59 avenue Raymond-Poincar� (16e arrondissement)


A quelques m�tres l�un de l�autre sont les premiers �difices importants de deux architectes parisiens portant le m�me pr�nom : l�immeuble Bail, de Charles Plumet (1894), dont j�ai d�j� parl� � propos de la rue de Tocqueville, et l�h�tel Pauilhac, de Charles Letrosne, dont la demande de permis de construire remonte au 25 avril 1910. Le premier est une �uvre importante du proto-Art Nouveau ; le second est un chef-d��uvre des derni�res ann�es du style 1900.
Charles Letrosne (1868-1939) est plus sp�cifiquement connu pour ses r�alisations des ann�es 1920 et 1930, puisqu�il fut, entre autres belles choses, l�auteur du fameux �rocher� du zoo de Vincennes. Val-Martin, sa maison personnelle, dans la vall�e de Chevreuse, est un �difice qui m�riterait de figurer parmi les �uvres ma�tresses de l�Art D�co. Il est malheureusement rest� tr�s peu connu. Ayant eu le plaisir de visiter plusieurs fois cette �tonnante demeure, sous la conduite merveilleusement sympathique et enthousiaste de la fille unique de Letrosne, je lui consacrerai certainement un jour un de mes �entr�actes�, ayant eu la chance de la photographier dans son �tat originel.











Malgr� sa date de naissance - il avait � peine un an de moins que Guimard -, cet architecte ne se fit pas beaucoup conna�tre pendant toute la p�riode ant�rieure � la Premi�re Guerre mondiale. Il construisait d�j�, bien entendu, mais assez peu, et dans une tr�s grande discr�tion. Sa carri�re d�buta donc pratiquement avec ce grand h�tel particulier, qui le fit conna�tre tr�s rapidement et apporta un essor fulgurant � son activit�. Il construisit alors l�immeuble de l�avenue Kl�ber, celui de la rue Vaneau, et surtout le temple protestant de Levallois-Perret qui restait encore, dans sa propre famille, l��uvre la plus importante de sa premi�re p�riode, quelques soixante-dix ans apr�s sa construction en 1912.

L�h�tel Pauilhac est d�une �tonnante beaut�, principalement � cause du soin qui fut apport� � tous ses d�tails. Le d�cor v�g�tal de Camille Garnier, d�di� � la branche et � la pomme de pin, est d�une d�licatesse qui ne surprendra pas, de la part d�un sculpteur aussi d�licat. Les ferronneries sont d�une grande originalit� et d�une inspiration tr�s savoureuse. La composition g�n�rale de la fa�ade est tr�s �l�gante, et m�me surprenante, par l�incroyable impression de hauteur qui r�sulte de ses tr�s abruptes toitures, o� trois �tages de combles sont am�nag�s. Apparemment, M. Pauilhac avait une importante domesticit� ! Il avait, surtout, de grandes collections d�armes pour lesquelles il demanda � Letrosne de lui construire une galerie pour les exposer dans l�h�tel.

N�anmoins, l��difice reste assez d�concertant. D�abord parce que, tr�s n�o-gothique d�inspiration, nous le verrions plus volontiers dans une ville comme Nancy, o� de pareilles pinacles se trouvent fr�quemment, et o� la pomme de pin fit l�objet d�un v�ritable culte, en mati�re de d�coration architecturale. Ensuite parce que, � la date de 1911 - inscrite sur la fa�ade -, l�Art Nouveau avait presque d�finitivement rejet� cette influence m�di�vale, au profit d�un classicisme, tr�s largement g�n�ralis� autour de 1910. Mais, peut-�tre Letrosne s��tait-il inspir� d�une autre �uvre de Charles Plumet, �difi�e en 1898-1899 pour M. Schaffner, un peu plus loin dans la m�me rue, � l�angle de l�avenue Foch. Cet h�tel, malheureusement aujourd�hui d�truit, avait �t� un absolu chef-d��uvre de l�Art Nouveau gothique, et d�autant plus remarquable que Bigot y avait apport� son concours, avec des gr�s flamm�s d�une �tonnante couleur jaune.
Letrosne, par la suite, sembla quelque peu oublier l�h�tel de l�actuelle avenue Raymond-Poincar�, qui faisait encore partie, � son �poque, de l�avenue Malakoff. Il ne voulut plus se souvenir, dans le XVIe arrondissement, que de son immeuble de l�avenue Kl�ber. Nous verrons, en effet, que cet autre �difice, tout en appartenant encore � l�Art Nouveau, annonce d�j� le style de l�apr�s-guerre, qui correspondait beaucoup mieux � sa personnalit�. En une ann�e, il �tait donc pass� d�une architecture magnifique, mais quelque peu r�trograde, � un projet beaucoup plus novateur o� son v�ritable style se reconna�t beaucoup mieux.