
L�architecte Paul Schroeder fut suffisamment actif pour ne pas avoir eu de v�ritable quartier de pr�dilection. N�anmoins, malgr� sa pr�sence av�r�e dans des zones un peu plus �l�gantes de la capitale (notamment les XVe et XVIe arrondissements), c�est certainement dans le XIVe arrondissement que se trouvent ses �uvres les plus int�ressantes (1).
Deux d�entre elles nous occuperont aujourd�hui, car elles offrent la particularit� d�avoir �t� con�ues pour le m�me propri�taire, du nom de Bruller. La premi�re, au 8, rue Charles-Divry, fut projet�e en 1902 (demande de permis du 26 juin 1902), et la seconde, au 8, rue Poirier-de-Nar�ay, date de 1904 (demande de permis du 23 ao�t 1904).

Probablement doit-on au go�t personnel du commanditaire l�iconographie tr�s singuli�re des sculptures figurant au dessus de leurs portes d�entr�e : un dragon gentiment mena�ant pour la premi�re, et une sorte de diable d�un aspect beaucoup moins amusant pour la seconde. Peut-�tre le sculpteur F. Dubreuil, qui n�a sign� que le second motif, est-il l�auteur des deux ouvrages.
On sait que l�art m�di�val a inspir� les d�buts de l�Art Nouveau, contribuant � insuffler une grande originalit� aux premiers chefs-d��uvre de ce style. Mais les motifs sataniques ou plus simplement fantastiques, qui avaient eu une grande fortune gr�ce le roman noir anglais, au d�but du XIXe si�cle, sont n�anmoins rest�s rares en architecture. Certes, on peut parfois rencontrer quelques diablotins fac�tieux, ou m�me de surprenants motifs ornementaux en forme d�ailes de chauve-souris, cach�s dans les recoins d�un programme iconographique plus complexe. Viollet-le-Duc, initiateur incontest� du regain pour l�art m�di�val, s�amusa � concevoir d�invraisemblables gargouilles pittoresques, en particulier pour la cath�drale Notre-Dame de Paris et le ch�teau de Pierrefonds.

Mais la sculpture ornementale n�est jamais aussi volontairement effrayante, m�me si on doit supposer un second degr� dans ces repr�sentations fantastiques. Si la sculpture symboliste fit parfois grand cas des monstres et autres apparitions de cauchemar, elle se fit g�n�ralement plus souriante dans le domaine de l�architecture, en dehors de quelques �ventuels ch�teaux n�o-gothiques isol�s, ce qu�on comprendra ais�ment.

Les deux motifs sont accompagn�s de longues feuilles de chardons, dont l�aspect �piquant� insiste sur leur caract�re inqui�tant. Mais si le diable n�est pas sans efficacit�, gr�ce � la nudit� des murs qui l�entourent, l�animal hybride, paraissant plus �tonn� que mena�ant, est environn� de plantes beaucoup plus rassurantes, dont de beaux panneaux � motifs de feuilles de marronnier, dans l��troit vestibule de l�immeuble.
(1) Il est �vident que l�abondance de sa production cache quelques jolies p�pites au milieu d�ouvrages d�une plus ordinaire banalit�. Schroeder semble avoir �t�, pendant longtemps, un architecte au talent tr�s commun, dont l�histoire de l�art ne s�est pas beaucoup pr�occup� : nous ignorons donc ses dates de naissance et de mort.