15 avenue Perrichont (16e arrondissement)


Cet immeuble, construit en 1907, est le premier projet r�alis� par le seul Joachim Richard (1869-... 1960 !) , apr�s le d�c�s d�Audiger qui mit fin � leur longue et abondante collaboration. L�architecte, qui en �tait �galement le propri�taire, allait y installer d�finitivement son agence professionnelle. La demande de permis de construire semble ne pas avoir �t� publi�e. Sans doute un oubli...

Richard fait ici un abondant usage des gr�s de la maison Gentil et Bourdet, avec laquelle il venait tout juste de collaborer, au 40, rue Boileau, et qui allait encore plusieurs fois intervenir sur ses �uvres post�rieures. Ces panneaux de gr�s soulignent parfaitement les lignes tr�s orthogonales de l��difice, notamment les assises des premiers et quatri�me �tages, comme le l�ger bow-window central, o� les mosa�ques de gr�s � motifs floraux sont particuli�rement couvrantes.

L�influence d�Anatole de Baudot, qui orna les fa�ades de plusieurs de ses �uvres majeures avec des mosa�ques similaires, command�es � Alexandre Bigot - parmi lesquelles l��glise Saint-Jean de Montmartre et le th��tre de Tulle -, n�est nullement d�guis�e par Richard, qui couronna, comme son a�n�, certaines fen�tres de panneaux de style arabisant, en forme d�accolade ou trilob�s.

Si les belles ferronneries - d�un mod�le industriel qui, sans �tre tr�s courant, n�est pas forc�ment rare - montrent exclusivement des tournesols, tout le reste du d�cor est d�volu � la feuille de marronnier, accompagn�e d�une multitude de marrons � diff�rents stades de leur croissance, de la cosse � peine form�e jusqu�aux fruits m�rs per�ant d�j� leur gangue.


La �Construction Moderne� a consacr� un tr�s int�ressant article � cet �difice, le 20 juin 1908, pas seulement pour le pr�senter tel qu�on peut le voir aujourd�hui, mais surtout pour en faire remarquer la structure en b�ton arm�, encore assez peu r�pandue dans l�architecture particuli�re � cette date. Les photographies qui accompagnent l�article - certaines d�entre elles sont ici reproduites -, prises en plein milieu du chantier, apportent �videmment un int�r�t documentaire tr�s passionnant.

Presque juste en face, Hector Guimard avait ses ateliers, construits en 1903 gr�ce � l�aide g�n�reux de son m�c�ne de l��poque, L�on Nozal. Cette proximit� conduisit probablement Joachim Richard, dont il �tait l�ami - ils eurent, par la suite, des projets communs de lotissements immobiliers -, � lui demander la plaque en fonte destin�e � recevoir le num�ro �15� de la maison. Ce joli objet, en pur �Style Guimard�, figurait sur la fa�ade d�s 1908 : on le distingue sur une des planches hors-texte de �La Construction Moderne� consacr�es � l��difice, o� celui-ci para�t tr�s fra�chement achev�. Il a malheureusement �t� vol� - comme les deux jardini�res qui, bien apr�s la destruction du petit �difice de Guimard, en signalaient encore l�emplacement -, pour r�appara�tre plus r�cemment dans les collections du mus�e d�Orsay, comme don de la Soci�t� des Amis du mus�e ! Personne ne semble avoir connu, � l��poque, la provenance suspecte de l�objet, car nul ne s�en inqui�ta. Malheureusement, ce t�moignage d�histoire (pour l�immeuble) et sans doute aussi d�amiti� (pour l�architecte), manque � pr�sent tr�s cruellement � son lieu d�origine, sans enrichir pour autant, et de fa�on significative, le mus�e qui l�accueille d�sormais, qui ne l�expose pas et qui ne le restituera jamais. Alors... quel int�r�t ?

On se consolera un peu de ces disparitions regrettables en allant admirer les belles fontes Guimard de l�immeuble du n�14, construit en 1911 par Deneu de Montbrun, un architecte souvent d�cevant et banal, mais dont cette �uvre constitue peut-�tre l�une des r�alisations les plus int�ressantes. Une veuve, Mme Schneider, en fit publier la demande de permis, le 15 octobre 1910. L� aussi, la proximit� des ateliers Guimard a entra�n� la pose de quelques ornements de fen�tres et de balcons en fonte, dont je dirai un jour qu�ils ne furent pas un grand succ�s commercial.
Profitons de l�occasion pour mentionner que le fonds Richard, tr�s abondant, est conserv� � Paris, � l�Institut fran�ais d�Architecture (cote : 81 IFA). Il avait �t� offert au Conservatoire national des Arts et M�tiers par la fille de l�architecte, d�s 1961, soit imm�diatement apr�s la mort de Joachim Richard. La conservation d�un tel ensemble est suffisamment rare pour m�riter, je crois, d��tre signal�e.