
Puisque O. P. m�a envoy� des images de plusieurs �difices de Dunkerque, tous plus int�ressants les uns que les autres, restons donc dans cette ville o� l�Art Nouveau s�est d�velopp� d�une fa�on assez extraordinaire, principalement dans le quartier plus baln�aire de Malo-les-Bains.
La maison Ringot est une construction vraiment �tonnante, joyeuse et inventive, couverte d�une multitude de petits motifs charmants, parmi lesquels on distinguera des bustes de jeunes femmes, au-dessus des deux fen�tres du rez-de-chauss�e, des animaux, sur les tympans de celles du premier �tage, et partout ailleurs des plantes envahissantes, principalement des roses et des tournesols.

Le style g�n�ral de l��difice est n�o-gothique, mais les d�tails sont plut�t d�inspiration baroque, relevant de ce �style nouille� qui reste encore quelque chose de tr�s surprenant et d�extraordinairement divertissant.
Le balcon du premier �tage, paraissant sorti tout droit d�une sc�ne de �Rom�o et Juliette�, est un motif d�une gr�ce �l�gante, mais qui n�aurait jamais pu �tre construit au moyen �ge, ni m�me au XVIIe si�cle. Il n�est que fantaisie, caprice, d�cor, comme l�essentiel des surprenantes sculptures de cette fa�ade.

Les auteurs de cette curiosit� ont pour nom : Ringot. L�un �tait entrepreneur et l�initiale de son pr�nom �tait �E.� ; l�autre �tait sculpteur et se pr�nommait Maurice. Il semble �videmment probable que les deux hommes appartenaient � la m�me famille et que la maison fut construite pour l�un d�entre eux. L�importance du d�cor semble sugg�rer que ce fut pour le sculpteur lui-m�me, qui en con�ut peut-�tre aussi le plan.

La fa�ade �tait-elle polychrome � l�origine ? S�il est vrai que les rehauts de jaune qu�on y voit aujourd�hui permettent de souligner quelques jolis d�tails, cette coloration semble pour le moins excessive, accentuant le caract�re tout de m�me un peu �kitsch� du d�cor. Pour ma part, je doute que les fleurs, les visages - et m�me quelques oiseaux isol�s - aient pu avoir �t� teint�s � l��poque de la construction. On peut imaginer que certaines lignes d�architecture avaient pu �tre alors l�g�rement soulign�es, mais sans toutefois pousser trop loin une polychromie qui, � l�heure actuelle, ressemble presque � un �coloriage�. Il n�en reste pas moins que le r�sultat est singulier, amusant, surprenant, m�me s�il semble peu conforme aux intentions originelles des Ringot.
La porte d�entr�e et sa fen�tre adjacente font l�objet d�un joli traitement, notamment au niveau du travail de ferronnerie. C�est dans le soubassement du balcon, qui sert aussi d�auvent � l�entr�e de la maison, qu�on trouve les signatures des auteurs de l��difice.

Maurice Ringot a collabor� � plusieurs monuments publics de Dunkerque. Celui qu�il r�alisa pour le Cinquantenaire de Rosenda�l - nom d�un autre quartier de Dunkerque - aurait pu dispara�tre si on n�avait pas eu la bonne id�e de lui trouver un nouvel emplacement. En effet, construit en 1909 par l�architecte Arthur Gontier, il avait alors �t� install� devant l��glise Notre-Dame-de-l�Assomption. En 1921, on d�pla�a cette singuli�re p�tisserie sur la place Voltaire, un peu plus au nord.