
Saint-Jean-de-Montmartre est l�une des tr�s rares �glises de Paris � avoir fait l�objet d�une demande de permis de construire, signe qu�elle fut initialement con�ue comme un �difice priv�, ne d�pendant pas imm�diatement d�une autorit� religieuse. Cette demande fut publi�e, dans le Bulletin municipal de la ville de Paris, le 26 juin 1901, � la demande de l�abb� Sobeaux (qui y est appel� �Sabaux�), cur� de Saint-Pierre-de-Montmartre, qui allait ensuite devenir celui de la nouvelle �glise, de 1908 � 1913. Effectivement, l��glise fut initi�e par un conseil de fabrique. Les premiers travaux commenc�rent d�s 1894, mais le chantier fut interrompu par un proc�s intent� aux constructeurs, pour de simples raisons d�urbanisme. Il ne reprit donc qu�en 1902, et sur des plans nouveaux, qui avaient succ�d� � un pr�c�dent projet, objet d�une demande de permis du 19 mai 1900. Cette �glise, command�e comme une annexe d�un �difice plus ancien et de taille tr�s modeste, �tait de toute �vidence destin�e � accueillir une population devenue trop importante.
Anatole de Baudot (1834-1915) figure parmi les grands h�ritiers de la pens�e rationaliste de Viollet-le-Duc. Auteur d�un c�l�bre cours d�architecture qu�il donnait au Trocad�ro, il construisit peu, mais toujours des �difices singuliers et originaux. Ses �uvres principales sont des lyc�es, Lakanal, � Sceaux et Victor-Hugo, � Paris.


Saint-Jean-de-Montmartre est un imposant monument de briques, confortablement install� sur un c�t� de la d�licieuse place des Abbesses, non loin de la derni�re station de m�tro Guimard avec marquise ouverte que Paris conserve encore, d�plac�e de la station H�tel-de-Ville jusqu�� Montmartre il y a � peine quelques d�cennies.
La caract�ristique principale de l��glise tient � son allure g�n�rale : le dessin d�architecture y reste toujours clairement apparent, et on devine partout les traits de compas qui servirent � la concevoir. L�autre curiosit� tient � son style, d�autant plus arabisant qu�il s�accompagne d�une surprenante d�coration de perles de gr�s, choisies dans une gamme de couleurs limit�e au bleu, au vert et au jaune, directement prises dans le b�ton apparent. Baudot a de nouveau utilis� fort brillamment ce syst�me de d�coration dans le th��tre de Tulle, en 1910.

La sobri�t� de l��difice, tr�s traditionnel dans sa sym�trie et ses concessions multiples aux habitudes de l�architecture religieuse, n�est v�ritablement perturb�e qu�au niveau du porche central, agr�ment� de trois sculptures, �galement en gr�s, con�ues par Pierre Roche : un saint Jean l�Evang�liste, au centre - normal, puisque l��glise lui est d�di�e -, et deux anges aux formes tourment�es sur les c�t�s.
L�int�rieur de l��difice adopte les m�mes principes, ce qui lui donne une remarquable unit�. Les lignes de construction sont clairement affirm�es, par un jeu d�arcs clairement apparents, toujours agr�ment�s de perles de gr�s. Mais la brique n�appara�t plus dans ce vaste vaisseau assez obscur, o� le b�ton r�gne en totalit�, dans une nudit� tr�s impressionnante. Pierre Roche et le c�ramiste Alexandre Bigot ont � nouveau collabor� pour dessin� le bel autel principal, et le principe de la mosa�que de gr�s se retrouve sur la plupart des autres autels, plac�s dans les petites chapelles lat�rales.


Curieusement, la vitrerie est parfaitement traditionnelle, et les peintures murales ne sont gu�re d�une qualit� plus remarquable. Heureusement, la discr�tion de ces �l�ments de d�cor ne nuit en rien � l�appr�ciation des multiples vo�tains en b�ton, dont la simplicit� n�a d��gale que leur agencement, tr�s sophistiqu�. Cet am�nagement int�rieur semble avoir �t� assez lent, puisque les peintures ont une date bien post�rieure � 1904, date de l�ach�vement de la construction proprement dite. Ce fut malheureusement le cas pour beaucoup d��difices religieux, l�architecture suffisant � engloutir l�essentiel du cr�dit disponible. A la mort d�Anatole de Baudot, on voulut honorer sa m�moire en installant un petit �dicule � l�ext�rieur, pr�s de l�entr�e gauche de l��glise, et on l�orna du m�me d�cor de perles de gr�s que sur la fa�ade. Il est agr�ment� d�un portrait de l�architecte, sign� J. A. Corbet.
Les constructions religieuses de style Art Nouveau sont tr�s rares, l��glise ayant montr�, en architecture, un traditionalisme assez forcen�, trop fid�le qu�elle �tait aux mod�les roman, gothique ou �ventuellement byzantin, pendant tout le XIXe si�cle. Seule la p�riode Art D�co, mais certainement pour des raisons �conomiques, sut fondamentalement renouveler l�architecture sacr�e.