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Ev�nement : L�Exposition �Album d�un collectionneur� au mus�e Horta (Bruxelles)


L�Art Nouveau parisien est actuellement � l�honneur, jusqu�au 13 janvier 2016, dans les magnifiques salons du mus�e Horta, 25 rue Am�ricaine, � Bruxelles, sous la forme d�une petite, mais tr�s sympathique et int�ressante exposition consacr�e � Hector Guimard.
Pourquoi Guimard ? Et pourquoi � Bruxelles ? Il n�est pas inutile de rappeler ici que le jeune architecte fran�ais, laur�at d�une bourse de voyage en 1894, profita de l�argent de ce prix pour visiter la Grande-Bretagne, la Belgique et les Pays-Bas. Dans la capitale belge, il rencontra probablement Paul Ankar, qui commen�ait alors � se faire un nom flatteur, qui lui pr�senta certainement Victor Horta, alors bien moins connu, mais d�j� auteur de quelques h�tels singuliers. Horta achevait alors l�h�tel Tassel, dont l�influence fut immense sur la cr�ativit� de Guimard, au point que celui-ci affirma fr�quemment l�effet b�n�fique de cette rencontre ; il pr�senta m�me quelques photographies des ouvrages de Horta lors d�une de ses participations au Salon de la Soci�t� nationale des Beaux-Arts.


L�occasion est ainsi donn�e de voir la majorit� des cartes postales d��poque repr�sentant les principaux ouvrages du repr�sentant principal de l�Art Nouveau parisien. En effet, � une �poque o� ce support commen�ait � se d�velopper d�une fa�on extraordinaire - avant la Premi�re Guerre mondiale, toute la France fut ainsi photographi�e, n�oubliant aucun village, aucun monument remarquable, ni aucun site pittoresque -, l�architecte du Castel B�ranger s�en servit, d�une fa�on tr�s originale, pour assurer la promotion de son travail : � l�occasion de la premi�re Exposition de l�Habitation, en 1903, il prit l�initiative de publier une importante s�rie de cartes, pr�sentant un large panorama de ses �uvres, h�tels particuliers, immeuble, usine, villas, sans compter les �ph�m�res pavillons d�exposition et les �dicules du m�tropolitain. Une de ces cartes le repr�sente m�me au travail, dans son bureau de la rue La Fontaine. Cette s�rie tr�s �tonnante, agr�ment�e d�un titre bien provocateur - �Le Style Guimard� -, �tait offerte dans un joli petit cartonnage. L�artiste la proposait en trois qualit�s : en noir et blanc, la m�me avec un lettrage rouge, et en couleurs.


Tr�s attentif � garder un droit de regard strict sur toutes les reproductions de ses travaux, Guimard avait interdit toute reproduction du Castel B�ranger, en dehors du luxueux album publi� en 1898 et, au moins jusqu�� la parution de ses propres cartes, veilla � ne pas voir ses �difices figurer sur des supports qui n�auraient pas re�u son autorisation. N�anmoins, il ne put emp�cher aux �diteurs de faire des prises de vue dans les rues, ce qui nous vaut des images pr�cieuses de maisons aujourd�hui d�truites ou d�figur�es, comme la Sapini�re � Hermanville, le Castel Henriette � S�vres ou le Modern Castel � Garches. Heureusement ! Car certains d�entre elles, comme la Surprise, � Cabourg, nous seraient aujourd�hui totalement inconnues. Nous pr�sentons ici deux vues de cette �tonnante villa baln�aire, t�moins de ses deux campagnes de construction.
Guimard r�it�ra par deux fois cette exp�rience. La premi�re, autour du Castel d�Orgeval, � Morsang-sur-Orge, devait contribuer � faire la promotion du lotissement du vaste Parc Beaus�jour. La seconde, � la fin de sa p�riode Art Nouveau, pr�sentait les fa�ades et les plans des immeubles de la rue Agar, �videmment afin de faciliter la vente des appartements.
Divers autres documents promotionnels sont pr�sent�s au mus�e Horta et en particulier l�exemplaire de l�album du Castel B�ranger d�dicac� par l�auteur � son confr�re bruxellois

