
Th�ophile Bourgeois (1858-1930), architecte domicili� � Poissy, m�riterait d��tre plus largement connu. Son nom appara�t tr�s souvent dans la presse de son �poque, en particulier � l�occasion de ses innombrables participations � des concours pour des �difices publics. Dans ce domaine, il se montra sur tous les fronts, refusant de limiter son activit� � une r�gion pr�cise : asile d�partemental de l�H�rault, abattoirs � Argenteuil et � Saint-Val�ry-sur-Somme, halles d�Avignon et d�Albi, th��tre d�Agen, palais de justice de Sofia, mairie du Raincy, voici quelques-uns des programmes pour lesquels il envoya des projets. Mais quelques-unes de ses constructions particuli�res furent aussi r�guli�rement mentionn�es dans la presse de l��poque, signe d�une production apparemment tr�s abondante. A une date malheureusement inconnue, mais tardive - puisqu�il s�y qualifie �d�ex-architecte de la ville de Poissy� -, Bourgeois publia un joli recueil, intitul� �La villa moderne�, consacr� � cent maisons, et en cent planches. Avec une fausse modestie, l�artiste n�y avoua jamais �tre l�auteur de tous ces projets, mais sa premi�re planche, consacr�e � l�h�tel Bourgeois, � Poissy, le d�signe suffisamment comme unique concepteur des �difices reproduits. Ceci nous permet de le savoir extraordinairement prolifique dans le domaine de la petite maison suburbaine, les �difices y �tant principalement localis�s dans la r�gion parisienne et la c�te normande. Bourgeois y pratique d�infinies variations des m�mes modules, allant m�me jusqu�� reconna�tre avoir utilis� plusieurs fois le m�me plan, dans des villes diff�rentes.

La villa �Bon abri� de Mers-les-Bains fait �videmment partie des chantiers un peu plus exceptionnels qui lui assur�rent alors une certaine notori�t�. Cette surprenante petite ville baln�aire implant�e sur la Manche ne manque pourtant pas d��difices singuliers. Le contexte social s�y pr�tait sans doute naturellement, puisque ses plaisanciers n�appartenaient pas � la tr�s grande bourgeoise qu�on pouvait croiser � Nice, � Biarritz, � Cabourg ou � Deauville, mais �taient des gens beaucoup plus modestes, appartenant � ce milieu social o� l�Art Nouveau avait trouv�, d�s l�origine, son terrain d��lection. Les maisons en t�moignent, par leurs proportions modestes, les plus grandes d�entre elles �tant con�ues comme des immeubles d�appartements d��t�.

D�une fa�on g�n�rale, les constructions �taient �difi�es par paires, � la fa�on des �semi-detached houses� anglaises, et leurs noms t�moignent encore de leur destin commun : �La Lune� est �videmment � c�t� du �Soleil�, �Les Roches� r�pondent aux �Chardons�, la �Villa Arlette� est le pendant de la �Villa Fleurette�. Plus rarement, ces maisonnettes pouvaient aller par groupes de trois, comme �Le Tourbillon�, �Le Cr�puscule� et �Clair de Lune� (quoique, dans ce cas pr�cis, ces noms paraissent caract�riser des groupes de trav�es, plut�t que des �difices clairement singularis�s).

Edouard Niermans, dont j�ai d�j� parl� � propos de la brasserie Mollard, ne refusa pas d�y �difier deux couples de maisons, reconnaissables � leurs tr�s remarquables d�corations en bois : les �Villa H�l�ne� et �Villa Jan�, d�un c�t�, d�un style presque normand, et les �Villa Fran�aise� et �Villa Parisienne�, de l�autre, d�inspiration beaucoup plus flamande, caract�ris�es par la pr�sence de bow-windows au dessin compliqu�.

�Bon Abri�, qui est appel� �h�tel particulier� dans les monographies de Raguenet, o� il fut publi� dans le n�199, �tait destin� � une famille unique, mais avec le singularit� d�un troisi�me �tage r�serv� � la location ; la seconde entr�e �tait donc r�serv�e au locataire qui, par un escalier particulier, pouvait directement acc�der � son logement. La maison fut �lev�e dans la rue Boucher-de-Perthes qui, avec la rue Faidherbe et l�avenue du Mar�chal-Foch, constitue une des voies o� on peut admirer les plus belles constructions relevant ouvertement de l�Art Nouveau. Mais, � Mers-les-Bains, les cat�gories sont souvent difficiles � d�finir, le d�sir de pittoresque ayant conduit � de subtils m�langes ! L��uvre de Bourgeois est n�anmoins d�une incontestable homog�n�it� de style, tant dans la complication et l�abondance de ses balcons en bois blanc que dans la belle ferronnerie de son vestibule d�entr�e. Il s�agit certainement de la plus �tonnante maison de la rue, o� les constructions originales ne sont pourtant pas rares, et son homog�n�it� de style en fait l�un des fleurons de l�Art Nouveau baln�aire, dans une d�clinaison � la fois modeste, par les moyens mis en �uvre, et joliment pr�tentieuse, par une amusante accumulation de d�tails aux proportions tr�s exag�r�es.

Les constructions de Mers-les-Bains sont rarement sign�es. Si nous savons que Bourgeois ou Niermans y ont dirig� des chantiers, c�est gr�ce aux publications de l��poque, revues d�architecture ou autres beaux recueils de planches dont on �tait alors friand. La plupart du temps, ce sont essentiellement des noms d�entrepreneurs qui nous sont parvenus, la plupart de ces petites maisons, pittoresques mais modestes, �tant d�une conception suffisamment simple pour ne pas avoir n�cessit� l�intervention d�un v�ritable architecte.