Entr�acte n�24 : rue Vanderschrick (Bruxelles - Belgique)


J�avoue avoir une particuli�re affection pour Ernest Bl�rot (1870-1957), architecte bruxellois particuli�rement prolifique, et dont quelques-unes des �uvres les plus singuli�res ont �t� construites dans des quartiers alors tr�s populaires, notamment autour de la rue Vanderschrick, o� sa signature, aussi belle et voyante que celle de Gustave Strauven (1), se retrouve de maison en maison...

Le charme de ce cr�ateur est peut-�tre d�avoir su faire feu de tout bois, prenant � tout le monde des traits de leur style pour forger le sien, prot�iforme, changeant, r�p�titif ou parfois m�me totalement unique. J�en veux pour preuve sa maison personnelle de la rue Vilain-XIV, qui fut scandaleusement d�truite, et dont le volume important �tait singularis� par d�imposantes ferronneries florales (qui, elles, ont �t� partiellement conserv�es...).
Dans son travail, on retrouve la finesse du travail de la pierre de Horta - auquel il emprunta la forme de certains ornements -, le go�t de Hankar pour les sgraffites, l�outrance de Strauven dans le travail du m�tal. Surtout, on remarque dans ses maisons des habitudes de d�coration - notamment une sorte de linteau en forme d�enseigne, destin� � recevoir un sgraffite -, auxquelles il apportait les infimes variations susceptibles d�individualiser chaque b�timent. La couleur, la nature m�me des ornements, ach�vent toujours d�apporter une note singuli�re � ses �uvres.
Je serais bien incapable de tracer un itin�raire id�al pour ceux qui voudraient aller � la rencontre de Bl�rot. Son �uvre est beaucoup trop abondant ! Mais au moins puis-je signaler quelques b�timents - presque au hasard -, � partir desquels on pourra ensuite aller, presque � l�aveuglette : un Bl�rot en cache toujours un autre (du moins n�y en a-t-il jamais un autre bien loin !).

La rue Vanderschrick est certainement un bel exemple de son habilet� � varier une formule, presque � l�infini. En inversant l�agencement des divers �l�ments (balcons, encorbellements ferm�s), en alternant les �l�ments peints et vitr�s, en jouant sur les couleurs et l�importance des ferronneries, il sut r�aliser des �difices singuliers � partir du m�me principe, sinon d�un plan identique. La qualit� et la vari�t� des sgraffites apportent un suppl�ment non n�gligeable � certaines de ces maisons, notamment lorsqu�il y d�ploie un ravissant coucher de soleil.

Ces maisons datent des ann�es 1900-1904, pour l�essentiel. Gr�ce aux mill�simes soigneusement grav�s par l�architecte � c�t� de sa signature, on peut pratiquement suivre la construction de la rue, d�ann�e en ann�e. La plus imposante de ces constructions forme un angle avec une autre rue, et un joli restaurant (de 1902) en occupe le rez-de-chauss�e. Dans l�ornementation de la pierre de fa�ade, Bl�rot a r�alis� des variations sur plusieurs motifs de Horta, notamment d�une palmette � la rare �l�gance.

La superbe fa�ade du 41, place Mortichar se signale par la beaut� de ses vitraux, par un autre coucher de soleil peint, et une quantit� d�autres d�tails d�coratifs, anguleux ou arrondis, qui rel�vent d�une imagination incroyablement fertile. Pourtant, la lisibilit� de l�ensemble n�est jamais att�nu�e par ces petites coquetteries de d�tail, qui rel�vent du domaine de la fantaisie et de l'invention, mais sans jamais pr�tendre devenir le seul int�r�t de l'architecture.

Ailleurs, au 44 rue Belle-Vue (1899), on savourera l�audacieuse et amusante composition d�une porte d�entr�e - qui �tait d�une courageuse couleur rose, l�ann�e o� je m�y suis rendu ! -, m�lange heureux de bois et de m�tal. Dans ces d�tails - importants car toujours plus imm�diatement visibles -, Bl�rot se montre toujours inventif et virtuose.

La rue Darwin propose, elle aussi, plusieurs �uvres de Bl�rot. Celle du n�15 est sans doute un peu tardive (1905), mais elle pr�sente une sorte de r�sum� de quelques traits d�coratifs de l�architecte : le sgraffite au coucher de soleil, l�arbre sculpt� comme soutien du bow-window, la forme si caract�ristique de ses panneaux de bois ou les circonvolutions � la fois simples et inventives de ses ferronneries. Sur la maison voisine, au n�17, le sgraffite est demeur� inachev�. Son dessin particuli�rement �labor� est donc rest� blanc.

L�architecture de Bl�rot est charmante, souvent inventive, jamais agressive. Elle pourrait parfaitement symboliser l�Art Nouveau bruxellois, complexe dans le d�tail, mais toujours dans une structure clairement lisible. Les ornements restent toujours tr�s graphiques et sentent encore leur planche � dessin. Mais la couleur et l�imbrication des mat�riaux suffisent souvent � enrichir des volumes simples, pour donner, � une population modeste, un habitat original et pittoresque.

(1) Signalons ici un trait singulier de Victor Horta, qui fut l�un des rares architectes Art Nouveau � ne pas... signer ses �difices. Ce qui est peut-�tre un indice pour les identifier !