58 bis avenue du G�n�ral-Michel-Bizot (12e arrondissement)


"Le plus bel immeuble de la rue", c'est ainsi que me fut pr�sent� cet �difice par les locataires eux-m�mes, tr�s fiers de m'en faire visiter les parties communes. De la rue toute enti�re, n'exag�rons pas... mais des environs imm�diats, certainement.
La fa�ade porte une signature fort int�ressante : "E Pichard & fils / architectes / 190[...] / D. de Folleville / Sculpteur". Le nom de Pichard n'est pas pass� � la post�rit�, et c'est bien la premi�re fois que je pouvais le lire sur un �difice parisien. Normal ! La demande de permis de construire, du 8 juillet 1902, le domicilie au 33 rue de Saint-Mand�, � Charenton, o� il d�veloppa son art sans doute plus abondamment que dans la capitale. Le commanditaire �tait Naudin, 40 boulevard de Reuilly. Deux d�tails de cette inscription sont � remarquer : le dernier chiffre de la date n'a jamais �t� fini d'�tre grav�, et la mention "& fils", ainsi que le pluriel du mot "architecte", sont inscrits de fa�on l�g�rement diff�rente, indice d'une participation tardive de la descendance de Pichard � cette construction. Et, en effet, le permis de construire ne mentionne qu'un seul architecte, alors qu'il note avec pr�cision l'existence d'un second �difice, de quatre �tages, qui fut effectivement r�alis� dans la cour.
L'�il est d'abord attir� par le d�cor de la porte d'entr�e, dentelle v�g�tale presque abstraite. On rencontre assez souvent le nom de D. de Folleville, l'un des sculpteurs d'architecture les plus prolifiques et les plus talentueux de la p�riode Art Nouveau. Il collabora, entre autres, avec Achille Champy, et le d�cor du 9 rue Chanzy peut sans doute lui �tre attribu� sans grand risque d'erreur. Son art se reconna�t par une grande finesse d'ex�cution, paradoxalement associ�e � un dessin volontairement gras et �pais.













Folleville s'exprima �galement dans le grand passage int�rieur qui conduit � la cour, o� il r�alisa de belles frises v�g�tales, d'une essence assez ind�termin�e, mais d'un graphisme tr�s �l�gant. Il est aussi l'auteur de d�licats cadres verticaux, simple pr�texte pour orner la petite fen�tre qui permettait au concierge de communiquer avec locataires et visiteurs sans avoir � ouvrir sa porte.
L'immeuble a gard� la d�coration du petit couloir conduisant � l'escalier. Dans les ann�es 1960 et 1970, ce genre de boiseries et huisseries en bois paraissaient compl�tement d�mod�es ; beaucoup d'entre elles ont �t� sacrifi�es, sans beaucoup d'�motion, pour �tre remplac�es par des mat�riaux plus modernes, plus lisses et souvent plus clinquants, faciles d'entretien et totalement impersonnels. Ici, tout a �t� heureusement conserv�, jusqu'aux modestes vitraux Art Nouveau ornant les paliers du petit escalier, sign�s "L. Canivet - Paris".

En fa�ade, la boutique a �galement conserv� ses huisseries en bois d'origine. Les devantures de magasins Art Nouveau sont aujourd'hui suffisamment rares pour que celle-ci m�rite d'�tre signal�e. Seule son enseigne a �t� modernis�e, pour adopter un graphisme, certes 1900, mais passablement ordinaire.