19 rue Octave-Feuillet (16e arrondissement)


C�est � l�occasion de ce projet d�immeuble que le gracieux architecte Du Bois d�Auberville fit la connaissance de Mlle Baconnier, pour laquelle il allait plus tard (en 1911) construire le ravissant petit h�tel de la rue Alfred-Dehodencq dont nous avons d�j� parl�. Il est probable que le produit de la vente des appartements de la rue Octave-Feuillet avait alors permis la construction de l�h�tel. Il n�est d�ailleurs pas inutile de signaler que l��difice qui nous int�resse ici est situ� � l�angle de la m�me rue Alfred-Dehodencq : les deux constructions ne sont donc distantes que de quelques m�tres.
Pendant plusieurs mois, les revues artistiques ont vant�s les qualit�s et les commodit�s de cette construction, sous la forme d�une publicit� comportant des photographies. Gentil et Bourdet, auteur des mosa�ques de gr�s qui colorent les derniers �tages y sont, � l�occasion, clairement cit�s.












Si la demande de permis de construire fut publi�e d�s le 10 juin 1908, l�immeuble ne fut pas achev� avant 1910, signe probable que sa longue r�alisation s�accompagna d�un grand souci de qualit�. Nous en voulons d�ailleurs pour preuve la finesse de son d�cor sculpt�, m�langeant plusieurs essences de fleurs, tant sur les ar�tes des bow-windows qu�autour des fen�tres du premier �tage. Ailleurs, pour animer de larges parois aveugles, ces fleurs se r�pandent en grappes sinueuses, enroul�es autour de rubans.
Mais l��l�ment assur�ment le plus remarquable de ce tr�s gracieux d�cor est l�admirable paon de pierre, qui d�ploie la roue de sa queue au-dessus de la porte d�entr�e. Tous les yeux de ses plumes sont d�licatement d�taill�s, dans une composition � la fois simple et remarquablement �quilibr�e.

Bon, voil�. Tout est bien, me direz-vous... encore un joli immeuble � mettre dans la besace. Pourtant, et malgr� son charme, le b�timent actuel semble priv� de quelque chose. Son �l�gance trop sage para�t bien surprenante de la part d�un architecte aussi inventif que Du Bois d�Auberville. Que dire, en effet, de ses deux derniers �tages, anguleux comme des lames de rasoir, en totale contradiction avec les courbes souples qui caract�risent les niveaux inf�rieurs ? La publicit� d�j� mentionn�e, ainsi qu�une carte postale reproduisant une photographie r�alis�e � la fin du chantier, ici extraite de ma petite collection personnelle, apportent - h�las - une assez consternante explication. En effet, on y voit imm�diatement que, � l�origine, l�angle de l�immeuble s�achevait avec deux d�licates tourelles, autour d�un surprenant salon vitr�, coiff� d�une toiture joliment ourl�e comme une corolle de fleur. Le tout �tait orn� d�autres panneaux en mosa�ques de gr�s, ce qui explique pourquoi l�intervention de Gentil et Bourdet appara�t aujourd�hui d�une modestie peu naturelle. Ainsi, pour gagner une importante surface habitable, on se contenta de raser les deux derniers �tages, v�ritablement luxueux, pour les remplacer par des niveaux d�appartements plus fonctionnels, � la surface habitable consid�rablement augment�e, financi�rement int�ressante. N�anmoins, l�extraordinaire auteur de ce pitoyable massacre eut la judicieuse id�e de les r�aliser en retrait, rendant relativement discr�te son intervention destructrice. Mais cela n�interdit pas de s�apercevoir malgr� tout qu�il manque d�sormais quelque chose d�important � l�immeuble originel, tout simplement amput� de son couronnement, comme si on s��tait content� de pr�lever le sommet d�un gros g�teau. En esp�rant que la p�tissi�re ne s�en apercevrait pas !

On regrettera d�autant plus la suppression de ces �tages, qui �taient �videmment la partie la plus originale de toute la maison, qu�ils �voquaient � eux seuls une sorte d�Orient de fantaisie, �voquant plaisamment le merveilleux Art Nouveau de Turquie, celui qu�on peut encore admirer � Istanbul ! La couleur, en ce sens, renfor�ait certainement cette impression d�exotisme, dont on conna�t peu d�autres exemples � Paris. Pas tr�s �loign�e de l�ancien palais du Trocad�ro, ennuyeux mais ouvertement orientalisant, l��uvre de Du Bois d�Auberville en proposait une variation infiniment plus ludique et po�tique, � une �chelle humaine. Dans les ann�es 1960-1970, elle dut malheureusement para�tre trop ancr�e dans son �poque, et son pittoresque charmant, alors consid�r� comme totalement d�suet, fut sacrifi� sans �motion.