
L�architecte Paul J. M�rou repr�sente une bien sympathique raret� parisienne. Son nom n�appara�t pas avant 1900 parmi les demandes de permis de construire et dispara�t apr�s 1912. Surtout familier des XVIIIe et XIXe arrondissements pendant les premi�res ann�es de son activit� dans la capitale, il se d�pla�a ensuite plus volontiers dans les XVe et XVIIe arrondissements. Sa carri�re resta modeste ; � peine peut-on comptabiliser une douzaine de projets dont il est l�auteur pendant ces douze ann�es.
Quelques recherches compl�mentaires m'ont permis d'affiner quelque peu ce portrait succinct. N� � Paris, dipl�m� de l'�cole sp�ciale d'architecture en 1893, il semble avoir eu principalement une activit� d'expert pr�s les justices de Paix des IVe, Ve et XVIe arrondissements.

La petite maison de la rue de la Glaci�re fut donc pour lui une incursion �ph�m�re dans un quartier o� il ne travailla qu�une seule autre fois, sur le quai de la Gare, en 1910. Modeste, elle n�interpelle v�ritablement le passant qu�au coucher du soleil, lorsque se mettent � scintiller ses carreaux de fa�ence � la gla�ure iris�e. Ces carreaux, ainsi que les couronnements des ouvertures en gr�s, sont l��uvre de c�ramistes assez peu connus : Lamare et Turlin. La plaque qu�ils eurent la bonne id�e d�apposer sur la fa�ade pr�cise leur adresse : 56, rue de Paradis,soit l� o� la plupart des grandes entreprises de c�ramique avaient au moins un magasin, un atelier ou un entrep�t.

M�rou a �galement sign� son travail sur un carreau de gr�s, adoptant l� un tr�s joli graphisme, qui n�est pas tr�s �loign� - notamment pour la lettre �M� - de l�alphabet invent� par Guimard quelques ann�es plus t�t.
Le commanditaire, M. Chalier - qui fit publier sa demande de permis de construire le 18 juillet 1904 -, n�a �videmment pas demand� une maison princi�re. A l��poque, le quartier �tait tr�s populaire et ce ne sont pas les jolis petits �l�ments Art Nouveau de la fa�ade qui suffiraient � faire de son habitation une �uvre luxueuse. Mais il semble avoir recherch� un certain confort et de beaux espaces.

Sans doute ne conserva-t-il pas tr�s longtemps cette maison, puisqu�une autre demande de permis, pour une sur�l�vation d�un �tage, publi�e le 10 f�vrier 1913, indique un certain Lemardeley comme propri�taire, et Coquerel comme architecte.
Ce projet de sur�l�vation a de quoi nous intriguer, et d�autant plus que la vieille inscription en partie effac�e, au-dessus de l�entr�e lat�rale gauche, semble bien indiquer : �Microscopes Lemardeley�. Certes, les fen�tres du premier �tage, sur cette trav�e basse, sont d�pourvues des jolis bandeaux de gr�s qu�on trouve sur toute la partie droite. Mais le projet de 1904 �voquait clairement une construction d�un �tage, soit un seul niveau au dessus d�un rez-de-chauss�e. L�intervention de Coquerel concerne donc �videmment le second �tage de la maison, et probablement l�am�nagement de la terrasse, en prolongement, ce que confirme la couleur plus orang�e des briques utilis�es pour cet agrandissement. La couverture initialement con�ue par M�rou a donc totalement disparu en 1912. Une consultation du dossier de voirie, aux Archives de Paris, pourrait seule nous permettre d�imaginer comment cette construction �tait couronn�e.

Fort heureusement, les modifications n�ont pas trop touch� les �l�ments d�coratifs, dont les plus int�ressants sont les jolis bandeaux de gr�s qui ornent les fen�tres, agr�ment�s en leur centre d�une charmante t�te de femme pour celles du premier �tage. La composition, tr�s simple et �quilibr�e, est bord�e par de jolis enroulements Modern Style, d�un dessin tr�s �l�gant.
N��tant vraiment pas certain d�avoir une nouvelle occasion de consacrer un article � M�rou, j�ajoute donc ici quelques mots sur l�immeuble qu�il �difia pour M. D�bonnaire au 88, rue Lamarck (XVIIIe arrondissement). La demande de permis ayant �t� publi�e le 10 janvier 1902, c�est donc une r�alisation tr�s ant�rieure � celle de la rue de la Glaci�re.


L�immeuble nous int�resse dans le sens o� il permet d��viter de croire que M�rou fut un fervent et talentueux adepte de l�Art Nouveau. Aid� par le sculpteur Beaut�, il imagina l� un d�cor d�un classicisme assez banal. Le soubassement du balcon du deuxi�me �tage est n�anmoins soulign� par une �paisse frise v�g�tale, d�une simplicit� un peu maladroite, mais dont l�agencement rel�ve totalement du style qui nous int�resse.