119 avenue de Wagram (17e arrondissement)


A premi�re vue, cet imposant immeuble en pierre de taille n'apporte pas vraiment grand chose � l'histoire de l'Art Nouveau. C'est visiblement l'�uvre d'un suiveur, et non d'un pionnier. On lui trouvera m�me une sobri�t� assez terne, voire ennuyeuse. Alors, pourquoi parler d'un �difice, non sign�, appartenant � la cohorte de ces constructions tr�s banales qui n'ont pris au Modern Style que ses signes ext�rieurs de richesse ?
Ceci tient essentiellement � la personnalit� de ses architectes, qui ne sont autres que les fr�res Auguste et Gustave Perret. Il ne s'agit pas tout � fait de leur premier �difice parisien, puisqu'ils avaient d�j� fait, en 1901, un tr�s modeste projet sur le boulevard Victor. Mais le 119 avenue de Wagram constitue leur premi�re construction v�ritablement importante, et fut d'alleurs �trangement reconnue comme telle, la presse de l'�poque l'ayant plusieurs fois publi�e. La demande de permis date du 13 juin 1902 et le propri�taire n'�tait autre que "Perret et ses fils, 43 rue du Rocher". Une entreprise familiale, donc.
Il est assez difficile d'imaginer, devant ce grand mur de pierre, qu'Auguste Perret allait plus tard �tre appel� "l'ap�tre du b�ton" (devenant v�ritablement c�l�bre, en 1913, avec la construction du th��tre des Champs-Elys�es). Impossible, non plus, de supposer que, moins d'un an plus tard, au printemps 1903, la m�me �quipe allait entreprendre le fameux immeuble de la rue Franklin, o� C. Perret et ses fils seront � nouveau totalement associ�s, comme propri�taires mais �galement, et tous ensemble, comme architectes.


















Pour bien juger de l'�uvre pr�sente, il faudrait l'imaginer un peu plus propre, �tat dans lequel je ne l'ai jamais connue. Apparemment, l'ondulation de la fa�ade et l'imposante d�coration florale accrochent particuli�rement bien poussi�re et pollution... Ceci est tr�s pr�judiciable � l'appr�ciation d'une sculpture assez riche, figurant de longues branches s'�levant jusqu'au sommet de l'immeuble, o� les Perret font l'exp�rience de leurs premi�res colonnes originales, constitu�es par des troncs d'arbres dont les buissons de feuilles servent de chapiteaux.
L'immeuble reste, �videmment, une pure curiosit�. Il permet n�anmoins de mesurer l'incroyable chemin qui allait �tre fait en un an, pendant lequel des architectes tr�s ordinaires se m�tamorphoseront en cr�ateurs de premi�re importance. Il va sans dire qu'Auguste et Gustave Perret oublierons rapidement ce premier essai, sans aucun lien possible avec le reste de leur �uvre commune, puis avec celle d'Auguste seul.