident, de l�entre-deux guerres. Charles Plumet �tant le seul occupant � �tre mort pendant cette p�riode, il ne fait aucun doute que le monument fut r�alis� � son intention.
On se souviendra que le premier �v�nement o� le jeune Mallet-Stevens se fit largement conna�tre du public fut l�Exposition internationale des Arts d�coratifs, en 1925. Il y cr�a l��v�nement avec son pavillon du Tourisme et ses arbres en b�ton. Charles Plumet �tait alors l�architecte en chef de l�exposition, lui-m�me auteur des imposantes tours des M�tiers. Ainsi doit-on peut-�tre voir, dans ce monument aust�re, une sorte d�hommage - discret, car demeur� sans traces ! - et de reconnaissance, du cadet envers l�a�n� qui avait sans doute voulu croire en son talent.
Je soumets cette attribution, fort plausible, � la sagacit� des historiens. Des informations compl�mentaires nous en diront peut-�tre un peu plus d�ici peu. En tout cas, l'�tat de conservation du monument appara�t aujourd�hui inqui�tant. De par la seule personnalit� de l�architecte qui y est enterr�, il m�riterait une restauration urgente.

36 rue de Tocqueville (17e arrondissement)


Je m��tais content�, jusqu�ici, de pr�senter une maison et de donner � son sujet quelques explications d�ordre historique ou artistique, avant de passer � la suivante. Mais ici, devant la belle abondance de ses immeubles de jeunesse, l�occasion para�t id�ale, � propos du premier chef-d��uvre de Charles Plumet, de tenter de comprendre comment cet architecte, au d�part � peine plus talentueux que bien d�autres, est parvenu � �tre un ma�tre de sa g�n�ration, en devenant l�un des premiers promoteurs de l�Art Nouveau dans le domaine de l�habitation.
Oublions rapidement le tout premier projet de l�artiste, un modeste hangar au 67, avenue Malakoff (1891), sauf pour en dire que les propri�taires, les fr�res Bail, allaient lui demander, pour la m�me adresse, un v�ritable immeuble en 1894. Cette incursion pr�coce dans le XVIe arrondissement - o� Plumet allait donner le meilleur de sa p�riode de maturit� - fut la seule exception g�ographique de ses premiers travaux, tous les autres �tant regroup�s dans le XVIIe arrondissement, et plus pr�cis�ment dans un quartier assez restreint, dont la rue de L�vis constitue l�axe principal.

Son aventure commence au 151, rue Legendre, une vaste construction pour M. Vincent (demande de permis de construire publi�e le 27 octobre 1891). A cette occasion, Plumet inaugura son adresse du 8, rue de Berne, qu�il n�allait quitter - pour le 1, place Boieldieu, o� il demeura pendant une grande partie de sa p�riode Art Nouveau - qu�au moment de la conception de l�immeuble de la rue de Tocqueville. D�embl�e, ce premier �difice propose quelques �l�ments r�currents : un go�t pour les trav�es en saillie et les colonnes, mais surtout l�emploi de briques tr�s rouges, ici ponctu�es d��l�ments verniss�s bleus. Cette polychromie lui vint certainement d�une sorte de r�ve italien - de cette Italie qui constituait encore l�id�al de tout jeune architecte, pendant les ann�es 1890 -, et allait perdurer pendant quelques ann�es dans son travail.

A cette �poque, le jeune architecte, pourtant alors peu connu, se fit portraiturer par Albert Br�aut� (1853-1941), artiste mondain aujourd'hui tr�s oubli�. Le peintre lui a donn� une physionomie � la fois autoritaire et ironique. On pourrait presque lui trouver un petit air de M�phistoph�l�s, avec sa longue barbe et son regard per�ant ! Mais l'architecte n'aima pas ce portrait qui, effectivement, ne refl�tait en rien son caract�re plut�t doux.

