2 rue Eug�ne-Manuel et 9 rue Claude-Chahu (16e arrondissement)


La mention de la demande du permis de construire de cet �tonnant immeuble n�est pas facile � retrouver, � la date du 10 mars 1902. D�abord parce qu�on en situe g�n�ralement l�adresse sur la rue Claude-Chahu, o� ne se trouve pourtant aucune de ses deux portes d�entr�e ; ensuite parce que la rue Eug�ne-Manuel s�appelait rue Francisque-Sarcey, � l��poque du d�but du projet ; enfin parce que l�architecte n�y est pas mentionn�. Mais Charles Klein, demeurant 4, rue Piccini, en �tait �galement le propri�taire.
Comme Simonet, et comme Wagon, Klein n�est connu que pour une seule maison. Mais, dans son cas, la chose pourrait �tre normale, puisque son nom ne revient jamais ailleurs dans les demandes de permis : si on y trouve quelques mentions de son p�re, William Klein, au cours des ann�es ant�rieures, le sien reste �trangement absent. Etait-il vraiment architecte ? La signature de la fa�ade l�affirme, mais sa demande de construction ne le signale - est-ce un hasard ? - que comme propri�taire. Il nous faut donc en conclure qu�il fut probablement l�auteur, occasionnel, de ce seul immeuble... Mais quel immeuble !














Aux abords directs de la rue de Passy, ces fa�ades d�une couleur uniform�ment bleu-vert ou ocre p�le ne peuvent que surprendre. Aucun rapport avec les immeubles cossus et tr�s impersonnels des environs ! Cet �difice appara�t ainsi totalement anachronique, et n�en para�t que plus �trange.
Avec encore plus d�audace - mais avec une imagination beaucoup plus mesur�e - que Lavirotte, qui avait conserv� quelques assises en pierre de taille sur sa fa�ade de l�avenue Rapp, Klein a opt� pour un immeuble int�gralement recouvert de gr�s flamm�, une singularit� qui lui assura une imm�diate renomm�e, au titre de la performance technique. Pour cela, il fit appel � Emile M�ller, dont ce devait �tre la derni�re cr�ation importante avant sa mort, en 1903. En dehors de quelques t�tes �chevel�es, le d�cor est enti�rement consacr� au chardon, � partir duquel les deux artistes ont cr�� de multiples variations, en utilisant sa tige, ses feuilles, et ses fleurs �panouies, touches de rose po�tiquement distribu�es au milieu d�un oc�an de sombre verdure. La porte elle-m�me - dont la sublime ferronnerie est l��uvre de Dondelinger, d�j� collaborateur de Lavirotte d�s la rue S�dillot - propose un imposant po�me de gr�s en l�honneur de cette plante.
Ainsi, les angles, les ar�tes, les linteaux, les soubassements, en somme tout ce qui appartient aux lignes de construction de l��difice, sont recouverts de buissons de chardons, faussement mena�ants, aux formes compliqu�es magnifiquement exploit�es.

Le vestibule, par contraste, propose aux locataires des panneaux d�un vert beaucoup plus bleut� ou d�un brun rouge�tre, � motifs de rosiers fleuris, sous un �tonnant plafond arabisant � d�cor g�om�trique � fort relief. M�ller y a une seconde fois sign� son travail, � la droite de la porte ouvrant sur la cage d�escalier : �Emile M�ller / C�ramiste / Ivry-Port / Paris�.