
Il y a bien longtemps que je n�ai pas parl� de Henri Sauvage et de Charles Sarazin, figures pourtant majeurs de l�Art Nouveau parisien. Pour combler cette lacune, et en attendant mon dossier sur leur passionnante s�rie d�immeubles populaires, parlons donc de la �Galerie Argentine�, �tonnante chose de verre et de fer en plein milieu d�une des rues les plus �l�gantes de Paris.

On se croirait, en effet, en plein XXe arrondissement, tant la fa�ade d�tonne, au milieu des immeubles cossus qui l�entourent, si rassurants dans leur enveloppe de pierre de taille. Brique rouge et m�tal apparent en constituent les mat�riaux principaux, et sa sage sym�trie est joliment perturb�e par deux bow-windows, rem�de �videmment tr�s efficace contre la monotonie architecturale. L�entr�e de la galerie proprement dite - on aura d�embl�e compris qu�elle s�ouvre au milieu d�un immeuble - est marqu�e par les deux puissants piliers m�talliques qui soutiennent les bow-windows, et que les architectes ont orn� de ravissantes volutes. Celles-ci nous assurent que nous sommes bien dans le domaine de l�Art Nouveau. Le dernier �tage, pour sa part, est une galerie ouverte, sur toute la largeur de l��difice. Vari�t�, discr�tion, originalit� : voil� une petite galerie sans pr�tention, mais d�une r�elle invention !


A l�int�rieur, nous trouvons tout ce qui fait le charme des galeries marchandes : un vaisseau de verre, scand� par une structure m�tallique, d�autant plus �l�gante que ses proportions modestes lui donnent un caract�re presque intime. Mais il ne s�agit en rien d�un banal passage, sagement rectiligne : au niveau de la galerie du premier �tage, qui propose un second niveau de commerces, Sauvage et Sarazin ont m�nag� des sortes de balcons, au-dessus de l�entr�e, puis ils ont �largi le fond de la galerie, gr�ce � un appendice �clair� par une verri�re carr�e.

Le d�tail du m�tal est absolument remarquable. Mais on ne s�y trompera pas : sa constante simplicit� est tr�s savamment calcul�e. L�Art Nouveau ne s�y montre que par de discrets d�tails : quelques volutes tr�s sobres, rappel �vident de celles des grands piliers de la fa�ade, servent � orner les consoles joliment ondul�es qui soutiennent le promenoir int�rieur.
L��difice fut command� par Mayol de S�nillosa, qui publia sa demande de permis de construire le 7 novembre 1904. Cette d�marche administrative, et le dossier de voirie conserv� aux Archives de Paris, apportent donc la preuve de la paternit� indiscutable de Sauvage et de Sarazin, puisque ceux-ci ont totalement n�glig� de signer leur ouvrage.