L�exposition permet �videmment, par la m�me occasion, de visiter la maison personnelle de Victor Horta (1898-1900), chef-d��uvre de sa p�riode �classique�, dont une partie �tait r�serv�e � son agence d�architecture. Organis�e autour d�une �troite mais tr�s gracieuse cage d�escalier centrale - dont la verri�re et les miroirs en forme d�ailes de papillon ont fait l�objet d�une question, dans mon r�cent petit jeu -, elle fut heureusement acquise par la commune de Saint-Gilles, d�s 1961, et le mus�e ouvrit ses portes d�s 1969. Dieu sait quel destin funeste ne l�aurait pas attendue sans cet acte audacieux, � une �poque o� l�Art Nouveau �tait encore consid�r� comme d�mod�, vulgaire et d�nu� de tout int�r�t ! L��difice n�avait alors malheureusement plus son mobilier d�origine, en dehors des �l�ments fixes de boiseries - en particulier dans l��tonnante salle � manger enti�rement carrel�e -, ses vitraux, ses mosa�ques et ses �l�ments de quincaillerie, mais une judicieuse et constante politique d�acquisitions a permis de remeubler peu � peu la maison, avec des cr�ations tr�s diverses de l�architecte - tapis, luminaires, si�ges -, t�moins pr�cieux de son �tonnante et prolifique cr�ativit�.











La commune vient judicieusement d�acqu�rir un immeuble adjacent, qui devrait permettre au mus�e de se d�velopper, notamment en organisant des expositions temporaires dans des espaces sp�cialement am�nag�s � cet effet.
Profitons de l�occasion pour signaler que la s�rie �Le Style Guimard�, judicieusement num�rot�e par son auteur, s�arr�te �trangement au num�ro 23. Et pourquoi pas une vingt-quatri�me (soit deux douzaines), nombre plus harmonieux et logique ? Il resterait donc peut-�tre une derni�re image � d�couvrir, que les nombreuses recherches effectu�es depuis trente ans n�ont pas encore r�ussi � retrouver. S�agissait-il d�un autre portrait de Guimard ? D�un �difice inconnu ? Quelqu�un serait-il en mesure d�apporter la moindre information sur ce document myst�rieux ? Il ne faut pas d�sesp�rer de le retrouver un jour ou l�autre.

Document n�2 : Une amusante joute verbale en 1898

A la suite d�un tr�s spectaculaire incendie, le th��tre de l�Op�ra-Comique avait fait l�objet d�un important concours public, et toute la presse parisienne se fit l��cho des multiples p�rip�ties de cette reconstruction. Au moment de l�ouverture du nouveau b�timent, �Le Figaro� publia un court article d�un de ses chroniqueurs attitr�s, du nom de �Isis�. Ce texte un peu pol�mique suscita la fureur de Paul Planat, qui y r�pondit longuement dans son journal, �La Construction moderne�, la plus importante revue fran�aise d�architecture de l��poque.
Le texte d�Isis �tait �videmment document� d�une fa�on tr�s insuffisante. Mais le journaliste voulut y faire �talage de sa petite connaissance, bien courte et certainement indirecte, de quelques nouveaut�s architecturales entreprises � l��tranger. Planat n�eut aucun v�ritable m�rite � lui clouer le bec, mais il le fit avec un humour magnifiquement rafra�chissant. N�anmoins, une faute � propos du nom de Horta - et qui n��tait sans doute pas une simple erreur typographique - semble indiquer que les jeunes artistes les plus novateurs de l��poque n��taient sans doute pas aussi connus qu�on pourrait le supposer d�un journaliste sp�cialis� comme Planat.
J�ai illustr� ces deux textes avec des photographies de la fameuse Maison du Peuple de Victor Horta qui, malgr� les qualificatifs qui lui furent accol�s d�s 1898, n�en fut pas moins d�molie, une soixantaine d�ann�es plus tard, non sans avoir pr�alablement suscit� un courageux mais inutile �moi. La premi�re repr�sente sa fa�ade, la seconde sa fameuse salle de spectacles qui, heureusement d�mont�e, fut partiellement reconstruite � Anvers il y a quelques ann�es, o� elle porte le joli nom de �Caf� Horta�. Quant au �Figaro�, apparemment amateur d�une impossible modernit� qu�il semblait alors incapable de reconna�tre devant son nez, il eut un an plus tard la courageuse audace d�offrir ses Salons � Hector Guimard et � son Castel B�ranger, participant ainsi � l��mergence effective d�une modernit� fran�aise.


