39 avenue Victor-Hugo (16e arrondissement)


Quelques ann�es apr�s son magnifique immeuble du 50, avenue Victor-Hugo, Charles Plumet revint construire un �difice aux comparables proportions dans la m�me rue. De toute �vidence, l��uvre de 1901 servit de mod�le � celle de 1913, o� nous retrouvons la loggia aux belles arcatures, les larges bow-windows lat�raux, la sym�trie apaisante et les ferronneries toujours remarquablement dessin�es, � la stylisation florale merveilleuse.
N�anmoins, il n�est pas tr�s difficile de constater, malgr� le r�emploi d�une formule qui fut lou�e et m�me imit�e par la suite, que l��difice du n�50 d��oit un peu. On pourrait m�me le dire presque ennuyeux.
1913 est en effet une date bien tardive. A la veille de la Premi�re Guerre mondiale, rares �taient les architectes du Modern Style restant stables sur leurs certitudes. Guimard lui-m�me, pourtant assez sourd aux annonces d�un style nouveau, connut un certain essoufflement dans sa cr�ativit�, sit�t construits ses derniers h�tels particuliers, avenue Mozart et rue La Fontaine. Sans doute Henri Sauvage, depuis d�j� longtemps � la recherche d�un autre langage, fut-il l�un des rares pionniers du mouvement � pouvoir encore inventer des formules nouvelles � cette �poque-l�.

M. Chardonnier fut le commanditaire de l��difice de Plumet, et il en fit publier la demande de permis le 7 ao�t 1912. Sur cette parcelle, un petit �difice avait �t� �lev� en 1892 par l�architecte Rousseau, rapidement sur�lev� d�un �tage par Flajollot avant la fin de l�ann�e. Le terrain �tait donc presque nu au moment de l��dification de cet imposant immeuble.

Mais d�o� lui vient cette sagesse un peu trop conventionnelle qui ne g�nait pas le regard sur l�immeuble Hubert de 1901 ? Sans doute doit-on cet �trange sentiment � l�absence de toute ornementation figurative, les �l�ments sculpt�s demeurant v�g�taux, en particulier sur la porte d�entr�e, o� se d�ploient feuilles de ch�ne et glands. Ailleurs, des motifs tr�s stylis�s, d�inspiration �gyptienne, ornent colonnes, entablements et cl�s de vo�te. Tout cela est d�un grand raffinement, mais se trouve priv� de toute originalit� : le ch�ne est une plante tr�s conventionnelle dans la d�coration des fa�ades, et ne permet pas autant de d�bordements pittoresques que le tournesol, la glycine ou m�me la rose.

Le large vestibule, parfaitement visible au travers de la porte d�entr�e, signale une solide construction, noble, sobre, avec de belles proportions, en conformit� parfaite avec la destination tr�s bourgeoise de l��difice. Mais Plumet y renonce � tout ornement, y compris aux vitraux qui faisaient le charme de ses chantiers ant�rieurs.

A la m�me �poque, M. Reifenberg commanda un immeuble de bureaux au m�me architecte, sur une tr�s large parcelle situ�e au 31-33, rue du Louvre et rue d�Aboukir, dans le IIe arrondissement. Sa demande de permis fut publi�e le 7 novembre 1912.
Cet immeuble m�rite d��tre compar� au b�timent de rapport de l�avenue Victor-Hugo, dont il partage le d�cor � feuilles de ch�ne et les ferronneries tr�s stylis�es. Ses entourages de fen�tres reprennent m�me les motifs abstraits d�inspiration �gyptienne qui apparaissent d�j� dans le XVIe arrondissement.
Une fois encore, Charles Plumet fait la d�monstration de cet Art Nouveau tr�s sobre, � la sym�trie tr�s classique, qui le caract�risait depuis l�abandon de pr�coces et rapides exp�riences dans une veine n�o-m�di�vale. Mais il �vita ici les belles arcades qu�il employa longtemps comme une signature, au profit de trois hautes fen�tres, reli�es entre elles par de jolis arcs en pierre de taille, surmontant des tuyaux de goutti�re mis en relief comme s�il s�agissait de fines colonnettes. La partie centrale de l��difice, affichant fi�rement sa destination par des ouvertures rectilignes, est agr�ment�e de briquettes claires imitant la couleur de la pierre.

En d�finitive, il serait presque permis de pr�f�rer l�immeuble de la rue du Louvre � celui de l�avenue Victor-Hugo, pour la plus grande ad�quation d�un style aust�re � la fonction m�me de l��difice. Les deux �uvres n�en annoncent pas moins les quelques �uvres d�apr�s-guerre de l�architecte, o� la ligne droite triomphante tourne d�finitivement le dos � l�Art Nouveau d�funt.