La c�l�bre pharmacie de Douvres-la-D�livrande (Calvados), au 78, rue du G�n�ral-de-Gaulle, est une curiosit� locale sans �quivalent. Est-ce pour cet isolement stylistique qu�elle fut longtemps donn�e � l�auteur du Castel B�ranger ? Mais pour quelle raison ? Rien, ni � l�ext�rieur, ni � l�int�rieur, ne permet de rapprocher cette amusante maison des �uvres beaucoup plus d�licates de Guimard.

Pour l�essentiel, l��difice ne rel�ve en rien du style Art Nouveau, ou si peu, � croire que les �l�ments purement 1900 ont �t� simplement pos�s sur une structure tr�s classique, en grande partie inspir�e par la Renaissance. Ces �l�ments modernes se composent essentiellement de ferronneries �chevel�es, d�un dessin beaucoup trop rel�ch� pour �tre de Guimard, et d�int�ressantes huisseries de fen�tres. Mais les retomb�es d�arcs en pierre sont beaucoup trop simples et manquent totalement l�effet qu�elles auraient pu produire. On remarquera surtout l��tonnant garde-corps qui prot�ge la terrasse et les amusants encadrements des tuiles du dernier �tage. Mais tout ceci pourrait signaler le simple r�am�nagement d�une maison ancienne.

A l�int�rieur, le commerce a conserv� ses panneaux de vitraux, ainsi que la balustrade de sa mezzanine, aux ferronneries graphiquement aussi molles que celles de la fa�ade.
Sur le site de la mairie de Douvres-la-D�livrande, on peut apprendre que la maison fut construite en 1901, pour Georges Lesage, par l�architecte caennais Rouvray, ��mule d�Hector Guimard�. En dehors de la portion de phrase que j�ai volontairement mise entre guillemets, il semble difficile de douter de ces informations, apparemment pr�cises. Ainsi, et en toutes circonstances, il semble qu�un peu de recherches permet toujours d�atteindre une certaine v�rit�. Apparemment, la source documentaire serait tout simplement le service des Monuments historiques, qui �vite pour sa part, et fort judicieusement, de parler de l�architecte parisien, dont le style n�a effectivement rien de comparable avec celui de cette bien pittoresque et int�ressante pharmacie.

La blanchisserie de Lions-sur-Mer (�galement dans le Calvados) pose un probl�me identique, sauf que Guimard eut une v�ritable activit� dans les environs imm�diats, construisant une villa dans la ville voisine d�Hermanville, puis un immeuble d�appartement � la lisi�re d�Hermanville et de Lions. Il fut ainsi tentant - mais un peu simpliste - de lui donner aussi cette curieuse construction. Car la blanchisserie, pour l�essentiel, n�est pas non plus une construction Art Nouveau. Seule la porte d�entr�e, avec ses deux petites fen�tres lat�rales curieusement dessin�es, sacrifie au Style 1900. Les �tranget�s guimardiennes toutes proches ont peut-�tre inspir� l�auteur de cette porte bien singuli�re, petite concession, plut�t modeste, au style alors � la mode. Mais rien de plus !
Une maison d�Eragny-sur-Oise (Val-d�Oise) est nettement plus troublante. D�couverte � la fin des ann�es 1960 par Jean-Pierre Lyonnet (aujourd�hui sympathique pr�sident du Cercle Guimard, et co-auteur d�un joli ouvrage sur les �difices aujourd�hui d�truits de l�architecte), elle suscita int�r�t et interrogations chez les premiers amateurs de l��uvre de Guimard. La maison elle-m�me n�est pas en cause, tant elle appara�t bien banale, malgr� ses portes d�entr�e, d�un dessin non d�nu� de charme. Guimard lui-m�me aurait con�u une villa aux formes beaucoup plus vari�es, avec un d�cor, de la couleur, des coquetteries visuelles pleines de fantaisie.

Mais Eragny nous interroge principalement pour son porche, compos� de trois arches sur plan triangulaire, dont l�allure g�n�rale est celle d�une fausse ruine pittoresque, genre qui avait encore un v�ritable succ�s en 1900. Ce porche, en soi, ne nous int�resserait pas s�il n�avait pas une grille bien �tonnante, aux �l�ments pr�fabriqu�s tr�s agr�ablement agenc�s. Mais, l� encore, on peut imaginer que l�auteur du Castel B�ranger aurait volontiers compos� une grille plus tourment�e et surtout moins sym�trique. De plus, il aurait �vit� le trac� trop simpliste des parties en fer d�coup�, artistiquement tr�s insuffisant.

On restera donc beaucoup plus troubl�s par la d�coration, elle aussi en m�tal d�coup�, de la cl�ture de la propri�t�. M�me si le travail reste toujours aussi simple dans le d�tail, la composition g�n�rale de ces panneaux est r�ellement agr�able. On ne peut s�emp�cher, en les regardant, de penser aux entr�es de m�tro, mais dans un style plus �campagnard�. Malheureusement, Guimard n�aurait jamais voulu, entre ces panneaux, des piliers en pierre aussi sommaires.
Toutes ces petites insuffisances d�invention conduisent � lui refuser, sans �tat d��me, ces trois cr�ations historiquement int�ressantes, ou plus imm�diatement amusantes. L�une d�entre elles, au moins, n�est d�finitivement plus en cause. Elles ont au moins l�int�r�t de montrer que les grands architectes parisiens ont �videmment �t� regard�s, admir�s, et parfois tr�s imparfaitement imit�s. Quand ils le furent v�ritablement...