�PARIS PARTOUT - NOS ARCHITECTES� (par Isis)

Nos architectes de France sont-ils � la hauteur de l��volution artistique contemporaine et ont-ils r�ellement le d�sir de constituer un style � ce si�cle qui s�ach�ve ?
Beaucoup de bons esprits pensent le contraire et estiment que l�architecture actuelle est au-dessous de sa mission r�novatrice ; ils l�accusent de vivre de rab�chages �ternels, d�arlequinades de style, et d�ex�cuter des monuments et des maisons de rapport sans caract�re, sans �l�gance, sans beaut�.
I faut avouer que l�Op�ra-Comique, dont on vient de d�masquer la fa�ade, est d�un ordre b�tard et municipal qui n�est point fait pour rendre optimistes ceux que blessent encore de m�diocres ordonnances monumentales : les r�cents th��tres construits � Londres, � New-York ou m�me � Chicago, dont nous avons pu admirer les ing�nieuses structures, la sobri�t� d�corative, la beaut� des lignes et surtout les types pratiques largement ouverts et �clair�s, auraient pu servir peut-�tre de mod�les, ou du moins nous inspirer des plans un peu plus audacieux.
Partout � l��tranger l�art architectural subit une impulsion consid�rable vers des conceptions neuves et des formules simplifi�es et d�une parfaite eurythmie ; Bruxelles compte m�me un certain Horta qui nous para�t ex�cuter des �uvres �in�dites� qui ne sont pas sans g�nie ; on verra bient�t de lui un Palais du Peuple qui sera surprenant. Quant aux maisons anglaise modern style, on peut, � d�faut d�un voyage � Londres, constater les �tonnants progr�s faits par nos voisins dans les reproductions fournies par les journaux d�art qui ont aujourd�hui grand acc�s chez nous.
Que feront nos architectes en 1900 ? Nous �blouiront-ils et forceront-ils leurs d�tracteurs � faire amende honorable ? - On ne peut encore rien pr�voir, mais on nous signale d�j� un fait inqui�tait. Les constructeur du palais des Beaux-Arts, effar�s, dit-on, par l�audace de leurs plans et craignant de se tromper pour l��dification de leurs colonnades, auraient fait mouler � leur base les colonnes de Saint-Sulpice et celles qui font la gloire de notre Louvre. Nous d�mentira-t-on ?
(�Le Figaro�, 17 mars 1898, p. 1)


�LA PRESSE ET LES ARCHITECTES� (par Paul Planat)

