
Malgr� sa date tardive, l�immeuble de l�avenue Raymond-Poincar� pouvait �tre consid�r� comme l�unique �difice totalement Art Nouveau de Charles Letrosne. Si l��poque l�invita � adh�rer � une esth�tique d�j� contest�e, mais toujours consid�r�e comme novatrice, ce protestant convaincu se contenta alors simplement d�attendre son heure, l�Art D�co - dont il fut un brillant repr�sentant, trop mal reconnu - devant se r�v�ler plus conforme � son esprit clair, son art simple et a�r�.
En 1911, il re�ut pourtant une nouvelle commande importante, d�un immeuble pour le compte de M. Berg�s. On trouve la publication de la demande de permis de construire � la date du 31 octobre.


L�architecte composa un immeuble presque enti�rement en briques d�une belle couleur orang�e, d�tonnant sur la blancheur g�n�rale de cette grande avenue passablement ennuyeuse, �mergeant d�un puissant massif en pierre de taille. Mais la plus importante fa�ade se d�veloppe le long d�une �troite impasse toujours rest�e sans d�nomination. Letrosne parvint � animer cette immense muraille en jouant brillamment avec les nombreuses ouvertures, ainsi qu�avec les dimensions vari�es des diff�rents balcons. Au rez-de-chauss�e, les fen�tres arrondies se succ�dent irr�guli�rement, en se r�tr�cissant � mesure qu�elles s�enfoncent dans la ruelle.
La sobri�t� aurait pu �tre totalement au rendez-vous d�un architecte indiff�rent aux effets d�coratifs trop faciles. Le dessin de sa fa�ade, conserv� aux Archives de Paris, montre qu�il avait d�abord imagin� ses deux premiers �tages totalement d�nu�s d�ornements, ne r�servant l�agr�ment de la sculpture d�corative qu�aux deux derniers niveaux. Il avait �galement voulu am�nager un atelier d�artiste � l�int�rieur de la haute toiture, �l�ment r�curent de sa premi�re p�riode. Mais il semble avoir chang� d�avis au moment du chantier, car cet atelier n�existe pas (ou plus ?) aujourd�hui.

Pour souligner la verticalit� de cette imposante construction, Letrosne imagina un magnifique arrondi pour la grande fen�tre du dernier �tage, surmont� d�une toiture pointue, qui donne � l�ensemble l�aspect presque souriant d�une sorte de petit ch�teau.

Le sculpteur de l�avenue Kl�ber n�a pas inscrit son nom sur la fa�ade. Mais la qualit� du travail semble pouvoir l�attribuer � Camille Garnier, le tr�s gracieux artiste qui avait pr�c�demment collabor� � l�immeuble de l�avenue Raymond-Poincar� (1). En d�pit de l�importance des surfaces � d�corer, il se limita au motif du coing, qui appara�t en lignes, en grappes ou en arceaux, alors que le dessin original semblait plut�t opter pour des feuillages facilement couvrant, probablement du lierre. Le d�cor finalement r�alis� se conforme malgr� tout � l�effet de tapis que d�sirait l�architecte, accrochant massivement la lumi�re du soleil.

Au bout de la parcelle, un �trange mur ajour� reprend le motif arrondi de la grande fen�tre principale de la fa�ade sur l�avenue, enrichi d�une jolie guirlande de coings, seule incontestable concession � la gr�ce Modern Style de l��poque.
(1) Garnier travailla encore avec Charles Letrosne pour le beau, mais tr�s paradoxal, immeuble du 5, rue Vaneau, achev� en 1915. Je dis bien �paradoxal� car cette �uvre infiniment s�duisante est probablement la plus �tonnante concession de l�architecte � la frivolit� 1900, � une �poque o� celle-ci n�existait d�finitivement plus.