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Jeu 2016 - Envoi n�8 : 98 boulevard des Anglais (Nantes - Loire-Atlantique)


D�une fa�on assez �tonnante, la villa Jeannette, construite � Nantes par Ferdinand M�nard et E. Le Bot a �t� assez bien publi�e en son temps. D�abord par Raguenet, dans ses recueils malheureusement tr�s difficiles � dater, qui nous apprend qu�elle fut �difi�e pour M. Morinet, l�un des principaux photographes de Nantes. Ensuite dans un recueil de planches, intitul� �Villas et petites maisons du 20e si�cle�, publi� sous la direction de l�architecte L. S�zille. L� encore, l�album n�est pas dat�. Enfin, plus r�cemment, la maison est d�crite et reproduite dans un ouvrage consacr� au �Patrimoine des communes de Loire-Atlantique�, qui lui donne la date de 1908.

On ne sait pas grand chose sur ces deux architectes nantais, sauf qu�ils furent associ�s pendant une longue p�riode, au cours de laquelle ils �difi�rent, au moins, une autre maison � Nantes, mais aussi les villas Massabielle, Gregoria, Ker Ovzen et Siebel � La Baule.
Le boulevard des Anglais s�appelait, � l�origine : boulevard de la Ch�zine. Il est situ� dans un quartier excentr� qui, � l��poque, devait d�j� sentir bon la campagne.

Par rapport aux documents anciens, la maison est dans un �tat pratiquement parfait. En dehors du fait que son balcon ferm�, en encorbellement sur la rue, semble avoir �t� en bois naturel, alors qu�il est aujourd�hui peint en blanc, il n�a perdu que le grand panneau de fa�ence qui portait le nom originel de la propri�t�. �Jeannette� �tait certainement le pr�nom d�un membre de la famille Morinet - sa femme, ou peut-�tre sa fille -, et il n�eut �videmment plus de justification lorsque la maison changea, sans doute, de propri�taire. On peut n�anmoins supposer que ce panneau existe toujours, simplement recouvert par un simple badigeon qu�un petit nettoyage suffirait � faire r�appara�tre. En revanche, les quelques vitraux visibles sur les photographies anciennes semblent avoir d�finitivement disparu.

La publication de Raguenet offre l�avantage de nous donner le nom de tous les artisans ayant collabor� � son �dification. On y apprend ainsi que la belle grille, heureusement demeur�e en place, est de M�nard et Gourdon, que le sculpteur, auteur des petits animaux cocasses qui animent la belle fen�tre ovale du rez-de-chauss�e (un �cureuil en cl� de vo�te et deux grenouilles ; deux l�zards apparaissent autour de la porte d�entr�e), est un certain Ripoche. Enfin les fa�ences, dont je viens de dire qu�elles ne sont partiellement plus visibles, venaient de chez Gilardoni et Brault, seule entreprise parisienne investie dans le chantier.

Cette maison est une tr�s belle r�alisation. Elle montre une jolie influence nanc�ienne dans la grande fen�tre du rez-de-chauss�e et pr�sente un assez curieux et imposant belv�d�re, couronnant la trav�e interm�diaire du b�timent. Les changements de go�t auraient pu �tre fatals � cet �l�ment essentiel, qui donne toute son �l�gance � la silhouette de la villa Jeannette. Mais il a heureusement assez bien travers� le temps et demeure aujourd�hui presque intact, n�ayant perdu que ses garde-corps. Le d�tail est n�anmoins important, car il semble vouloir dire que cette partie de la maison, pour des raisons �videntes de s�curit�, n�est plus utilis�e. On peut donc supposer que son entretien est devenu al�atoire et sans doute m�me hypoth�tique. Il appara�t donc comme une partie fragile de l��difice, dont la conservation pourrait �tre un jour menac�e.
Remercions vivement Gu. V. pour l�envoi de cette ravissante villa, dont l��l�gance fut alors parfaitement remarqu�e par les commentateurs. Et f�licitons-le pour sa rapidit� : un jour ou l�autre, j�aurais bien fini par en entendre parler !

Entr'acte n�1 : ... � Nantes





Dans mon tout premier message, j'avais �voqu� la possibilit� de sortir de Paris. Comme le temps s'y pr�te actuellement, promenons-nous... Un r�cent voyage � Nantes m'a permis de revisiter "La Cigale", � Nantes. Un vrai r�gal pour les yeux, � chaque fois !
La fa�ade de cette brasserie - situ�e sur la place Graslin, quelque peu excentr�e par rapport au centre-ville - ne donne aucun indice v�ritable sur ce qui attend le consommateur � l'int�rieur, sauf peut-�tre les discr�tes petites cigales qui ornent les sobres panneaux de fa�ences. Ces cigales sont un �vident hommage � la fable de La Fontaine - et non � une hypoth�tique Provence, bien trop lointaine -, avec leurs amusantes guitares en bandouli�re : il s'agit de la cigale avant l'hiver, insouciante et joyeuse. On ne verra donc jamais la fourmi dans cette brasserie ! Du moins, je ne l'ai pas vue. Ainsi, pas de morale triste en ce lieu...
A l'int�rieur, c'est une tout autre affaire. L'endroit est compos� de quatre salons, tr�s diff�rents les uns des autres, tant par leurs dimensions que par leur d�coration. Celle-ci est compos�e de peintures, de sculptures en terre cuite, et surtout de panneaux de fa�ence, d'une incroyable diversit�, et agenc�s dans un d�licieux d�sordre. Un v�ritable catalogue ! Il y en a partout ; on ne sait o� porter son regard.
Le cr�ateur principal de ce d�cor s'appelait Emile Libaudi�re, mais l'imposant groupe sculpt� plac� au-dessus de la porte de la cuisine est sign� "E. Gaucher". Nul doute : cet ensemble tr�s ludique, extraordinairement bien conserv�, est une oeuvre collective.
Il ne semble y avoir aucune unit� iconographique, m�me si la plupart des panneaux est consacr�e aux plaisirs de la table et de la bi�re, puisqu'on on y voit aussi des �l�gantes tr�s "1900", des bateaux, des fleurs, des oies devant des moulins, et sans doute aussi quelques v�ritables portraits, dont celui du chef cuisinier de l'�poque.
Nantes n'est pas rest� c�l�bre pour ses curiosit�s Art Nouveau : ses lieux de divertissement ont tous disparu, et les quelques villas construites dans sa p�riph�rie imm�diate semblent avoir subi le m�me sort. Reste heureusement cette adorable brasserie o�, le temps d'un caf� ou d'un d�jeuner, la remont�e dans le temps est garantie.