Nous enregistrons soigneusement les sentiments exprim�s par la Presse, concernant l�architecture ; ces opinions ne sont pas toujours flatteuses, ni toujours justes ; ce sont quelquefois des avertissements salutaires. Dans tous les cas il est bon que la Presse, et le public avec elle, s�occupent des choses de l�architecture, au lieu de les ignorer compl�tement et de les passer sous silence comme ils ont fait si longtemps.
Aujourd�hui, les architectes sont pris � partie par le Figaro.
Sous ce titre : Paris partout, nos architectes, monsieur ou madame Isis dit � ces dernier ce qu�il - ou elle - juge �tre leurs v�rit�s. Isis l��gyptienne �tait une bonne m�re ; celle-ci n�est vraiment point tendre pour les architectes.
Isis s�est, un patin, pos� � lui-m�me, ou � elle-m�me, cette question : �Nos architectes de France sont-ils � la hauteur de l��volution artistique contemporaine ?� Et il a reconnu la f�cheuse n�cessit� de se r�pondre. Non. Ce dont il fait part � ses lecteurs.
Quelle est pr�cis�ment la hauteur � laquelle se tient l��volution contemporaine, et � laquelle n�atteignent pas les architectes ? Les observations exactes doivent manquer pour fixer ce point, en quelque sorte astronomique.
En langage vulgaire, ceci veut dire sans doute : La peinture et la sculpture ont manifest�, en ces derniers temps, plusieurs tendances nouvelles et assez diverses ; ou m�me elles ont simplement travers� des modes plus ou moins �ph�m�res ; en architecture on n�observe pas de variations aussi nombreuses ni aussi rapides.
Cela est vrai ; d�autant plus vrai qu�il en a toujours �t� ainsi, l�architecture n��tant pas, comme la peinture et la sculpture, �uvre de la seule imagination. Si tel est le sens du reproche fait, ce n�est plus un reproche, mais la simple constatation d�un fait in�vitable, et nullement f�cheux d�ailleurs.
Isis continue � s�interroger : �Les architectes, se demande-t-il, ont-ils r�ellement le d�sir de constituer un style � ce si�cle qui s�ach�ve ?�
Que les architectes aient ou non ce d�sir, c�est ce qu�il nous para�t bien inutile d��lucider ; ce d�sir serait de toutes fa�ons bien tardif. Puisque le si�cle est fini, quelle n�cessit� y a-t-il de lui �constituer un style� ? Ce serait, en termes ordinaires, apporter de la moutarde apr�s le d�ner.
A toutes ces questions, Isis a encore constat� la cruelle n�cessit� de r�pondre : �L�architecture nouvelle est au-dessous de sa mission r�novatrice ; ... elle vit de rab�chages �ternels, d�arlequinades de style ; elle ex�cute des monuments et des maisons de rapport sans caract�re, sans �l�gance, sans beaut�.�
C�est une opinion artistique ; par cons�quent, affaire de go�t et d�appr�ciation qu�il serait oiseux de discuter. Si l�auteur trouve que tout ce que produisent les architectes de lui prouver qu�il a tort ; comme il lui est impossible de nous d�montrer qu�il a raison.
On pourra seulement lui demander ce qu�il entend par Mission r�novatrice de l�architecte ? Ces mots sonnent bien, et on les emploie fr�quemment ; mais que repr�sentent-ils exactement ? Encore faudrait-il au moins dire sur quoi doit porter la R�novation. Sur les dispositions de plans ? Sur le syst�me de construction ? Isis ne s�en est peut-�tre pas aper�u, mais cela se renouvelle tous les jours. Sur l�ornementation ? Sur les proportions ?
Faut-il mettre les chapiteaux � la base et les toits dans les fondations ; les portes � la place des fen�tres, les escaliers dans l�immeuble voisin, ou les water-closets dans la maison d�en face, comme le fit jadis un c�l�bre propri�taire de feu la rue neuve Coquenard ?
Ce serait salubre, hygi�nique au premier chef ; ce serait de la r�novation digne d�illustrer cette fin de si�cle. Faire ce qu�on n�a jamais fait, c�est innover effectivement ; tel est du moins le secret de beaucoup des chefs d��coles nouvelles, litt�raires ou artistiques. Est-ce toujours avec succ�s ? c�est une autre question. Est-ce l� ce que d�sir l�auteur de l�article ?
Pour �tre compris, il faut s�expliquer. Il ne manque pas, parmi les architectes m�mes, de personnes qui parlent aussi de �rab�chages en architecture�, de la n�cessit� de cr�er une architecture nouvelle ; quelques-unes ont fait plus - ce qui est m�ritoire - elles ont essay� de passer des mots aux faits ; de monter, par des �uvres ex�cut�es, ce qu�elles appelaient innovation ; jusqu�� ce jour, celles-ci ont �t� rarement heureuses.
Cela prouve tout au moins que, s�il est facile de dire : R�novez, il n�est nullement prouv� que les vastes innovations soient possibles � notre �poque. Dans le d�tail, oui ; mais sans aller beaucoup plus loin. Et, au fond, pour la peinture m�me, les pr�tendues �volutions, dont on parle tant, s��tendent-elles beaucoup au-dessous de la surface ?
A quoi Isis r�pond : Oui, la r�novation est possible, car elle est faite � New-York, � Chicago, � Bruxelles et � Londres.
A Chicago, il admire, outre les ing�nieuses structures qui m�ritent en effet d��tre signal�es : �la sobri�t� d�corative, dit-il, la beaut� des lignes, etc.�
Sans m�dire le moins du monde de l�architecture am�ricaine qui a son m�rite, nous ferons modestement remarquer que ce ne serait peut-�tre par ces derni�res qualit�s que l�art am�ricain marquerait une sup�riorit� bien �vidente sur l�art fran�ais.
Bruxelles, para�t-il, marche aussi vers des �conceptions neuves et des formules simplifi�es et d�une parfaite eurythmie�. Tout le monde accordera aux architectes belges, au moins � beaucoup d�entre eux, une recherche tr�s louable de l�originalit� ; on reconna�tra m�me certains succ�s obtenus dans cette voie. Mais on discuterait probablement la parfaite eurythmie.
Isis nous annonce qu�un �certain Horta� ex�cute des �uvres de �g�nie� in�dites, et qu�on verra de lui un palais du peuple qui sera �surprenant�. Souhaitons, pour M. Hortu [sic], qui est effectivement un artiste de talent, que la post�rit� surprise confirme ce jugement.
Enfin il faut, para�t-il s�incliner devant les maisons modern style de Londres. Nous ne voyons pourtant rien de particuli�rement moderne dans le style londonien qui, comme les camarades, vit surtout d�adaptations du pass�. Le Tudor et la Reine Anne ne sont pas pr�cis�ment des nouveaut�s, non plus que l�anglo-indien.
Ces admirations, un peu bien vives, sont-elles partag�es par tout le monde ? Personnellement, nous y apporterions quelques sages restrictions, sans vouloir, encore une fois, diminuer le m�rite tr�s r�el des artistes �trangers.