M. Bocuze fut le commanditaire du deuxi�me projet r�alis� par Plumet dans le XVIIe arrondissement, 4, rue du Bac-d�Asni�res (aujourd�hui, 2 bis, rue L�on-Cosnard), dont la demande de permis date du 8 juin 1892. La rue, �troite et sombre, verra s��lever, presque en face, la fa�ade arri�re de l�immeuble de la rue de Tocqueville, quelques ann�es plus tard. Etrangement, il s�agit d�un des deux seuls �difices - de ceux dont je parle aujourd�hui - a avoir �t� sign� (de l�ann�e 1893), et m�me dat�. Nous y retrouvons la brique rouge, les trav�es saillantes lat�rales, une sym�trie de bon aloi. Mais Plumet y ajouta de grands balcons suspendus, �voquant encore plus directement l�architecture italienne. Les garde-corps en pierre, pour leur part, sont d�une inspiration m�di�vale qui s�amplifiera avec le temps. L�architecture n�o-gothique, � cette �poque-l�, ne relevait pas d�un go�t innocent du pastiche, mais trahissait l�influence directe de Viollet-le-Duc, aux id�es �taient encore loin d��tre totalement admises, dont les ouvrages �taient pratiquement lus en cachette par la jeune g�n�ration. La r�f�rence � l��poque m�di�vale, avant de se banaliser, constituait donc encore un signe de modernit�, l�expression d�une r�action � l��clectisme alors triomphant.

Le 33, rue Truffaut, command� par Gabriel Cl�ment (demande de permis du 29 juillet 1893), est un immeuble beaucoup plus modeste. Plumet y r�sume les acquis des deux pr�c�dentes constructions, animant sa brique rouge de jolies briquettes bleues et suspendant un immense balcon central en pierre, faute d�avoir la place de faire saillir des trav�es lat�rales. Un �l�ment appara�t ici pour la premi�re fois : les d�parts d�arcs nervur�s, qui soutiennent le grand balcon du deuxi�me �tage. L�architecte les utilisera longtemps, comme un trait de style ou une signature.

Le 35 rue de L�vis, � l�angle de la rue de la Terrasse, fut command� par M. Valette, qui en publia la demande le 31 ao�t 1893. Cet immeuble est donc exactement contemporain de celui de la rue Truffaut, sauf que l�architecte y eut un plus vaste terrain, en plus de la possibilit� d�exploiter les possibilit�s plastiques d�un angle. C�est sur celui-ci qu�apparaissent colonnes et loggia, les autres plans de fa�ade accueillant plus largement les panneaux de brique rouge. Le travail de sculpture n�est sans doute pas aussi int�ressant, revenant � une plus stricte influence italienne. Mais le dessin des ferronneries appara�t assez original, d�j� pr�t � porter le nom d�Art Nouveau.

En juillet 1894, l��uvre de jeunesse de Plumet, au sens strict, se termine avec l�immeuble de l�avenue Malakoff (dans sa partie aujourd'hui appel�e Raymond-Poincar�) que nous avons d�j� �voqu�. On y retrouve � peu pr�s tout ce qui caract�rise sa premi�re mani�re : le go�t de la sym�trie, les encorbellements lat�raux, un beau balcon suspendu, les briques sombres et les briquettes bleues, les arcs nervur�s, une d�coration d�inspiration l�g�rement m�di�vale, et une porte discr�te, d�cor�e de petits vitraux. Mais aussi un entablement, fait d�une simple barre de fer industriel, pour la porte du garage, qui ne le montre nullement indiff�rent � quelque d�tail audacieusement moderne. La fa�ade appartient donc encore totalement � une assez longue et productive p�riode de jeunesse ; rien n'y indique clairement la prochaine m�tamorphose du style de Charles Plumet.

