
Andr� Arfvidson n�est absolument pas un architecte Art Nouveau. Mais, comme pour certains autres confr�res, une commande bien sp�cifique lui donna l�occasion de briller, tardivement, dans le style � la mode. Pour lui, l�opportunit� vint d�un immeuble d�ateliers d�artistes, d�sir� par M. Br�al, qui en fit publier la demande de permis le 15 f�vrier 1910. Arfvidson devait y trouver, non seulement un joli succ�s m�diatique dans la presse sp�cialis�e, mais �galement une prime au Concours de Fa�ades de la ville de Paris.



Pourtant, d�un point de vue purement architectural, son travail est d�un traditionalisme que rien ne vient perturber, ni dans les lignes, ni dans les volumes. Sans le magnifique rev�tement en gr�s Bigot, cet �difice passerait probablement tr�s inaper�u, malgr� une destination originale qui rend toujours int�ressant ce genre de constructions.
Alexandre Bigot, en dehors de la d�coration des deux occuli qui surmontent les portes d�entr�e, s�est limit� � des panneaux g�om�triques tr�s abstraits, qui pourraient d�j� donner l�illusion d�un chef-d��uvre de l�Art D�co ; mais des carreaux - orn�s de fleurettes ou de grosses roses encore en boutons - y apparaissent, trahissant parfaitement l��poque de leur cr�ation. Ailleurs, ces carreaux sont monochromes, agr�ment�s d�un sobre motif incis� en forme de p�tales, ou d�cor�s de grosses perles �cras�es, telles qu�on pouvait d�j� en voir chez Perret, rue Franklin.


Mais l�int�r�t de la rue Campagne-Premi�re est double car, derri�re la fa�ade principale, une surprise attend le curieux attentif sur l�arri�re de l��difice, au 24-27, passage d�Enfer. Sur cette impasse, assez exceptionnellement large, l��uvre d�Arfvidson prend alors l�aspect de quatre petites maisons, avec des fen�tres en encorbellement. Tout � coup, nous nous retrouvons dans une ambiance incroyablement hollandaise et seuls les gr�s de Bigot - sa signature figure enfin sur le balcon d�une fen�tre - permettent de faire le lien avec l�autre c�t� de l�immeuble. On y retrouve les carreaux monochromes, les perles �cras�es, mais aussi un autre motif en spirale qui fut un des grands succ�s du catalogue du c�ramiste. Nulle part, encore une fois, on ne trouve une ligne courbe ou un petit motif sculpt� en coup-de-fouet qui pourraient signaler une architecture typiquement 1900. Au recto comme au verso, Arfvidson se refusa ainsi d��tre un architecte moderne - m�me s�il se montra malgr� tout tr�s original sur ce chantier -, laissant � son d�corateur le soin de donner une note contemporaine � son travail, une animation color�e, et une certaine diversit� dans le d�tail.