142 boulevard Saint-Germain (6e arrondissement)


Il semble que ce soit en 1904 que fut am�nag�, au rez-de-chauss�e d�un immeuble assez banal du boulevard Saint-Germain, le premier bouillon Chartier, aujourd�hui connu sous le nom de Vagenende. Parmi les restaurants Art Nouveau de la capitale, il n�est pas sp�cialement le plus c�l�bre (mais pas le moins connu non plus). Son charme ind�niable lui m�riterait pourtant une notori�t� plus �tendue.
Tout en longueur, mais agr�ment� au fond d�une salle adjacente, cr��e � partir d�une cour int�rieure - comme chez Mollard ou � la Fermette Marbeuf -, il se caract�rise d�embl�e par son atmosph�re de bistrot, domin�e par les couleurs sombres de ses boiseries d�acajou.


Le d�cor, d�une grande homog�n�it�, appara�t assez simple. Ce qui ne veut aucunement dire qu�il est sobre et a�r�. Bien au contraire ! Enserr� dans des ch�ssis de bois, il est principalement compos� de miroirs et ponctu�, � intervalles r�guliers, par de superbes porte-manteaux. Des colonnes en fonte et des compartiments en bois, eux aussi orn�s de porte-manteaux, permettent de cr�er des s�parations entre les lignes de tables et m�nagent ainsi, un peu partout, des espaces plus intimes.

Si la corniche du plafond est joliment soulign�e par des plaquettes �maill�es, pourvues d�un ravissant motif, le bas des boiseries, entre les grands miroirs, portent des panneaux de c�ramique repr�sentant une multitude de petits paysages, dans un style tr�s na�f qui pourra appara�tre maladroit ou amusant, suivant l�humeur. Derri�re les convives, de longues frises de fa�ence, pour leur part, proposent des d�fil�s de fruits tr�s color�s, uniform�ment repr�sent�s devant un fond bleu chatoyant.

La grande salle annexe est d�cor�e d�une fa�on identique, mais son plan plus ouvert la rend certainement plus impressionnante, avec sa kyrielle de paysages pittoresques et son arm�e de porte-manteaux. Elle se signale surtout par sa magnifique verri�re ovale, dont le d�cor floral en verre peint est d�un style 1900 encore plus �vident que partout ailleurs.

Un piano m�canique aux belles portes en verre grav� et des affiches tr�s color�es, vantant les d�lices de quelques boissons r�put�es de l��poque, ach�vent de cr�er une ambiance parfaite pour nous replonger dans l�atmosph�re des restaurants du d�but du XXe si�cle, parfois un peu sombres, au d�cor quelques fois un peu lourd et encombr�, mais o� on se pr�occupait surtout d�intimit� et de convivialit�. La d�cor de Vagenende n�a �videmment pas le raffinement de Julien ou de Lucas-Carton ; il pourra m�me appara�tre comme un peu �rustique�. Mais il correspond �videmment � la client�le qui �tait la sienne d�s l�origine et dont les lieux de divertissement ont pratiquement tous disparu. C�est donc un t�moignage rare et pr�cieux, les �tablissements plus luxueux ayant �t� - au moins pour les plus prestigieux d�entre eux -, g�n�ralement mieux conserv�s.