Elle �tait pourtant d�j� en gestation, � en juger par son vestibule, anticipation �vidente de celui de la rue de Tocqueville. En effet, et pour la premi�re fois, Emile M�ller y r�alisa de grands panneaux de terre cuite verniss�e, � motifs de grosses fleurs de tournesols. Malheureusement, les proportions encore m�diocres de cet espace �tent une grande partie de l'effet pittoresque de cette cr�ation, la privant du caract�re monumental qui aurait d� l'accompagner.
C�est ainsi que nous en arrivons au 36 rue de Tocqueville, construit pour M. van Loyen. La demande de permis remonte au 24 mars 1897, ce qui nous conduit � constater que Charles Plumet n�avait probablement rien projet� � Paris pendant pr�s de trois ans. La m�tamorphose n�en est que plus consid�rable.











Nous retrouvons, en fa�ade, une des trav�es saillantes qu�il affectionnait tant, couronn�e par un grand balcon couvert, sauf qu�elle est compl�tement d�port�e sur la gauche, cr�ant une franche dissym�trie, bien nouvelle dans l��uvre de Plumet. Pour la premi�re fois s�affirme la loggia ouverte, � belles arcatures, qui restera longtemps un trait de style caract�ristique. Elle est soutenue par ces d�parts d�arcs d�j� rencontr�s rue Truffaut, et concentre le peu de couleur - plut�t ocre - qui anime la blancheur de la pierre de taille. La porte d�entr�e reste comparable � celles des ann�es 1891-1894, fort simple et discr�te, agr�ment�e de petits vitraux de couleurs, mais sa poign�e est une cr�ateur formidablement r�ussie. Toutes les ferronneries, sans �tre tr�s compliqu�es, adoptent d�sormais un dessin indiscutablement Art Nouveau, comme les vitraux d�corant partiellement les grandes baies du bow-window lat�ral.

Si l�immeuble reste encore assez sobre, il appara�t stylistiquement plus caract�ris�. L�influence m�di�vale s�est amplifi�e, en particulier dans les entourages de fen�tres, mais tous les petits d�tails de d�coration rel�vent d�sormais du Modern Style. Ce que confirment les parties communes int�rieures de l��difice.

En effet, � partir du vestibule, il n�y a pas de doute : Charles Plumet est devenu un architecte Art Nouveau, et � une �poque o� le Castel B�ranger de Guimard n�avait pas encore �t� r�v�l� au public. Emile M�ller a cr�� avec lui de vastes panneaux de fa�ence polychrome, d�o� �mergent de beaux iris en assez fort relief. Ils s�harmonisent parfaitement avec le reste de la d�coration, en stuc ou en mosa�que de sol.












Au centre de la cage d�escalier, Plumet a dessin� les belles ferronneries ondulantes de l�ascenseur, d�tail qui signale un immeuble beaucoup plus bourgeois que toutes ses pr�c�dentes constructions. L��clairage de cet espace est en partie obtenu gr�ce � de grands panneaux de briques de verre, certainement du m�me Falconnier qui fournissait Guimard, � la m�me �poque, pour le Castel B�ranger. Ailleurs, boutons de porte et plaques de propret� proposent aussi des motifs indiscutablement Art Nouveau, jolies cr�ations du sculpteur Alexandre Charpentier, avec lequel Plumet venait d�ailleurs de cr�er le groupe de l�Art dans Tout. Nous sommes donc assur�s que le d�sir d�une architecture homog�ne, o� l�art investirait aussi toutes les disciples de la d�coration int�rieure, n��tait pas l�id�e isol�e du seul Hector Guimard, mais qu�il appartenait � bien d�autres novateurs de sa g�n�ration.
L�immeuble de la rue de Tocqueville est une �uvre d�autant plus importante qu�elle doit �tre consid�r�e avec l��difice adjacent, construit par L�on Benouville � la m�me �poque. Assez bien comment�s par la presse contemporaine, ils eurent une v�ritable influence sur d�autres jeunes architectes, qui y virent les mod�les d�un art moderne, simple et de bon go�t, et qui ne n�cessitait aucun investissement somptuaire.
Au d�but de l'ann�e 1898, Plumet dessina un dernier immeuble pour son premier quartier d'�lection, dont G. Cl�ment �tait le commanditaire. Malheureusement, le 80 rue de L�vis ne vit jamais le jour et le XVIIe arrondissement resta � jamais le terrain d'un seul de ses chefs-d'�uvre de sa p�riode Art Nouveau.

