villa Louvat (14e arrondissement)


La cr�ation de la singuli�re villa Louvat semble s��tre faite en deux temps. Cette aventure commen�a en 1911, avec la construction d�un immeuble assez sobre, au 38, rue Boulard, pour le compte de M. Dubois. Un d�cor floral y appara�t assez modeste, m�me si le d�licieux Camille Garnier, cr�dit� sur la fa�ade, en est l�auteur.

Au d�but de l�ann�e 1913, c�est P. Maxime qui est le commanditaire de la premi�re construction de la villa, l�ensemble d�ateliers d�artistes du n�1, pour lequel il fit publier une demande de permis de construire, le 15 f�vrier. A cette occasion, le passage conduisant � la rue Boulard fut certainement perc�, et le num�ro �38 bis� lui fut attribu�. Ce n�est que le 21 novembre 1913 que l�architecte de cet ensemble, Paul Schroeder, fit publier une derni�re demande de permis, pour l��difice portant le n�2 de la villa, qui n��tait autre que sa maison personnelle.
Si l�immeuble de la rue Boulard ne r�clame pas de commentaire particulier, les constructions de l�impasse sont beaucoup plus remarquables, notamment par la pr�sence de carreaux de gr�s, agenc�s en panneaux ou en frises.

Les ateliers sont ainsi constell�s de petits motifs de couleur brune, floraux mais savoureusement stylis�s, que l�architecte a plac�s comme des ponctuations, sur les ar�tes du bow-window central, au-dessus des grandes verri�res du premier niveau, et surtout autour de l��tonnante porte d�entr�e, orn�e d�une superbe triple fen�tre en imposte. Les carreaux font un peu le m�me effet que sur la fa�ade de la rue Campagne-Premi�re, construite � peu pr�s la m�me �poque, mais avec un c�t� beaucoup plus exotique. On serait m�me tent�s de leur appliquer le mot �assyrien�, tant leur agencement semble appartenir � un pittoresque plus oriental qu�europ�en.

Cette impression est encore plus forte sur la maison personnelle de Schroeder, construite exactement en face des ateliers d�artistes, o� les bandeaux de gr�s semblent plac�s d�une fa�on parfois plus anarchique, formant de longues lignes d�coratives o� chaque carreau, � motif de marrons, apporte le charme de sa petite note de couleur. L�entourage de la porte, beaucoup plus simple qu�en face, est n�anmoins compos� avec soin, notamment dans le m�lange complexe et subtil de carreaux plats et unis et de carreaux en relief.











On ignore l�auteur de ces c�ramiques, m�me si tous les commentateurs s�accordent, depuis vingt ans, � d�signer Gentil et Bourdet comme leurs probables cr�ateurs. Il est certain que cette maison s��tait fait une sp�cialit� dans les pi�ces de petites dimensions, en plus des mosa�ques de gr�s qui ont assur� sa r�putation. Sans doute ont-ils �galement r�alis� les grands panneaux floraux, d�une couleur uniform�ment brune, qui ornent le sommet des murs du passage reliant la villa � la rue Boulard.

Schroeder, dans le reste de son �uvre, n�a pas montr� une telle audace et une modernit� aussi aventureuse. Nous avons d�j� pu remarquer que ses immeubles sont souvent int�ressants, mais sacrifient tr�s volontiers aux gr�ces d�un d�cor amusant et de qualit�, quoique g�n�ralement assez simple, plut�t qu�� de v�ritables exp�riences architecturales ou, comme ici, � de r�elles audaces d�coratives. Dans la villa Louvat, il se montre en effet soudain tr�s novateur, proposant des effets d�coratifs �quivalents � ceux d�Arfvidson dans ces autres ateliers d�artistes de la rue Campagne-Premi�re, et qui, par leur caract�re � la fois industriel et r�p�titif - donc, �conomique -, allaient trouver un �cho important pendant toute la p�riode de l�Art D�co.