Mais nous tenons surtout � signaler la conclusion de l�article ; car - mieux que des appr�ciations qui ne sont point sujettes � discussions - elle nous laisse quelque doute sur l�enti�re comp�tence de la personne qui signe Isis.
�Que feront nos architecte, dit-elle, en 1900 ? Nous �blouiront-ils et forceront-ils leurs d�tracteurs � faire amende honorable ? On ne peut encore rien pr�voir, mais on nous signale d�j� un fait inqui�tant.
�Les constructeurs du palais des Beaux-Arts effar�s, dit-on, par l�audace de leurs plans et craignant de se tromper pour l��dification de leurs colonnades, auraient fait mouler � leur base les colonnes de Saint-Sulpice et celles qui font la gloire de notre Louvre !
�Nous d�mentira-t-on ?�
- Non, nous sommes convaincu qu�on ne d�mentira pas. Mais nous croyons aussi qu�on va s��gayer dans les ateliers.
Qu�est-ce que l�auteur a bien pu vouloir dire ? C�est ce que nous ne discernons pas clairement.
Comment, quand on est inquiet de ses plans, on fait mouler les bases de Saint-Sulpice pour se rassurer ?
Quand on craint de se tromper pour l��dification d�une colonnade (???) on fait mouler celles du Louvre ?
En quoi ces moulages de bases emp�cheraient-ils une erreur ? Erreur de quoi ? Erreur, o� ?
Nous avons grand� peur qu�Isis n�ait �t� la victime bien intentionn�e, mais inconsciente ou na�ve, de quelque mauvaise charge d�un atelier o� il aura voulu prendre des renseignements. On lui aura cont�, en toute gravit�, l�histoire un peu fantastique des moulages ; il l�aura prise pour argent comptant. Ces moulages de Saint-Sulpice vont faire le tour des agences et des ateliers et deviendront sous peu l�gendaires.
On en fera facilement un nouvel interrogatoire � l�usage des nouveaux :
- Quand vous �tes, jeune homme, stup�fait de l�audace de vos conceptions, que faites-vous ?
- Je vais � Saint-Sulpice mouler une base, et j�y dis une pri�re.
- Et lorsque vous voulez proc�der � l��dification de vos colonnades, comme � l�dification de vos contemporains, bon jeune homme, comment vous y prenez-vous ?
- Je moule encore � sa base une autre colonne ; et je choisis celle qui fait le plus de gloire � notre Louvre.
- Et comment distinguez-vous cette colonne glorieuse ?
- Parce que c�est celle qui me rend le plus glorieux moi-m�me d��tre fran�ais, etc., etc.
On voit d�ici le th�me joyeux dont va s�enrichir le r�pertoire, d�j� riche et vari�, de ce qu�on appelle les scies d�ateliers - qu�Isis d�signe sous le nom de �Faits inqui�tants�.
(�La Construction moderne�, 26 mars 1898, p. 301-302)