13-15 et 21 boulevard Lannes (16e arrondissement)


Les deux immeubles �difi�s par Charles Plumet, en 1906, sur le boulevard Lannes, sont pratiquement jumeaux. Pourtant, ils ne sont pas mitoyens et n�ont �t� con�us, ni � la m�me �poque, ni m�me pour un propri�taire unique.
C�est � la date du 19 octobre 1904 qu�on trouve mention du premier d�entre eux. Alors situ� au n�17 bis, il allait finalement recevoir le n�21. Charles Plumet en �tait lui-m�me le propri�taire. Pour l�immeuble du n�13-15, d�clar� le 30 mars 1905 plus simplement comme n�15, le commanditaire n��tait autre que M. Obrecht, beau-p�re de l�architecte. La date de 1906 pourrait laisser transpara�tre une gen�se assez longue, une r�alisation soign�e ou m�me, de fa�on plus �vidente, le d�sir d�harmoniser ce double projet en retardant volontairement le d�but du premier chantier.

L�agencement g�n�ral des deux �difices est rigoureusement identique, m�me si les trav�es lat�rales du n�13-15 comportent une fen�tre de plus qu�au n�21. Mais les ferronneries et le d�cor sculpt� sont strictement les m�mes. Les premi�res ont cette sobri�t� qui fit tout le charme et le succ�s de Plumet ; le second, � la fois tr�s diversifi�, fantaisiste et r�p�titif, n�est malheureusement pas sign�, ce que sa qualit� nous fera regretter.
Pour ces deux ouvrages importants de sa grande p�riode classique, Plumet renon�a � son habituelle loggia, au profit de grande fen�tres cintr�es, assurant par le cinqui�me �tage tout le rythme des fa�ades. Sobri�t�, sagesse... nous ne sommes pas tr�s loin d�une certaine aust�rit�. Mais, sur ce boulevard assez bourgeois, et � une �poque aussi tardive, on en soulignera d�autant plus la qualit� �vidente.
Je laisse mes lecteurs le soin de savourer, sur place, les multiples variations r�alis�es autour de l��pi de ma�s, plante non exclusive mais qui se signale pour son originalit�, notamment sous forme de frises sous les balcons. C�est d�ailleurs ce m�me motif qui tr�ne au-dessus des portes d�entr�e, malheureusement d�une sagesse trop contrainte pour �tre totalement remarquables.

Heureusement, quelques d�licieuses grisettes (et une petite fille) invitent � lever les yeux vers les fen�tres des �tages sup�rieurs, o� - �en cheveux� ou chapeaut�es de fa�on tr�s pittoresque - elles paraissent tr�s indiff�rentes au bruit d�une rue o� la circulation est aujourd�hui tr�s dense. Leurs visages se r�p�tent d�un immeuble � l�autre, signe que cette sculpture ornementale fut pratiquement r�alis�e en s�rie. Les visages sont tr�s caract�ris�s ; il pourrait donc s�agir de v�ritables portraits. Les immeubles ayant une origine commune dans le cercle �troit de la famille de l�architecte, il se pourrait que ces femmes et cette fillette soient la repr�sentation de membres de la famille Obrecht.

On ne saurait vraiment appr�cier ces immeubles en regardant leurs seules fa�ades principales, sur le boulevard Lannes. Malgr� la qualit� du travail, toujours parfait chez Plumet, elles n�offrent pas la m�me originalit� que leurs �versos�, parfaitement visibles sur le boulevard Flandrin. L�, les murs sont en briques, la pierre �tant r�serv�e � quelques entourages de fen�tres et � des garde-corps. L�architecte s�y adonne � un effet tr�s original de composition, qui n�est pas sans �voquer certains immeubles un peu aust�res des Pays-Bas, � la ligne n�anmoins toujours d�licate. Ici, point de d�cor, en dehors des fantaisies d�agencement de frontons tr�s chantourn�s ou des amusantes toitures � double pente des fen�tres du premier �tage de combles. Entre les deux immeubles, dont l�un est l�g�rement plus large que l�autre, il y a d�assez visibles diff�rences, le n�13-15 �tant trait� avec un peu plus de richesse que son (presque) voisin.

