
A quelques kilom�tres de Paris, la charmante ville de Nogent-sur-Marne propose un d�paysement garanti. Autour de 1900, elle n�avait pas seulement les fameuses guinguettes et le petit vin blanc qui lui sont encore associ�s. Elle avait aussi son petit foyer d�architecture Art Nouveau, extraordinairement original, ludique et color�, qui peut nous �viter, le temps d�une journ�e, d�aller courir jusqu�� Nancy ou Bruxelles. Ceci est d� � la pr�sence, dans cette ville, d�architectes tr�s inventifs et f�conds, dont l�inspiration se renouvela sans cesse : Georges Nachbaur et ses fils.
La liste de leurs �difices est d�autant plus impressionnante qu�ils exerc�rent aussi, bien �videmment, leur activit� dans les communes avoisinantes, notamment Le Perreux. Immeubles, villas, maisons de ville, salles de divertissement, rien ne les rebuta, rien ne les contraignit. Et l��tonnante maison du 3, boulevard de la R�publique, con�ue pour le p�re Nachbaur lui-m�me, en est un des plus beaux exemples.

Certes, la maison n�est pas aujourd�hui dans un �tat de conservation id�al. Disons simplement, en lui souhaitant une petite toilette dans un futur assez proche, qu�elle est rest�e... �dans son jus�. Si quelques d�tails apparaissent cass�s ou disparus, il n�en reste pas moins qu�elle se pr�sente encore, et heureusement, comme une �tonnante �folie�.
Son agencement, d�embl�e, appara�t tr�s original, les trois trav�es s�avan�ant progressivement, de la gauche vers la droite. La porte d�entr�e, et la petite terrasse couverte qui la jouxte, font l�objet d�une attention particuli�re, tant dans le dessin de toutes les parties en menuiserie que par un rev�tement en c�ramique extraordinairement agr�able, autant par son dessin que par ses couleurs.


La partie droite de la maison est r�serv�e aux pi�ces principales, salon au rez-de-chauss�e, chambre principale � l��tage. Cette trav�e fait l�objet d�un travail d�coratif particuli�rement soign�, notamment par la pr�sence de grandes fleurs en gr�s, faisant mine de soutenir la plus grande des fen�tres. Un grand arc, caract�ristique de l�art des Nachbaur, entoure la fen�tre de la chambre, que surmonte une charmante petite pi�ce enfonc�e dans la toiture. Les chemin�es, au dessin �tonnant, couronnent la trav�e avec des enroulements parfaitement inutiles, mais joliment d�coratifs.
Dernier �l�ment remarquable, et non des moindres, que propose cette maison : sa grille. Les Nachbaur semblent s��tre particuli�rement int�ress�s � ces �l�ments de leurs �difices, dessinant toujours des ferronneries compliqu�es, d�un incroyable lyrisme, pures cr�ations graphiques d�une force r�elle et d�une supr�me �l�gance.

La maison fut publi�e � son �poque, dans le num�ro du 6 mai 1905 de �L�Architecture pratique�. Cet article y montrait, outre la fa�ade et les plans, un d�tail de l�escalier et une curieuse chemin�e, assez monumentale, signe que la d�coration int�rieure ne fut pas n�glig�e par ces sympathiques architectes. Une int�ressante liste de collaborateurs permet d�y retrouver le nom de Janin et Gu�rineau, auteurs des motifs en gr�s flamm�s, et de M�ller, pour les terres cuites. En faisant une rechercher sur la base M�moire du Minist�re de la Culture, aliment�e par l�Inventaire g�n�ral et les Monuments historiques, on pourra trouver d�autres vues int�rieures de cette habitation, et notamment des d�tails des lambris, imitant le cuir de Cordoue. Leurs motifs tr�s abstraits sont incroyablement proches de ce qu�Hector Guimard dessina pour certaines �uvres de sa premi�re maturit�, notamment pour la salle Humbert-de-Romans, malheureusement d�truite d�s 1904. C�est, � mon avis, l�indice �vident que les Nachbaur lisaient beaucoup les revues d�architecture de leur �poque, y trouvant les sources d�une inspiration trop diversifi�e pour avoir le fruit de leur seule imagination.
8 d�cembre 2016 : Plusieurs corrections et compl�ments sont � apporter � cet article. D'abord sur les architectes dont nous parlons ici. Georges Nachbaur (n� en 1842), d'une famille d'origine alsacienne, fut associ�, pendant toute sa p�riode Art Nouveau, � ses deux fils, Albert-Alfred, dit Max-Mar (n� en 1879) et Georges-Lucien (n� en 1884). L'a�n� abandonna l'architecture, d�s 1907, pour embrasser une carri�re de journaliste qui allait le mener jusqu'en Chine. Si on en croit l'ouvrage d'Isabelle Duhau, fort beau et bien document� ("Nogent et Le Perreux - L'Eldorado en bord de Marne" (Images du patrimoine n�237), Paris, 2005, p. 134-135), cette maison aurait �t� construite, en 1904, non pour le p�re lui-m�me, comme je l'�cris plus haut, mais pour Max-Mar. Quant � la chemin�e publi�e dans "L'Architecture pratique", et qui n'a jamais figur� dans cette demeure, les Nachbaur auraient volontairement flatt� la publication de leurs �difices, en y incluant parfois les images plus flatteuses d'objets provenant de maisons totalement diff�rentes !
19 janvier 2016 : Encore une information compl�mentaire, fournie par un sympathique correspondant, qui montre qu'on peut apprendre tous les jours : les lambris int�rieurs de la maison de Nachbaur ont bien �t� dessin�s par Guimard. Le motif appara�t sur un catalogue commercial de la soci�t� Luncrusta-Walton, qui r�alisa les lambris du Castel B�ranger, puis ceux de la salle Humbert-de-Romans. Ce sont ces derniers (en haut � droite sur l'image), aux motifs beaucoup plus complexes, qu'on retrouve � Nogent. Si Guimard utilisait le Luncrusta-Walton avec une certaine parcimonie, Nachbaur n'h�sita pas � en couvrir int�gralement les murs d'une des pi�ces principales de sa maison. L'effet est surprenant.