Entr�acte n�23 : 246 avenue Louise (Bruxelles - Belgique)


Apr�s l�Espagne, vous plairait-il de faire � nouveau une petite halte en Belgique ?
Bruxelles est d�une telle richesse qu�un blog entier ne suffirait pas � en �puiser les tr�sors. En 1900, le pays avait � peine soixante-dix ans d�existence (septante ann�es, en version originale !) et profitait de son exceptionnelle situation g�ographique pour redevenir un des plus importants pivots �conomiques de toute l�Europe de l�Ouest. Le domaine artistique ne pouvait que suivre : pensons � la litt�rature et � la peinture symboliste, pour ne pas trop nous �tendre sur le sujet.
N�anmoins, l�Art Nouveau bruxellois tira sa sp�cificit� de deux param�tres, qui auraient pu lui �tre un handicap. En premier lieu, les parcelles y sont g�n�ralement tr�s �troites, ce qui ne permet pas toujours un traitement opulent des fa�ades. Mais les Belges - un peu comme les Lyonnais - �taient-ils r�ellement d�sireux de montrer leur richesse ou de faire, entre eux, des concours d�excentricit� ?

L��uvre de Victor Horta (1861-1947), qui fut l�un des initiateurs historiques de l�architecture Art Nouveau, est la d�monstration m�me de cette particularit� belge. Ses maisons, comme l�h�tel Tassel ou sa maison personnelle, aujourd�hui devenue mus�e, proposent des fa�ades tr�s raffin�es, mais d�une incroyable sobri�t�, o� le travail de la pierre et la pr�sence de ferronneries complexes suffisent � cr�er un art original, sans l�aide de c�ramiques violemment color�es, ni de sculptures figuratives encombrantes ou compliqu�es. S�il eut assez souvent l�occasion de b�tir sur des terrains plus g�n�reux - h�tels Solvay, van Eetvelde, Aubecq -, il ne d�rogea gu�re � cette �tonnante sobri�t� qui permet de reconna�tre ses �difices au premier coup d��il. Sa fameuse Maison du Peuple, malheureusement d�truite, accordait au m�tal l�essentiel du d�cor, qui �tait en m�me temps l��l�ment principal de toute la structure. Horta se refusait donc, pour l�essentiel, au d�cor plaqu� de fa�on artificielle. Qu�on soit parfois d��us par ses tentations classiques, ses envies de sym�trie et d�harmonie n�est, en fait, que juger son art depuis la rue. A l�int�rieur de ses maisons... c�est une toute autre affaire !
Pour illustrer mon propos, j�ai choisi un �difice beaucoup moins c�l�bre que les autres : l�h�tel du 346, avenue Louise, construit pour l�avocat Max Hallet, que j�ai eu le bonheur de pouvoir visiter il y a quelques mois.
Le b�timent fut �lev� en 1903, date bien tardive pour Horta, qi avait alors d�j� construit l�essentiel de ses chefs-d��uvre. Mais, dernier grand h�tel particulier de sa p�riode Art Nouveau (1), il propose certainement un r�sum� de la ma�trise de l�artiste dans cet exercice de style bien particulier.

Sur la belle avenue Louise, �l�gante et arbor�e, o� l�architecte avait d�j� exerc� plusieurs fois son talent au cours des ann�es pr�c�dentes, la fa�ade - d�une confortable largeur - appara�t probablement comme un des chefs-d��uvre de sa mani�re �sobre�. Au point qu�il est possible de passer devant l��difice sans y faire attention ! Formes l�g�rement incurv�es, ferronneries d�un dessin parfaitement sym�trique... rien ne signale, du dehors, ce qui attend le visiteur chanceux invit� � entrer. A moins de faire attention au bouton de sonnette ou au heurtoir, merveilleux objets d�une rare perfection formelle.
Poussons donc la porte...

