
Les deux immeubles �difi�s par Charles Plumet, en 1906, sur le boulevard Lannes, sont pratiquement jumeaux. Pourtant, ils ne sont pas mitoyens et n�ont �t� con�us, ni � la m�me �poque, ni m�me pour un propri�taire unique.
C�est � la date du 19 octobre 1904 qu�on trouve mention du premier d�entre eux. Alors situ� au n�17 bis, il allait finalement recevoir le n�21. Charles Plumet en �tait lui-m�me le propri�taire. Pour l�immeuble du n�13-15, d�clar� le 30 mars 1905 plus simplement comme n�15, le commanditaire n��tait autre que M. Obrecht, beau-p�re de l�architecte. La date de 1906 pourrait laisser transpara�tre une gen�se assez longue, une r�alisation soign�e ou m�me, de fa�on plus �vidente, le d�sir d�harmoniser ce double projet en retardant volontairement le d�but du premier chantier.

L�agencement g�n�ral des deux �difices est rigoureusement identique, m�me si les trav�es lat�rales du n�13-15 comportent une fen�tre de plus qu�au n�21. Mais les ferronneries et le d�cor sculpt� sont strictement les m�mes. Les premi�res ont cette sobri�t� qui fit tout le charme et le succ�s de Plumet ; le second, � la fois tr�s diversifi�, fantaisiste et r�p�titif, n�est malheureusement pas sign�, ce que sa qualit� nous fera regretter.
Pour ces deux ouvrages importants de sa grande p�riode classique, Plumet renon�a � son habituelle loggia, au profit de grande fen�tres cintr�es, assurant par le cinqui�me �tage tout le rythme des fa�ades. Sobri�t�, sagesse... nous ne sommes pas tr�s loin d�une certaine aust�rit�. Mais, sur ce boulevard assez bourgeois, et � une �poque aussi tardive, on en soulignera d�autant plus la qualit� �vidente.
Je laisse mes lecteurs le soin de savourer, sur place, les multiples variations r�alis�es autour de l��pi de ma�s, plante non exclusive mais qui se signale pour son originalit�, notamment sous forme de frises sous les balcons. C�est d�ailleurs ce m�me motif qui tr�ne au-dessus des portes d�entr�e, malheureusement d�une sagesse trop contrainte pour �tre totalement remarquables.

Heureusement, quelques d�licieuses grisettes (et une petite fille) invitent � lever les yeux vers les fen�tres des �tages sup�rieurs, o� - �en cheveux� ou chapeaut�es de fa�on tr�s pittoresque - elles paraissent tr�s indiff�rentes au bruit d�une rue o� la circulation est aujourd�hui tr�s dense. Leurs visages se r�p�tent d�un immeuble � l�autre, signe que cette sculpture ornementale fut pratiquement r�alis�e en s�rie. Les visages sont tr�s caract�ris�s ; il pourrait donc s�agir de v�ritables portraits. Les immeubles ayant une origine commune dans le cercle �troit de la famille de l�architecte, il se pourrait que ces femmes et cette fillette soient la repr�sentation de membres de la famille Obrecht.

On ne saurait vraiment appr�cier ces immeubles en regardant leurs seules fa�ades principales, sur le boulevard Lannes. Malgr� la qualit� du travail, toujours parfait chez Plumet, elles n�offrent pas la m�me originalit� que leurs �versos�, parfaitement visibles sur le boulevard Flandrin. L�, les murs sont en briques, la pierre �tant r�serv�e � quelques entourages de fen�tres et � des garde-corps. L�architecte s�y adonne � un effet tr�s original de composition, qui n�est pas sans �voquer certains immeubles un peu aust�res des Pays-Bas, � la ligne n�anmoins toujours d�licate. Ici, point de d�cor, en dehors des fantaisies d�agencement de frontons tr�s chantourn�s ou des amusantes toitures � double pente des fen�tres du premier �tage de combles. Entre les deux immeubles, dont l�un est l�g�rement plus large que l�autre, il y a d�assez visibles diff�rences, le n�13-15 �tant trait� avec un peu plus de richesse que son (presque) voisin.