Rue de Rivoli, rue du Pont-Neuf, rue de la Monnaie, rue de l�Arbre-Sec et rue Baillet (1er arrondissement)


Il n�est pas tr�s difficile de l�imaginer : l�histoire des magasins de la Samaritaine a �t� compliqu�e. D�abord parce qu�elle remonte, pour ce qui nous int�resse, � l�ann�e 1891, et ne se termina qu�apr�s la Premi�re Guerre mondiale ; ensuite parce que Cognacq, devant le succ�s toujours grandissant de son entreprise, engagea r�guli�rement Frantz Jourdain, son architecte, � concevoir de nouveaux �difices, � les agrandir ou � les modifier. Il en vint m�me � lui commander, en 1914, une nouvelle annexe sur le boulevard des Capucines, connue sous le nom de �Samaritaine de Luxe�.
L�aventure commen�a au 5 rue Baillet. Le 21 mars 1891, Cognacq fit une demande de permis pour un premier �difice. Jourdain �tait d�j� son architecte depuis plus d�un an, ayant dessin�, pendant l��t� 1890, les communs de son h�tel particulier du 65, avenue du Bois-de-Boulogne (l�avenue Foch actuelle). Quelques temps plus tard, le 19 ao�t 1895, une nouvelle demande fut publi�e, afin de sur�lever le 17 rue de la Monnaie, puis une autre, le 2 d�cembre 1899, relative � l�agrandissement du b�timent situ� entre les rues du Pont-Neuf et de la Monnaie. Les 12 ao�t 1901 et 23 d�cembre 1903, de nouvelles sur�l�vations furent demand�es, toujours dans ces m�mes b�timents, tous situ�s entre la rue de Rivoli et le quai de Seine.
Mais la Samaritaine, telle que nous la connaissons, naquit v�ritablement le 5 f�vrier 1904, date d�une demande de permis pour un �difice compl�tement neuf, moderne, digne d�une entreprise extraordinairement florissante. Pourtant, le 22 f�vrier, Cognacq projettait encore de sur�l�ver le 22, rue de l�Arbre-Sec, puis, le 12 ao�t suivant, de construire des hangars et des magasins. Le 31, rue des Bourdonnais, fut sur�lev� � partir du 18 ao�t 1905.
Le second magasin de la Samaritaine naquit en 1908 : le 7 d�cembre, la demande de permis fut publi�e, pour une parcelle situ�e entre la rue de l�Arbre-Sec, la rue Baillet et la rue de la Monnaie.












Comme Boileau l�avait jamais fait au Bon March�, Frantz Jourdain employa des mat�riaux fonctionnels et modernes, principalement le m�tal et le verre. L�occasion fut pour lui id�ale de s�engager enfin personnellement dans l�aventure de l�Art Nouveau, qu�il avait suivie et d�fendue sans y avoir encore vraiment particip�. Il dessina ainsi de magnifiques tourelles m�talliques et d�abondants ornements de fa�ade, d�une rare complexit� graphique. Malheureusement, toutes ces excroissances ont �t� d�truites sans �motion, lorsque Henri Sauvage modernisa les b�timents apr�s la guerre -en partie en collaboration avec Jourdain lui-m�me -, nouveau signe du d�sir de l�entreprise d��tre toujours au go�t du jour. Les jolis panneaux de lave �maill�e, tr�s vivement color�s, qui �taient charg�s d��gailler de longs alignements dans des rues �troites et sombres, furent alors recouverts d�un �pais badigeon uniforme. Seule l�immense enseigne en mosa�que du magasin initiale, dessin�e par Eug�ne Grasset, c�l�bre peintre et affichiste, continua � t�moigner d�une splendeur pass�e, et d�finitivement disparue pour l�essentiel. Les panneaux de lave n�ont �t� retrouv�s que r�cemment, � la suite d�une spectaculaire et exp�ditive restauration, mais tr�s imparfaitement respectueuse d�un mat�riau tr�s fragile.

A l��poque de la construction de la Samaritaine, l�Art Nouveau �tait d�j� d�clinant. Et l�arriv�e de Jourdain sur la sc�ne d�une architecture moderne n�allait rien y changer. Sans faire le proc�s d�un �difice enfin en conformit� avec les id�es qu�il d�fendait depuis plus de dix ans, on pourra au moins dire qu�il lui �tait relativement facile d�entrer dans la modernit� avec un grand magasin. Ces b�timents commerciaux, depuis longtemps, savaient attirer le client en excitant son regard. Et, surtout, sans emp�cher leurs architectes de continuer � construire des pastiches de ch�teaux de la Loire ou des h�tels particuliers de style Louis XV pour la bourgeoisie d�affaires.