Si l�all�e carrossable n�exprime pas encore tr�s bien la beaut� des espaces int�rieurs, les rampes de l�escalier qui conduit au hall d�entr�e annoncent d�j� forts bien les richesses encore soigneusement cach�es aux fournisseurs, importuns et domestiques. Car, imm�diatement pass�es les immenses portes vitr�es, le contraste est total.
Horta a gard�, de l�architecture traditionnelle bruxelloise le go�t pour les puits de lumi�re centraux, seuls capables d�apporter la clart� au centre de parcelles souvent longues et �troites. M�me sur des terrains moins ingrats, il n�a jamais d�rog� � son go�t pour les escaliers d�monstratifs et les amples verri�res aux couleurs peu vari�es - le jaune y domine -, mais soigneusement choisies.

L�escalier de l�h�tel Max Hallet est peut-�tre l�un des plus impressionnants de tous, dans le sens o� il conduit � un second hall, ouvrant sur un jardin d�hiver compos� de trois �tonnantes absides vitr�es. On peut difficilement imaginer espace plus lumineux !

Marbre blanc l�g�rement vein� de gris, mosa�ques aux motifs g�om�triques d�une teinte unique, d�licieusement ros�e, tout concoure � un enrichissement du lieu, sobre et ouvert. Les murs portent des motifs peints - comme il est habituel chez Horta -, mais les immenses rosiers grimpants qu�on voit chez Max Hallet, d�un surprenant naturalisme, s��loignent diam�tralement des motifs g�n�ralement abstraits qui pr�valaient jusqu�ici. Horta r�pondit-il � un v�u du commanditaire ? Chercha-t-il � renouveler son art ? Fit-il confiance � un collaborateur nouveau, plus adepte de la fleur que de la tige dont l�architecte se satisfaisait jusqu�ici ? La date tardive de l�h�tel - contemporain de cet essoufflement qui commen�ait � s�attaquer � l�Art Nouveau, � Bruxelles comme � Paris - permet peut-�tre d�expliquer une coquetterie d�corative, magnifiquement r�alis�e, mais visuellement assez surprenante.
Plusieurs salons ont encore conserv� leur d�coration, leurs chemin�es, et parfois m�me leurs boiseries, dans ces bois clairs que Horta affectionnait particuli�rement. Si la rose y dispara�t des murs, c�est au profit de plantes diff�rentes, tout aussi pr�cises et d�taill�es, dans un style Art Nouveau qu�on pourrait volontiers qualifier �d�international�, d�une abondance divertissante mais peut-�tre par endroits encombrante.

La belle mani�re de l�architecte se retrouve pleinement, et avec bonheur, dans les d�tails des vitraux, le dessin des ferronneries, le dessin toujours magnifique des entourages de porte, et les mille et un petits d�tails de boiseries. La juxtaposition de deux styles indique certainement ici, sinon une p�riode de doute dans son esprit, du moins une probable rechercher de renouvellement.

Comme souvent chez Horta, la fa�ade sur jardin est purement fonctionnelle. Et la sobri�t� qu�on constatait sur la rue devient, au contraire, � l�arri�re, incroyablement rectiligne. Seules les trois absides, port�es par de fines colonnettes de fonte, �mergent comme les morceaux d�un curieux vaisseau spatial. Cet envers du d�cor est tr�s surprenant, mais il permet de comprendre que l�art d�un Horta fut parfois moins rigoureux que celui d�un Guimard - qui s�en d�clara l��l�ve, � la suite de son premier voyage � Bruxelles, en 1895 ! -, d�lib�r�ment cr�ateur de tous les mod�les et perfectionniste jusqu�� la conception rigoureuse d�espaces tr�s secondaires.

(1) Horta se tourna par la suite plus volontiers vers l�architecture des magasins, avant de conclure sa carri�re avec plusieurs �difices publics monumentaux.