
J�ai d�j� �voqu� l�architecte Maurice Porche (� propos de la maison qu�il construisit rue Saint-Charles et qui se retrouve aujourd�hui dans un bien triste �tat), en disant qu�on connaissait �galement de lui une maison � Vincennes. Je pensais alors � un �difice bien particulier, magnifiquement plac� face au c�l�bre ch�teau.
Ce petit immeuble n�est malheureusement pas sign�, mais appara�t bien remarquable pour bien des raisons.


En premier lieu, il se singularise dans son environnement par sa fa�ade en brique d�un orang� tr�s sombre, heureusement anim�e par la pierre de taille de ses derniers �tages, et surtout par les �l�ments en gr�s flamm�s, d�un gris bleu tr�s fonc�, sauf autour de la porte, o� certains blocs sont d�un vert plus lumineux.
Dans un premier �tat de cet article, j'avais affirm� haut et fort que ces gr�s venaient tr�s certainement de chez Alexandre Bigot. Gr�ce � un fort sympathique et passionnant site sur les productions de Gentil et Bourdet, j'ai eu la surprise d'y trouver, non seulement l'information que les gr�s n'�taient pas de Bigot, mais que l'immeuble �tait, finalement... de Georges Malo, un architecte tr�s actif � Vincennes, et dont je reparlerai certainement un jour.
La porte est tr�s impressionnante, avec son �pais d�cor de chardon, et constitue le charme principale de la maison. Mais on remarquera �galement l�amusant petit balcon central, soutenu par deux courtes colonnes, et les grosses fleurs de gr�s bleu, serties comme des bijoux dans des renfoncements d�coratifs, sous le grand balcon courant du quatri�me �tage. Leurs tiges ont �t� sculpt�es dans des blocs de pierre, ce qui accentue le r�alisme de ces p�tales color�s.


Au moment o� j'ai fait les photos, j'�tais donc bien persuad� qu'il s'agissait de l�immeuble de Porche. Vraiment, ce b�timent m'aura donn� bien du fil � retordre. Car, en v�rifiant l'information... enfer et damnation ! Celui-ci avait �t� publi� � l'�poque, mais l�adresse indiqu�e �tait le 5, rue Villebois-Mareuil. Une seconde visite � Vincennes me permit de trouver, effectivement, cet �difice, dans une petite rue �troite. Il est effectivement sign�, d�une jolie fa�on, et porte la date de 1904. H�las, par rapport au dessin de la fa�ade, publi�e dans la revue �L�Architecture usuelle�, en 1905-1906, l��difice a �t� tr�s sensiblement simplifi� : le couronnement du bow-window n�est pas aussi riche que pr�vu et, dans le d�tail, la r�alisation finale se r�v�le partout un peu d�cevante. Seule la porte d�entr�e a gard� un dessin aussi remarquable ; mieux, en le simplifiant un peu, Porche lui a donn� plus de force et de vigueur.



Les publications d��poque nous apprennent que l�architecte s�est �galement investi � l�int�rieur, probablement dans la seule d�coration du principal appartement. Il dessina ainsi des chemin�es assez �l�gantes et des boiseries, o� les encadrements Art Nouveau s�accommodent assez bien de fleurettes gracieuses, qui n�auraient pas �t� incongrues dans un h�tel particulier du XVIIIe si�cle.
L�occasion de cette seconde promenade m�a permis de d�couvrir par hasard, au 8, rue d�Estienne-d�Orves, et � l�angle de la rue Jean-Moulin, un autre immeuble du m�me architecte, pourvu de la m�me signature, mais dat� de 1901. Ses ferronneries sont toujours d�origine industrielle, mais d�un mod�le beaucoup moins courant, et les �l�ments sculpt�s sont toujours un peu malingres, sans r�el d�veloppement.

En fait, le d�cor est essentiellement remarquable pour les curieux ornements du grand balcon du dernier �tage, en forme d�ar�tes tronqu�es. Deux d�entre elles sont en pierre, car plac�es sur l��troite trav�e d�angle en pierre de taille. Les autres, fix�es sur des parements de briques, sont en terre cuite, avec un joli petit ornement m�tallique. Mais, il faut le reconna�tre, cette coquetterie n�emp�che pas l��difice d��chapper � une certaine banalit�. Il permet, au moins, de mieux cerner la personnalit� d�un cr�ateur attachant, mais dont les �uvres ne sont pas toujours d�une �gale qualit�.