
Nous avons d�j� pu admirer un immeuble construit par Edouard Bauhain (1864-1930) et Raymond Barbaud (1860-1927), dans la discr�te rue Lalo, dans le XVIe arrondissement. Mais j�avais dit alors que, malgr� ses qualit�s, r�elles, il ne figurait probablement pas parmi les chefs-d��uvre de ce sympathique duo d�architectes.
L�immeuble du Syndicat de l�Epicerie fran�aise, au contraire, est un �difice important, tant par son emplacement sur une belle art�re du centre de Paris - il se retrouve aujourd�hui presque en face du Centre Georges-Pompidou - que par son statut insolite : une maison syndicale.
Barbaud et Bauhain semblent avoir eu, pendant quelques temps, les faveurs de la revue �L�Art d�coratif�, puisque Edmond Uhry leur consacra un article en avril 1904, pour cet immeuble-ci, puis en septembre de la m�me ann�e, pour leur bel �difice de l�avenue Victor-Hugo. En octobre 1905 fut �galement pr�sent�e leur d�coration, aujourd�hui disparue, de la brasserie Cad�ac, place du Ch�telet. Cette fid�lit� appara�t d�autant plus admirable que la revue n��tait pas sp�cialis�e en architecture, traitant de tous les domaines artistiques contemporains. On notera pourtant que la publication du Syndicat de l�Epicerie fut bien tardive, puisque la demande de permis fut publi�e le 18 juin 1900, et l��difice sign� en 1901. L�article de 1904 r�parait donc tr�s certainement un oubli, peut-�tre consid�r� comme une injustice.


Mais le relatif silence fait autour de cet immeuble trouve une nouvelle fois sa justification dans le caract�re assez ouvertement germanique de son d�cor, ici bien plus affirm� que rue Lalo, avec ses grosses t�tes, superbes et impassibles, ses grands cartouches aux encadrements richement fleuris, les larges arches de son rez-de-chauss�e, �voquant les nombreuses gares alors construites dans tout l�empire austro-hongrois.


Il est assez difficile de bien appr�cier la fa�ade de cet immeuble, tant la circulation est dense sur la rue du Renard. On en est donc r�duits � la regarder du trottoir d�en face, ou de se tordre le cou pour apercevoir tous ses d�tails sculpt�s. Mais ceux-ci m�ritent vraiment un petit effort. L�incontournable J. Rispal, collaborateur r�gulier des deux architectes, est l�auteur de l�ensemble de cette ornementation figur�e, tant les t�tes monumentales qui couronnent les forts piliers que les quatre Saisons, qui surmontent deux fen�tres du 1er �tage. En frontispice, j�ai choisi le gracieux d�tail de l�Automne ; on trouvera le Printemps et l�Et� sur une autre de mes images. Tout cela est remarquablement ex�cut�, avec une extraordinaire finesse. Portes et ferronneries ne sont pas en reste, merveilleusement originales. Il est � peu pr�s certain que les contemporains ont vu cet �difice, tr�s singulier et apparu � une �poque encore pr�coce, et en ont mesur� toutes les propositions plastiques. Mais le rejet de tout germanisme n�a �videmment pas contribu� � faire de cet immeuble un mod�le tr�s largement suivi. Un petit courant Jungenstil a pourtant bien failli exister � Paris, mais on lui pr�f�ra d�embl�e un style plus latin, teint� de gothique ou de classicisme, plus fantaisiste, plus �canaille�. Les formes amples et massives de Barbaud et Bauhain, finalement, ne connurent pas vraiment de succ�s... et ils furent les principaux repr�sentants de cet Art Nouveau rare et atypique, qu�ils persist�rent � d�fendre dans la plupart de leurs constructions.

L��difice n�abrite plus le Syndicat de l�Epicerie fran�aise, depuis peu, comme me l'a signal� un gentil correspondant du blog. On y trouve aujourd�hui le �Th��tre du Renard�. Il ne poss�de donc probablement plus sa salle de r�union d�origine, assez sobre, mais d�une assez belle apparence. Edmond Uhry eut au moins la bonne id�e d�en publier une photographie dans son article de 1904.

J'avais omis, en r�digeant cet article, de signaler une particularit� singuli�re de ce b�timent, � savoir qu'il �tait en grand partie con�u comme un immeuble de rapport, le Syndicat n'occupant que les niveaux inf�rieurs. "La Construction moderne", � l'occasion de l'article qu'elle consacra � cet ouvrage, eut la tr�s bonne id�e de publier le dessin d'une belle chemin�e d'appartement, tr�s certainement con�ue en collaboration avec Rispal. Je corrige donc cette impr�cision en ajoutant cet �l�ment de d�cor, tr�s �l�gant et d'une grande puret� de ligne.