14 rue Gallieni (Courbevoie - Hauts-de-Seine)


Le hasard fait parfois bien les choses. Il suffit d�une fin de journ�e ensoleill�e, l�envie de descendre d�un train pour faire le tour de quelques rues d�une jolie commune de banlieue. Et... bingo ! Un immeuble fascinant, non pas pour son architecture proprement dite, assez traditionnelle et d�une sage sym�trie, mais par une accumulation d�corative tout � fait surprenante, charg�e, brouillonne, d�une joyeuset� tout � fait divertissante. Une vraie petite merveille !











Toutes les fen�tres sont entour�es de fa�ences, soit sous forme de panneaux � gros reliefs, soit sous forme de carreaux � motifs floraux. L'un d'entre eux est sign� et dat� : �E. Dolis 1901�. Serait-ce la date de l��difice ? Pa si s�r. D�apr�s le t�moignage de quelques locataires charmants, la maison daterait de 1903-1904, la premi�re date paraissant la plus s�re. Il est �vident que ces carreaux - qui ne sont en rien les �l�ments les plus remarquables d'un d�cor particuli�rement composite - proviennent d�une production industrielle ; on en rencontre beaucoup d�autres exemples dans la r�gion parisienne. Il para�t donc difficile de tirer une quelconque datation de leur observation, sauf lorsqu'un mill�sime y figure clairement, ce qui n'est pas ici le cas. Ceux de Courbevoie ont tout de m�me l'int�r�t de pr�senter un monogramme, "CG", qui a toutes les chances d'�tre les initiales du commanditaire de l'�difice.
Ailleurs, la d�coration est obtenue avec des briques verniss�es ou de jolies terres cuites. Et l�ensemble de tous ces d�tails apporte, dans une divertissante accumulation, un v�ritable charme � cet immeuble de meuli�re qui n�en aurait pas autrement. On se croirait presque devant la maison d�un c�ramiste, qui aurait suspendu sur la fa�ade un �chantillonnage vari� et significatif de ses productions.


Mais tout cela ne serait rien sans l�entourage de la porte d�entr�e, consacr�e � la fleur et � la feuille de tournesol - �galement visibles sur la lourde frise qui couronne l��difice -, �mergeant d��paisses gerbes de tiges, o� figurent les signatures des artisans principaux : celle de l�architecte, E. Coulon, � gauche ; et celle des c�ramistes, Janin fr�res et Gu�rineau (peut-�tre suivi du mot �Paris�), � droite. Coulon est un parfait inconnu, qui n�a peut-�tre jamais quitt� les limites g�ographiques de Courbevoie et des communes avoisinantes. Les c�ramistes, eux, sont � peine moins rares ; ils ont au moins sign� un panneau de fa�ence pour une maison de Villejuif, qui permet de confirmer le r�le qui fut le leur sur cette fa�ade. L�ensemble est d�un vert profond du plus singulier effet, au milieu duquel les fleurs merveilleusement d�taill�es apportent de ravissantes touches ocres. L�une d�entre elles, cass�e ou vol�e, a tristement �t� remplac�e par une sorte de gros chewing-gum dans une mati�re ind�termin�e ; le surmoulage d�une autre fleur aurait pourtant �t� moins d�sagr�able au regard.
Cette porte �tonnante ouvre sur un charmant petit vestibule, avec un escalier lat�ral conduisant � un palier o� s�ouvrent quelques portes. Son style n�a malheureusement rien � voir avec l�Art Nouveau, ce que laissait d�j� supposer le style assez banal de la ferronnerie incluse au milieu des tournesols. La r�f�rence � un XVIIIe si�cle de th��tre y pr�domine, non sans charme et conduit � l'id�e que Coulon n'a probablement jamais r�it�r� cette divertissante exp�rience.