21 rue Octave-Feuillet (16e arrondissement)


Le peintre Borchardt n�a pas laiss� un bien grand nom dans le monde de l�art. Les seules �uvres que je connaisse de lui le signale comme un adepte bien tardif du n�o-impressionnisme. Mais sans doute connut-il un certain succ�s � son �poque, pour avoir eu les moyens de commander un petit, mais tr�s �l�gant h�tel particulier, � l�architecte Charles Plumet, � une date o� celui-ci �tait devenu tr�s connu dans le milieu de la construction. C�est avec le nom un peu d�form� de �Borcharot� qu�il appara�t dans les demandes de permis de construire, � la date du 28 septembre 1907.











Con�u quelques mois avant le magnifique immeuble construit par Du Bois d�Auberville au n�19 - et achev� quelques deux ann�es plus t�t -, l�h�tel Borchardt se pr�sente avec toute la nudit� dont l�Art Nouveau fut quelquefois capable. Plumet se contenta, du projet jusqu�� la r�alisation finale, d�un subtil jeu d�ouvertures, � la sym�trie perp�tuellement perturb�e, notamment par la pr�sence d�une trav�e lat�rale, r�serv�e � la cage d�escalier. Un sobre mouvement de vague, gonflant l�g�rement une partie de la fa�ade, suffit � d�finir le style de la maison et � lui donner l�audace formelle que de plus amples ornements auraient certainement contrari�e.
L�architecte se pla�t ici � un jeu d�licat entre les murs de brique claire et les encadrements de pierre de taille, parfois limit�s � quelques points de soutien, et � une d�licate ponctuation, au rez-de-chauss�e, produite par des ferronneries d�une �l�gante sobri�t�.

D�sireux d�une totale simplicit�, il se refusa m�me � tout ornement sculpt� pour la porte d�entr�e, en dehors d�une gorge profonde qui souligne le dessin de son entourage, et d�une discr�te et pr�cieuse poign�e, � motif certainement floral, mais o� il n�est pas interdit de deviner la trompe d�un �l�phant par� de ses ornements de parade.

Un autre projet de petit h�tel dans le m�me quartier, au 3 rue Marbeau, fut demand� par M. P�neau, qui en publia la demande de permis le 28 octobre 1907. Les deux �difices �taient donc parfaitement contemporains. Mais l�h�tel de la rue Marbeau semble ne pas avoir �t� r�alis�, m�me si des dessins furent publi�s dans la presse de l��poque. Presque aussi sobre que celui de la rue Octave-Feuillet, il n�en avait n�anmoins pas l�audace. Nous nous f�liciterons donc que, entre les deux, le destin ait choisi que seul celui-ci ait �t� construit.

39 avenue Victor-Hugo (16e arrondissement)


Quelques ann�es apr�s son magnifique immeuble du 50, avenue Victor-Hugo, Charles Plumet revint construire un �difice aux comparables proportions dans la m�me rue. De toute �vidence, l��uvre de 1901 servit de mod�le � celle de 1913, o� nous retrouvons la loggia aux belles arcatures, les larges bow-windows lat�raux, la sym�trie apaisante et les ferronneries toujours remarquablement dessin�es, � la stylisation florale merveilleuse.
N�anmoins, il n�est pas tr�s difficile de constater, malgr� le r�emploi d�une formule qui fut lou�e et m�me imit�e par la suite, que l��difice du n�50 d��oit un peu. On pourrait m�me le dire presque ennuyeux.
1913 est en effet une date bien tardive. A la veille de la Premi�re Guerre mondiale, rares �taient les architectes du Modern Style restant stables sur leurs certitudes. Guimard lui-m�me, pourtant assez sourd aux annonces d�un style nouveau, connut un certain essoufflement dans sa cr�ativit�, sit�t construits ses derniers h�tels particuliers, avenue Mozart et rue La Fontaine. Sans doute Henri Sauvage, depuis d�j� longtemps � la recherche d�un autre langage, fut-il l�un des rares pionniers du mouvement � pouvoir encore inventer des formules nouvelles � cette �poque-l�.

