
L��l�gant et �troit immeuble de l�avenue Parmentier est l�ultime implication de Xavier Sch�llkopf dans le monde de l�habitat populaire, auquel il s��tait int�ress� d�s 1898 et pour lequel il connut une certaine notori�t� dans la presse de l��poque. Il permet de penser que la carri�re de ce cr�ateur singulier ne s�est pas s��tre d�roul�e de fa�on parfaitement r�guli�re, pouvant le conduire � passer d�un h�tel particulier fastueux � des constructions ouvri�res, puis � revenir � une architecture bourgeoise avant de retourner dans les quartiers plus humbles de la capitale.


L��difice pr�sent t�moigne de cette tr�s capricieuse diversit� de son travail... et de la confusion qui pourrait en r�sulter. Car l��difice, visiblement destin� � une population modeste, singe avec un certain humour la belle architecture �clectique, pastichant m�me le propre immeuble qu�il avait �lev� au 29, boulevard de Courcelles, en 1901-1902. D�s la sortie de la station �Parmentier� du m�tropolitain, on est saisi par la silhouette de gu�pe de la fa�ade d�angle, o� ne se distingue v�ritablement que la fen�tre du comble, fortement galb�e. Cette impression d��l�gance et de gr�ce se confirme sur l�avenue Parmentier (car on oubliera la fa�ade arri�re, o� Sch�llkopf n�a rien fait pour enrichir les ouvertures des pi�ces de service) : les deux bow-windows y sont pareillement d�cor�s, mais en imitant ouvertement l�architecture de l��poque Louis XV. Tr�s simplement, ou volontairement �trop� simplement. En effet, l�originalit� de l�artiste vient d�une d�coration minimaliste cherchant � �voquer les meilleurs mod�les du XVIIIe si�cle, au moyen d�une grosse fleur stylis�e, entre deux sobres enroulements parfaitement Art Nouveau. Ailleurs, d�autres r�surgences du style Rocaille, m�tin�es de pures inflexions 1900, apportent, avec le minimum de moyens, un enrichissement d�coratif apparemment amplement n�cessaire.


Malgr� la destination populaire de l�immeuble, il a �t� enti�rement con�u en belle pierre de taille, et ses deux premiers �tages ont m�me �t� agr�ment�s d�une surface bouchard�e, o� les signatures de l�architecte et de l�entrepreneur apparaissent comme incrust�es dans de faux cartouches.
Car cet entrepreneur a fi�rement sign� cette fa�ade, � �galit� avec l�architecte : �L. Rouffet / entrepreneur�. En retrouvant la publication de la demande de permis de construire, � la date du 17 avril 1908, il n�est pas difficile de d�duire que cet entrepreneur �tait �galement le propri�taire de l��difice. Il y est en effet mentionn�, avec son adresse : �Rouffet, 90 avenue Parmentier�. Il s��tait donc d�clar� comme habitant sur la parcelle. Sans doute y faisait-il remplacer la construction plus modeste qu�il habitait jusqu�ici puisque, dans les m�mes demandes de permis, on retrouve en 1881, � propos d�un b�timent de rapport projet� au 4, rue Castex, dans le IVe arrondissement, un certain �Rouffet, entrepreneur, 90 avenue Parmentier� qui en �tait aussi propri�taire. On peut imaginer que Sch�llkopf ne travailla pas forc�ment pour la m�me personne, et peut-�tre plus logiquement pour un parent plus jeune, mais il est certain qu�� cette adresse, avant 1908, vivait une v�ritable famille d�entrepreneurs de travaux publics.


La porte d�entr�e nous conforte dans l�id�e que la d�coration toute enti�re de cet immeuble doit �tre consid�r�e comme un d�licieux canular, ou une critique amus�e de l�architecture traditionnelle, par son caract�re volontairement impersonnel, tant dans la porte elle-m�me que dans ses ferronneries ou son chambranle. Elle ouvre n�anmoins sur un charmant petit vestibule, o� un Art Nouveau tr�s simple reprend soudain ses droits, tant dans la d�coration de l�entr�e de la conciergerie que la d�licieuse ornementation florale du plafonnier, m�me si son ampoule n�est plus prot�g�e par le moindre globe de verre, probablement cass� et disparu depuis longtemps.