30 avenue Daumesnil (12e arrondissement)





Borgeaud, architecte de Saint-Mand�, est-il l'auteur de cet �l�gant immeuble ? Il existe en effet une demande de permis de construire o� il est mentionn�, du 30 mars 1904, d�pos�e par M. Dostal, demeurant au 28 avenue Daumesnil, mais elle concerne une parcelle portant les n�28 bis-30, et un seul immeuble, de huit �tages, y �tait envisag�. Or il existe bien aujourd'hui une construction ind�pendante, au n�28 bis, qui n'a rien en commun avec celle-ci et qui para�t lui �tre sensiblement post�rieure. Entre 1908 et 1914, un autre architecte, Jacquemin, habitait ici, mais nous n'avons retrouv� aucune demande de permis pour une construction � cette adresse dont il serait l'auteur.
Dans une premi�re version de cet article, j'en �tais malheureusement rest� l�, ne donnant cet �difice � Borgeaud qu'avec beaucoup de r�ticence, le seul document d'archives alors � ma disposition paraissant tr�s impr�cis. Bien m'en a pris, puisque la solution existait dans la revue "La Construction Moderne", dans son num�ro du 14 octobre 1905. Deux photographies de d�tails y sont en effet publi�s, malheureusement sans aucun texte d'accompagnement. Mais leur l�gende est amplement suffisante pour lever tous les doutes : l'auteur de l'immeuble est un architecte du nom de Thomas. Certes, ils ont �t� plusieurs, � cette �poque, � porter ce nom assez courant et ceci n'arrange pas forc�ment nos affaires, n'est-ce pas ? N�anmoins, E. Thomas, demeurant rue d'Hauteville, fut assur�ment le plus actif d'entre eux, et notamment dans les XIe et XIIe arrondissements. Il semble donc tr�s probable qu'il s'agisse de celui-ci (1). L'immeuble a certainement fait l'objet d'une demande de permis de construire, mais celle-ci, peut-�tre par oubli, n'a pas �t� publi�e dans le Bulletin municipal officiel de la ville de Paris. En tout cas, on constatera que sa conception semble � peu pr�s contemporaine du projet de Borgeaud qui, par le jeu parfois capricieux de la num�rotation des parcelles, s'est retrouv� provisoirement confondu avec celui-ci.
D'embl�e, l'�difice se singularise par l'entourage de sa porte, principalement orn� de deux grandes cigognes - ou des h�rons ? - au milieu de roseaux. Malheureusement, cette grande et majestueuse sculpture n'est pas plus sign�e que la fa�ade. Dommage, car l'artiste est de qualit�, comme en t�moignent encore les motifs floraux ou anthropomorphes et les simples entrelacs Art Nouveau qui agr�mentent les dessus de fen�tres.
Mais l'autre int�r�t de cet immeuble est de nous proposer un vestibule orn� de mosa�ques tr�s comparables � celles du 76 avenue d'Italie. Lors de la notice consacr�e � cet autre �difice, j'avais d'ailleurs �voqu� celles-ci, en promettant de vous en parler un jour. Et je tiens toujours mes promesses !
L'analyse de ces pavements est assez comparable : leur d�veloppement en fonction de l'espace � d�corer - et notamment en contournant soigneusement la cage d'ascenseur -, et surtout leur source d'inspiration visiblement puis�e dans l'album publi� par Hector Guimard sur le Castel B�ranger. Ici, l'imitation est encore plus parlante, le mosa�ste s'�tant interdit d'ajouter des fleurs sans aucun rapport avec les motifs abstraits exclusivement employ�s par Guimard. Le pastiche est troublant ; malheureusement, il est dans un �tat de conservation assez m�diocre, ce qui peut nous faire craindre une d�cision radicale de la copropri�t� dans les ann�es � venir, � savoir son remplacement par un sol plus uniforme, plus "contemporain" et d'entretien facile.

(1) Les intuitions sont parfois parfaitement fiables : E. Thomas est bien l'architecte de ce bel immeuble, qu'il pr�senta, sans succ�s, au concours de fa�ades de 1901. (note du 19 novembre 2016)