
Deux projets assez contradictoires ont jalonn� l�histoire de cet imposant �difice, connu � son �poque sous le nom d�H�tel Merc�d�s. La plus ancienne demande de permis, publi�e le 19 d�cembre 1902, concernait un �difice de sept �tages, con�u par l�architecte Georges Chedanne pour lui-m�me. L�autorisation fut accord�e d�s le 25 f�vrier suivant. Pourtant, le 29 novembre 1905, une autre demande �manait de la Compagnie d'assurances g�n�rales, pour un immeuble beaucoup plus petit, de seulement quatre �tages, et pour la m�me parcelle. C�est pourtant bien une construction de sept niveaux sur rez-de-chauss�e qui fut effectivement construite, � vocation d�h�tel de voyageurs, fonction qu�il a perdu depuis longtemps.
Chedanne est un architecte d�autant plus int�ressant qu�il remporta le Prix de Rome en 1887. Une carri�re acad�mique �tait donc d�embl�e toute trac�e pour lui ; il s�adonna pourtant maintes fois � l�Art Nouveau, s�y r�v�lant g�n�ralement comme un cr�ateur de bon aloi, distingu� et sobre, sachant parfaitement adapter ses d�sirs �modernes� � une tradition parfaitement assimil�e. C�est ainsi qu�il construisit la nouvelle ambassade de France � Vienne, dans un classicisme teint� de gr�ces contemporaines, jolie d�monstration du savoir-faire et de l��l�gance fran�aises, mais presque inconvenante dans le fief de la Secession autrichienne.



L�h�tel Merc�d�s fut construit sur un principe identique, et avec une partie de la m�me �quipe de collaborateurs : enti�rement en pierre de taille, il se caract�rise par un agencement tr�s sage, parfaitement adapt� � la taille impressionnante de l��difice, qui se d�veloppe sur trois rues : l�avenue Kl�ber, la rue de Presbourg et la rue Lauriston.
N�anmoins, quelques avanc�es permettent une agr�able ondulation des fa�ades, dont l�aust�rit� g�n�rale se trouve ainsi judicieusement anim�e, et de jolies toitures en ombrelles apportent une tr�s divertissante vari�t� aux parties hautes, o� l�architecte a concentr� l�essentiel de son all�geance au Modern Style. Car les ouvertures n�offrent aucun caract�re particulier, tout comme la marquise qui ornait autrefois l�entr�e principale, sur la rue de Presbourg, et qu�on peut apercevoir sur quelques cartes postales anciennes. Si les ferronneries des garde-corps appartiennent bien au monde de l�Art Nouveau, elles sont d�une remarquable �l�gance, originales mais sans �tre jamais excentriques. Dans les environs de la place de l�Etoile, on ne pouvait pas construire n�importe quoi !

Gr�ce � la collaboration de trois sculpteurs, Boutry, Sicard et Gasq - ce dernier ayant r�guli�rement travaill� pour Chedanne -, l�immeuble propose une d�coration sculpt�e � la fois discr�te et plaisamment originale. Discr�te, car elle est limit�e � l�ornementation de corbeaux et de cl�s de vo�te ; originale, puisque tous ces reliefs sont consacr�s au sport automobile et aux conducteurs de ces machines alors tr�s nouvelles. Ainsi pouvons-nous admirer tout l�attirail de lunettes, chapeaux, casquettes et autres �charpes dont les automobilistes devaient s��quiper pour conduire leurs �tranges bolides. Ceci nous offre une v�ritable galerie de portraits savoureux, dont plusieurs de femmes - toujours �l�gantes malgr� leurs tenues contraignantes -, et d�amusantes petites sc�nes de genre, comme d�autant de petits reportages sur une fa�on de conduire aujourd�hui �videmment r�volue.
Sans doute l�h�tel n��tait-il pas destin� � la client�le encore tr�s peu importante des amateurs d�automobiles. Mais son d�cor sculpt� essayait d�imposer une image moderne, tr�s �vocatrice de progr�s et, par voie de cons�quence, de confort.