9 avenue de La Frilli�re (16e arrondissement)


L��cole du Sacr�-C�ur, construite par Hector Guimard pour la �Soci�t� des Immeubles propres � l�Education et � la R�cr�ation de la Jeunesse�, marque, chez l�architecte, la transition entre son �uvre de jeunesse et sa premi�re p�riode Art Nouveau. Le programme - ayant fait l�objet d�une demande de permis publi�e le 12 mars 1895 - �tait un pari int�ressant : construire un ensemble complet, compos� d�une �cole, d�un pavillon d�habitation et d�un b�timent de toilettes, le tout prot�g� derri�re une solide cl�ture. Le commanditaire �tait un des nombreux groupements de catholiques du XVIe arrondissement auquel Guimard �tait li�, soit dans un cadre associatif, soit � titre individuel. L�adresse de cette soci�t� occasionnelle �tait d�ailleurs le 4, rue Corot, qui n��tait autre que celle du presbyt�re de l��glise d�Auteuil o� le jeune homme venait tout juste de r��difier quelques vestiges de la vieille �glise, sous la forme d�un petit �dicule, composite, plut�t laid et d�nu� de tout caract�re particulier, mais fort passionnant comme ciment de l�architecte au sein d�un milieu fortement identifi� (1).
L��cole du Sacr�-C�ur se situe entre les deux voyages � l��tranger entrepris par Guimard, gr�ce la bourse de voyage gagn�e au Salon de la Soci�t� Nationale des Beaux-Arts en 1894, et montre clairement, notamment par rapport au r�cent h�tel Jassed�, construit en 1893 au 41, rue Chardon-Lagache, l�avance importante de sa conqu�te d�un langage parfaitement personnel et original.

L��cole avait d�j� �t� priv�e de ses deux b�timents annexes et de sa cl�ture, lorsqu�un projet immobilier mena�a gravement le b�timent principal, en 1972, soit � peine un an apr�s la premi�re exposition parisienne partiellement consacr�e � l�architecte, et qui avait connu un succ�s tr�s inattendu. Une importante mobilisation m�diatique permit heureusement le classement de l��cole en 1976. L�immeuble d�appartements finalement r�alis� dans le b�timent eut n�anmoins l�audace de se faire appeler �les Colonnes Guimard� pour mieux assurer sa publicit�, profitant de la notori�t� alors grandissante de l�architecte. Mais, si on peut penser que l�int�rieur des salles de classe n�avaient pas eu, en elles-m�mes, un tr�s grand int�r�t artistique, l�escalier principal fut heureusement conserv�. C�est bien l� l�essentiel, n�est-ce pas ?

En d�pit d�une effroyable rampe d�acc�s au garage, d�une v�g�tation envahissante et d�une paroi de verre totalement anachronique, plac�e imm�diatement derri�re les c�l�bres colonnes qui, en 1895, servirent de support � un pr�au, on peut malgr� tout continuer � admirer le tr�s simple mais si singulier �difice de Guimard, principalement construit en briques. Le m�tal r�gne plus largement au niveau du rez-de-chauss�e, sous la forme de colonnes en fonte, soutenant une imposante et tr�s visible poutrelle en fer. Le principe de cet espace ouvert, soutenant tout le reste de l��difice comme des pilotis, avait �t� inspir� � Guimard par un dessin de Viollet-le-Duc pour un projet imaginaire destin� � un usage similaire. Mais le jeune �mule du grand rationaliste se permit de corriger et d�am�liorer l�id�e de son a�n�, en pla�ant ses colonnes inclin�es, non plus dans la profondeur de l��difice - perte de place �vidente -, mais dans le m�me plan que la fa�ade.

Ces �tonnantes cr�ations adoptent un style d�coratif sans aucun �quivalent dans le pass� et peuvent �tre consid�r�es, par l�, comme l�acte fondateur de l�architecture Art Nouveau fran�aise. Guimard s�autorisa aussi l�audacieuse et po�tique id�e de raccourcir la premi�re de ces colonnes, en la faisant reposer sur un �l�ment de ma�onnerie, sur lequel il fit inscrire sa signature et la date de la construction.


(1) Malgr� sa banalit�, ce travail m�ritait-il de dispara�tre en 1988, malgr� de trop timides efforts pour le sauver ? Il n�aurait sans doute pas �t� tr�s difficile de le d�monter, puis de le d�placer, �ventuellement dans un square tout proche. Je donne ici l�image du seul dessin de Guimard qui en soit connu, bien plus flatteur que les m�diocres photographies qui en ont �t� faites. Sur cette esquisse ne figurent pas les �l�ments sculpt�s provenant de l�ancienne �glise d�Auteuil qu�il s�agissait alors de replacer. Au moment de la destruction de cette �fausse ruine�, ils avaient d�ailleurs d�j� disparu depuis longtemps.