2 rue Balzac (Franconville - Val-d�Oise)


Je m�aper�ois, presque avec horreur, que mes premiers articles de rentr�e sont assez pessimistes, puisque j�y �voque des �uvres parvenues jusqu�� nous dans un assez triste �tat. Mais, malheureusement, l�Art Nouveau parisien a connu des heures noires : consid�r� dans les ann�es 1950 et 1960 comme d�mod�, d�un go�t douteux et d�une irr�cup�rable vulgarit�, on n�a eu aucun scrupule � d�truire quelques-uns de ses plus grands chefs-d��uvre et, pendant longtemps, sans susciter la moindre �motion. C�est, malheureusement, une r�alit� de son histoire. Finissons donc cette petite s�rie, avant de revenir � des propos, je l�esp�re, plus joyeux.
La charmante maisonnette construite en 1907 par Jules Lavirotte pour M. Dupont nous est connue par deux documents. D�abord , sa publication dans le recueil �Villas et petites maisons au XXe si�cle�, �dit� par la Librairie centrale d�art et d�architecture, o� la plupart des fa�ades et des plans fut photographi�e ; ensuite par le curriculum vit� de l�architecte, contenu dans son dossier d�inscription � la Soci�t� des Architectes dipl�m�s, un document fort int�ressant puisque sa date tardive permet d�y voir la liste de l�essentiel de ses �uvres r�alis�es.


Notre sympathique artiste n�a donc pas fait que des immeubles excentriques dans l�enceinte m�me de Paris. Loin d�une inspiration �chevel�e, symboliste et parfois m�me autobiographique, il se consacra parfois � des projets plus simples, o�, en l�absence de tout d�cor sculpt� ou color�, il sut montrer sa capacit� � r�aliser des choses parfaitement artistiques dans leur sobri�t� m�me, et � exposer l�architecte, loin des amusants d�lires du d�corateur.
En 1903, il avait particip� � l�Exposition de l�Habitation, ouverte au Grand Palais, aux c�t�s de Guimard, Plumet et Benouville. Il y pr�sentait deux petites maisons, t�moins de son int�r�t pour l�habitat populaire et la pr�fabrication. Il fut �galement entra�n� dans l�aventure du parc Beaus�jour, probablement par Guimard, qui y construisit le Castel d�Orgeval et deux modestes maisons appel�es �Rose d�Avril� et �Clair de Lune�. Lavirotte y r�alisa au moins une construction, non encore parfaitement identifi�e, et peut-�tre une seconde, plus hypoth�tique.
En province, il dessina aussi quelques villas, dans une aire g�ographique plus proche de son Lyonnais natal. L�architecture pavillonnaire lui �tait donc aussi habituelle et famili�re que la construction d�immeubles. D�ailleurs, un de ses plus int�ressants projets tardifs, un immeuble situ� sur le boulevard Lefebvre, devint finalement une pittoresque petite maison sur deux niveaux.
La villa Dupont de Franconville n�est donc pas une �uvre isol�e. Mais, assur�ment, ce fut la plus r�ussie des r�alisations de Lavirotte dans ce genre bien particulier. Car son int�r�t artistique vient essentiellement de sa silhouette, obtenue avec des moyens tr�s simples : une toiture d�bordante, � la ligne �l�gante et avec une jolie cr�te, o� appara�t une haute fen�tre �troite ; un grand arc soulignant la pi�ce principale du rez-de-chauss�e, prot�g� par un petit toit d�une forme �l�gante ; un appui d�escalier en bois, � la ligne sobre et tr�s japonisante ; un soubassement en pierre de taille, faisant presque office de socle � cette adorable sculpture habitable, paraissant � la fois simple et confortable. Nous sommes bien loin, ici, des excentricit�s des avenues de Wagram ou Rapp !

Malheureusement, la maison a �t� assez r�cemment d�figur�e par la construction, assez... radicale, d�une v�randa, qui a totalement bris� son �quilibre originel. Entre charme et confort, les propri�taires ont choisi : la beaut� a �t� sacrifi�e pour le gain d�une pi�ce suppl�mentaire.
Il y a quelques ann�es, j�avais eu l�occasion de visiter cet �difice, alors pratiquement dans l��tat voulu par Lavirotte. C�est � l�obligeance d�un ami que je dois d�avoir connu - et vu - son �tat actuel : ses photographies parlent d�elles-m�mes et nous �vitent un commentaire trop bavard, qui pourrait �tre d�sobligeant. Pourtant, si les images sont impressionnantes, l�espoir est encore permis, car cette v�randa para�t assez simplement plaqu�e contre la fa�ade d�origine. Il suffirait donc tout simplement de la supprimer pour retrouver l��tat initial de la maison : la jolie toiture de la fen�tre du salon n�a pas �t� touch�e, pas plus que l�escalier ou les piliers en meuli�re conduisant au sous-sol semi-enterr�. Mais il faudrait aussi reconstituer l�ar�te du toit, aujourd�hui remplac�e par quelque chose qui, paraissant s�en approcher, n�a pourtant ni forme, ni caract�re.
Cet exemple nous montre � quel point l�architecture peut �tre fragile et comme il est facile de la d�figurer, surtout lorsqu�on ignore son int�r�t artistique ou m�me l�identit� de son auteur. H�las, un nombre d�j� impressionnant de ces villas d�architectes ont d�j� disparu, et la plupart d�entre elles, sans traces, sans photographies, sans aucun t�moignage, et dans la plus totale indiff�rence.