
Au d�but du XXe si�cle, les cit�s ouvri�res �taient d�autant moins �loign�es de Paris que le M�tropolitain, alors � peine commenc�, ne permettait pas encore des d�placements importants et rapides � l�int�rieur de la capitale. Si celle-ci poss�dait depuis longtemps un urbanisme tr�s dense dans ses quartiers anciens, les arrondissements p�riph�riques, form�s par l�annexion, en 1860, d�une importante couronne de villages - Belleville, Auteuil, Vaugirard... -, �taient encore tr�s peu construits. En 1900, on y voyait encore beaucoup de petites maisons, des terres cultiv�es, de modestes entreprises install�es dans des b�timents en bois, des terrains vagues. Dans les ann�es 1960, il y avait encore, rue Boileau, une ferme o� les Parisiens pouvaient encore aller chercher leur lait, fourni par les derni�res vaches de la capitale !
Il n�y eut donc aucune difficult� � construire des logements pour ouvriers � l�int�rieur m�me de la ville, et � fixer ainsi, de fa�on tr�s durable, l�image de quartiers traditionnellement populaires.

L��poque 1900 fut un tr�s int�ressant moment de r�flexion sur le bien-�tre des petites gens, et principalement par le biais de leur habitat. Des soci�t�s immobili�res, sp�cialis�es dans le logement populaire, se constitu�rent alors par dizaines, souvent pourvues d�une justification caritative. Ces �difices, �videmment de grande taille, allaient rapidement prendre le nom de H. B. M. (habitations � bon march�), en s�accompagnant d�une implantation presque exclusive le long des boulevards des Mar�chaux, avant de devenir - bien longtemps apr�s - nos fameux H. L. M.. Quelques architectes se sp�cialis�rent ainsi dans ce type d��difices et Auguste Labussi�re offrit � Paris plusieurs des plus int�ressants d�entre eux.
Celui-ci, entrepris par la �Soci�t� civile du groupe de maisons ouvri�res�, domicili�e au 21, rue Monsieur, fit l�objet d�une demande de permis de construire, publi�e le 19 f�vrier 1904. On y remarque que l�architecte n�y est pas �t� mentionn�. Mais, d�une mani�re g�n�rale, les auteurs des plans de ces immeubles n��taient jamais nomm�s, indice tr�s probable qu�ils intervenaient alors comme membres de la soci�t� commanditaire.


Les constructions de la rue Ernest-Lef�vre sont d�une grande simplicit� : trois grands corps de b�timents autour d�une cour int�rieure. Leurs fa�ades ne sont anim�es d�aucune saillie, et le d�cor est presque exclusivement constitu� de carreaux de fa�ence industrielle, � jolis motifs de fleurs sur fond vert. L�architecte a donc essentiellement concentr� son effort sur l�entr�e principale, grande arche sculpt�e surmontant une large et superbe grille ouvrag�e. Sous un imposant balcon de pierre, le d�licat sculpteur Camille Garnier, connu par plusieurs d�cors d�architecture en dehors de sa v�ritable activit� de statuaire, a repr�sent� une grande sc�ne, au milieu d�immenses branches d��glantier, d�interpr�tation assez d�licate : � gauche, une belle jeune femme semble verser de l�eau sur les fleurs, au moyen d�un curieux objet creux, en regardant un groupe de quatre personnages tourn�s vers elle, constituant une famille ouvri�re. Sans doute n�y a-t-il pas grand symbolisme � tirer de ce ravissant relief, en dehors d�une atmosph�re de bonheur calme et de confiance que ces immeubles semblaient vouloir promettre � qui voulait s�y installer.

Dans le passage couvert apparaissent les logements des concierges de ce complexe immobilier, dont les portes sont entour�es de gracieuses frises fleuries, o� se distinguent principalement des branches de marronnier.