M. Chardonnier fut le commanditaire de l��difice de Plumet, et il en fit publier la demande de permis le 7 ao�t 1912. Sur cette parcelle, un petit �difice avait �t� �lev� en 1892 par l�architecte Rousseau, rapidement sur�lev� d�un �tage par Flajollot avant la fin de l�ann�e. Le terrain �tait donc presque nu au moment de l��dification de cet imposant immeuble.

Mais d�o� lui vient cette sagesse un peu trop conventionnelle qui ne g�nait pas le regard sur l�immeuble Hubert de 1901 ? Sans doute doit-on cet �trange sentiment � l�absence de toute ornementation figurative, les �l�ments sculpt�s demeurant v�g�taux, en particulier sur la porte d�entr�e, o� se d�ploient feuilles de ch�ne et glands. Ailleurs, des motifs tr�s stylis�s, d�inspiration �gyptienne, ornent colonnes, entablements et cl�s de vo�te. Tout cela est d�un grand raffinement, mais se trouve priv� de toute originalit� : le ch�ne est une plante tr�s conventionnelle dans la d�coration des fa�ades, et ne permet pas autant de d�bordements pittoresques que le tournesol, la glycine ou m�me la rose.

Le large vestibule, parfaitement visible au travers de la porte d�entr�e, signale une solide construction, noble, sobre, avec de belles proportions, en conformit� parfaite avec la destination tr�s bourgeoise de l��difice. Mais Plumet y renonce � tout ornement, y compris aux vitraux qui faisaient le charme de ses chantiers ant�rieurs.

A la m�me �poque, M. Reifenberg commanda un immeuble de bureaux au m�me architecte, sur une tr�s large parcelle situ�e au 31-33, rue du Louvre et rue d�Aboukir, dans le IIe arrondissement. Sa demande de permis fut publi�e le 7 novembre 1912.
Cet immeuble m�rite d��tre compar� au b�timent de rapport de l�avenue Victor-Hugo, dont il partage le d�cor � feuilles de ch�ne et les ferronneries tr�s stylis�es. Ses entourages de fen�tres reprennent m�me les motifs abstraits d�inspiration �gyptienne qui apparaissent d�j� dans le XVIe arrondissement.
Une fois encore, Charles Plumet fait la d�monstration de cet Art Nouveau tr�s sobre, � la sym�trie tr�s classique, qui le caract�risait depuis l�abandon de pr�coces et rapides exp�riences dans une veine n�o-m�di�vale. Mais il �vita ici les belles arcades qu�il employa longtemps comme une signature, au profit de trois hautes fen�tres, reli�es entre elles par de jolis arcs en pierre de taille, surmontant des tuyaux de goutti�re mis en relief comme s�il s�agissait de fines colonnettes. La partie centrale de l��difice, affichant fi�rement sa destination par des ouvertures rectilignes, est agr�ment�e de briquettes claires imitant la couleur de la pierre.

En d�finitive, il serait presque permis de pr�f�rer l�immeuble de la rue du Louvre � celui de l�avenue Victor-Hugo, pour la plus grande ad�quation d�un style aust�re � la fonction m�me de l��difice. Les deux �uvres n�en annoncent pas moins les quelques �uvres d�apr�s-guerre de l�architecte, o� la ligne droite triomphante tourne d�finitivement le dos � l�Art Nouveau d�funt.