
Au d�but de l�ann�e 1909, lorsque les h�ritiers de Soyre firent publier - le 28 janvier exactement - leur demande de permis de construire pour l�imposant immeuble dont ils avaient confi� le projet � l�architecte Henri Senet, l�influence n�o-gothique avait pratiquement disparu de l�Art Nouveau, o� elle avait pourtant trouv� un terrain formidablement int�ressant, et m�me de l�architecture �clectique qui s�en �tait abreuv�e pour nombre de ch�teaux, petits ou grands, ou des h�tels particuliers faussement m�di�vaux, avec goutti�res orn�es de gentils petits monstres et tourelles pittoresques.

Une telle construction, si importante qu�elle ne put �tre sign�e que l�ann�e suivante, appara�t donc comme l�un des derniers dinosaures d�une esth�tique moribonde, dont le public s��tait d�finitivement lass�. Sa verticalit� impressionnante, les fen�tres lat�rales de ses bow-windows, �troites comme des meurtri�res, et ses �tranges frontons directement inspir�s par la Renaissance des abords de la Loire - l��poque m�langea volontiers, non sans une certaine d�lectation, ce qui venait directement de l��poque m�di�vale et ce qui relevait plus justement de l��poque suivante -, s�y accommodent fort bien d�un parement aust�re, en briques et pierre qui �voquerait plut�t... le d�but du XVIIe si�cle !

Henri Senet, architecte assez prolifique et tr�s pr�sent � Paris - mais sur lequel on ignore pratiquement tout -, ne s�embarrassait gu�re de logique historique. Rue Legendre, il fit feu de tout bois, et l�Art Nouveau trouva m�me dans son travail une place non n�gligeable pour mieux parfaire son d�licieux bric-�-brac, en particulier dans toutes les parties sculpt�es, o� tout un ensemble de feuilles diverses appara�t finement cisel� sur tous les endroits o� leur place �tait pr�destin�e : encadrement d�ouvertures, consoles, soubassements de balcons. Mais c�est �videmment autour de la porte d�entr�e qu�il appara�t le plus ouvertement, sous la forme d�une belle rang�e d�arums gracieusement d�taill�e.
On peut difficilement m�langer tous les styles avec autant d�audace, et ce n�est fut pas, finalement, sans un certain bonheur.