
Suis-je obs�d� par cette amusante �Villa Suzanne� ? Assez r�guli�rement, en effet, son image me revient devant les yeux, g�n�ralement par l�interm�diaire d�amis qui m�en adressent la carte postale, avec ce commentaire toujours tr�s laconique : �Connais-tu ?�
Tout � fait par hasard, et en moins de deux jours, j�eus non seulement le plaisir de la voir - enfin ! -, mais d�en recevoir aussi quelques images, r�alis�es par J. P. D. C�en �tait trop : il me fallait la partager avec vous, et d�autant mieux que les photographies re�ues avaient l�avantage, sur les miennes, d�avoir �t� prises pendant l�hiver, � une �poque o� la v�g�tation ne cache pas l�essentiel de son d�cor.

Cette villa se singularise � peine des constructions cossues de la proche banlieue parisienne. L�ornementation en bois de ses toitures, tr�s �normande�, se retrouve assez fr�quemment dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine. Mais l�int�r�t principal de l��difice, en dehors de son aspect de castelet sympathique, r�side principalement dans ses ponctuations de briques �maill�es et ses petits motifs d�coratifs en stuc, d�un assez �trange effet, le tout sur un fond tr�s neutre de meuli�re.
Ce sont surtout le grand arc de son porche, et la fa�on tr�s surprenante et originale de lier la tour lat�rale au corps de b�timent principal, qui font le charme de la maison, int�ressante sur toutes ses faces, notamment par la qualit� du dessin des huisseries des fen�tres.

Pendant plusieurs semaines, j�ai essay� - en vain - d�associer un nom d�architecte � cette construction qui sembla, � l��poque, suffisamment int�ressante pour constituer le sujet d�une carte postale. Et puis la solution arrive parfois quand on ne l�attend pas. Ou plus. En cherchant des informations sur la maison personnelle de Paul Guadet (1873-1931), sur le boulevard Murat, j�eus la surprise de d�couvrir que son adresse, au moment de la demande de permis de construire, en 1912, n��tait autre... que la villa Suzanne !

Evidemment, il y a une immense diff�rence entre l�amusante villa de banlieue et l�audacieux manifeste que constitue l�h�tel parisien, en b�ton arm� apparent. Mais la contemporan�it� des deux �difices, � quelques ann�es pr�s, ne fait pas l�ombre d�un doute, et il semble tr�s probable que Guadet est aussi l�auteur de la maison de Cormeilles-en-Parisis. Il s�agirait assur�ment d�une ��uvre de jeunesse�, ant�rieure � ses premiers chefs-d��uvre - l�h�tel Carnot, avenue Elis�e-Reclus (aujourd�hui disparu) ou son h�tel du 95, boulevard Murat -, tous deux construits avec la collaboration tr�s importante de l�entreprise des fr�res Perret. Malheureusement, elle ne laissa aucune trace dans la litt�rature de l��poque : Guadet fut sans doute beaucoup plus soucieux de se faire conna�tre avec des projets ambitieux et novateurs, plut�t qu�avec cette charmante fantaisie.