
Voici encore un architecte rare ! En effet, Jacques Muscat n�a dessin� qu�une petite poign�e de projets, deux dans le XVIIe arrondissement, un dans le VIIe - le bien acad�mique immeuble du 45, rue de Bellechasse, qui lui permit de remporter une prime au concours de fa�ades de 1902 -, un dans le XXe (en association avec Scholack), et celui-ci, probablement son �uvre la plus importante, puisqu�il en �tait aussi propri�taire. Ces b�timents sont �t� con�us pendant une tr�s courte p�riode, entre 1902 et 1904, ce qui indiquerait peut-�tre que Muscat eut sans doute une activit� plus importante en banlieue ou en province, ou qu�il mourut pr�matur�ment.

Au moment de la publication de la demande de permis, la rue Auguste-Bartholdi n�avait pas encore de nom. La parcelle fut donc d�sign�e d�une fa�on tr�s provisoire : �6-8 rue nouvelle (entre le boulevard de Grenelle et la place Dupleix)�. Elle fait �tat de deux immeubles de six �tages, qui correspondent aujourd'hui aux num�ros 8 et 10. Mais, en visitant la rue pour la premi�re fois il y a quelques jours, le second �difice n'a gu�re attir� mon regard, signe qu'il devait �tre d'un style beaucoup moins original.
Ceci est bien probable, car l�Art Nouveau, sur cette �tonnante construction, tient principalement au travail du sculpteur ornemaniste, P. Vaast. Ne nous attachons pas beaucoup � la d�coration des impostes de fen�tres, ou m�me de la porte d�entr�e : le r�sultat y est modeste, sinon presque insignifiant.
En fait, tout l�attrait de l�immeuble est concentr� sur un v�ritable encadrement v�g�tal, r�alis� autour des six fen�tres centrales, en l�g�re saillie par rapport au plan de la fa�ade. Les peintres encadrent bien leurs tableaux ; pourquoi les architectes n�en feraient-ils pas de m�me avec leurs maisons ?

Dans la partie haute, Vaast s�est content� de r�aliser une importante frises de grappes de raisins. Sans doute doit-on y voir une sorte d�allusion � peine d�guis�e au nom m�me du propri�taire-architecte. Mais la vigne qui les supporte �voque plus volontiers un arbre v�ritable, dont les branchages se d�veloppent au sommet des angles d�une fa�on fort peu naturaliste, mais avec un joli effet d�coratif. Ainsi, tout le long de chaque c�t� du l�ger bow-window, s��lance une double tige, longue et noueuse. Il n�est pas rare de trouver un tel proc�d� d�coratif sur des immeubles parisiens. Mais nous sommes bien loin, ici, des troncs massifs figurant sur l�immeuble des Perret de l�avenue de Wagram. Une v�ritable d�licatesse montre ici un travail plus traditionnel, d�un pittoresque charmant, mais qui n�a gu�re la m�me audace monumentale.
Le sculpteur, par un amusant souci de r�alisme, a voulu lier ses longues tiges l�une � l�autre � intervalle r�gulier, comme s�il voulait nous faire croire que cette plante assez invraisemblable risquait de se d�tacher du mur sans cette pr�caution !

Finalement, on pourrait passer devant cet immeuble sans beaucoup le remarquer, si architecte et sculpteur ne s��taient pas accord�s sur une tr�s surprenante id�e pour d�corer la base de cette partie en saillie, o� on peut admirer les racines de cette �tonnante vigne. La plante, presque d�licate dans ses terminaisons, poss�de au contraire des racines presque monstrueuses, dot�es d�assez de puissance pour crever litt�ralement les consoles du balcon du deuxi�me �tage. On s�aper�oit ainsi que l�id�e de lier les tiges au mur n��taient peut-�tre pas inutiles !
Les deux artistes se sont ici rappel�s les origines de l�architecture, faite de bois, sinon simple am�nagement de grands troncs d�arbres �vid�s. Mais, en m�me temps, ils paraissent nous dire que la nature reste toujours une menace pour le travail de l�homme, toujours pr�te � reprendre ses droits et son territoire Ici, elle feint de compromettre la stabilit� m�me de l�immeuble.

On ne sera pas trop �tonn�s de retrouver cette vigne � l�int�rieur du joli vestibule. Elle sert d�encadrement � tous les panneaux, o� figurent aussi des racines, beaucoup moins mena�antes, mais elle appara�t aussi sous la forme d�un simple semis de feuilles autour d�entrelacs d�un Art Nouveau tr�s attendu. Les encadrements de glaces sont assez amusants, quoique d�un style �nouille� tout aussi convenu, et les boiseries de la porte int�rieure sont d�un dessin fort simple, mais d�un effet tr�s plaisant.